Le Festival de Cannes se déroule à grande vitesse. Rencontres amicales et professionnelles à tous les coins. Français pratique, mais anglais indispensable. Nuits de sommeil très courtes. Et un court métrage filmé hier lundi pour l’un des concours du Short Film Corner. ‘Freddy Goes To Cannes‘, avec Emmanuel Benichou, a été monté cet après-midi sur Adobe Premier Pro, pour être finalisé demain dans la journée. Moins de trois minutes au maximum et tourné avec une petite caméra de poche. Tout ça se fait à l’arrache, mais ça prend forme.
Des films et des images partout, au risque de l’overdose, de l’abrutissement et d’être blasé. Films du monde entier à voir, mais pas assez de temps pour voir ne serait-ce que le programme que l’on s’est fait à l’avance. Et une sacrée dose de patience est indispensable puisqu’il faut au moins faire 1 heure de queue avant d’avoir la chance d’accéder à une séance officielle, même avec un badge Festival. Sinon, c’est complet. Cannes, c’est aussi bien les films que l’on souhaite absolument voir, ceux que l’on voit et ceux que l’on a raté.
Cannes, c’est aussi des rumeurs : Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz en seraient venus aux mains à l’entrée d’une boîte (http://www.lepost.fr/article/2008/05/18/1194763_vincent-cassel-et-mathieu-kassovitz-se-sont-battus-pour-de-vrai-hier-soir.html).
Et des news plus réjouissantes : Alejandro Jodorowsky prépare ‘King Shot‘, un “gangster-spaghetti métaphysique”, avec David Lynch en Producteur Executif, et un casting de fou : Nick Nolte, Asia Argento, Marylin Manson, Udo Kier, Santiago Segura et peut-être Mickey Rourke et Willem Dafoe.
Espérons que le tournage débute bien à l’automne prochain, comme annoncé dans le Film Français (édition quotidienne Cannes n°4 18/05/08).
Alors qu’on arrive déjà à la moitié de cette 61e édition, il faut bien avouer qu’aucun film ne se détache encore du lot. Rien d’extraordinaire. Jusqu’à ce matin et la projection en Compétion Officielle du nouveau film signé Clint Eastwood, le sublime ‘The Changeling/l’Echange‘. Il s’agit d’un film américain classique, au sens noble du terme. Un bon mélodrame (dans la lignée de ‘Million Dollar Baby‘) racontant le calvaire d’une mère (sublime Angelina Jolie) dont l’enfant est kidnappé. Rien d’original dans le fond comme dans la forme, du déjà vu, mais un savoir faire et une émotion qui font mouche, tandis que certains films se voulant intimiste et minimaliste ne mêlent nul part. On ne peut qu’être admiratif devant un tel réalistateur qui aligne autant de chefs-d’oeuvre, qui explore à chaque fois l’humanité de l’Amérique plutôt que sa façade glorieuse, et avec classe. Comment fait papy Clint pour vieillir aussi bien ?
Il faudrait que certains en prennent de la graine. Car on ne peut pas dire que la bande Spielberg-Lucas-Ford soit du même cru. En effet, ‘Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal‘ (Hors Compétition) débute très bien. La première demi-heure est remarquable. C’est du grand Spielberg, on retrouve un héros qui a vieillit et qui l’assume (merci ‘Impitoyable‘) comme il peut. Puis le film bascule. Du divertissement grande classe et signé par un auteur, on passe à la superproduction la plus banale, sans âme, aux personnages secondaires sans intérêts, à une succession de scènes d’action et de courses poursuites interminables. Que s’est-il passé ? Pourquoi ce dérapage en cours de route ? Le nouvel Indy n’est pas mauvais, plutôt décevant car il commençait formidablement bien : en pleine guerre-froide, paranoïa et maccartisme, dans une certaine Zone 51 et avec une Cate Blanchett qui s’amuse dans un rôle de dominatrice à la Ilsa. Mais le film ne tient pas toutes ses promesses. ‘Les Aventuriers de l’Arche Perdue‘ reste indépassable. Snif.
Mais Cannes, ce n’est pas que des grosses productions. Nous avons ainsi pu découvrir à la Quinzaine des Réalisateurs le premier film de l’acteur-réalisateur Bouli Lanners ‘Eldorado‘, comédie dramatique en forme de road movie, avec ce sens de l’absurde typique des artistes Belges. Certaines scènes provoquent un fou rire général de la salle, pour passer à une émotion plus sombre quelques minutes plus tard. On pense à la bande du Benoît Poelvoorde des débuts (pas celui qui tourne aujourd’hui dans les grosses bouses françaises). Autre découverte à la Quinzaine, ‘Milestones‘ de Robert Kramer et John Douglas, beau documentaire de 1975, restauré et qui prend le temps (3h15) de nous faire partager les pensées et les choix de vies de nombreux personnages qui constituent l’esprit alternatif d’une époque. Si au départ on peut sourire en découvrant ces hippies animés par une utopie, un charme certain s’intalle peu à peu. Loin du conformisme d’aujourd’hui. La comparaison est même cruelle, mais enrichissante. Documentaire libre dans sa forme aussi, lorsqu’il insère des scènes de fiction au milieu de portraits filmés qui peuvent parfois aussi avoir été préparés à l’avance. Autant de caractéristiques que l’on retrouve dans le philippin ‘Serbis‘ de Brillante Mendoza, sauf que là on s’ennuie ferme pendant cette 1h30 où l’on suit la journée d’un cinéma porno géré par une famille, en plein milieu d’un centre-ville bruyant et populaire. Cette salle est montrée comme étant un lieu de vie, certes particulier, où se retrouvent des homosexuels, des travestis, des adolescents… et constituant une grande famille de marginaux. Du cinéma vérité scénarisé. Le making of doit être beaucoup plus intéressant que le film lui-même.
En vitesse, vus également : le documentaire ‘Tyson‘, sur la vie et les déboires du boxeur Mike Tyson ; les projections à Cannes Classique, en copies restaurées, de ‘Mélode Tzigane‘ (1980) d’un Seijun Suzuki loin de la flamboyance de ‘La Jeunesse de la Bête‘, et qui s’aventure dans un fantastique surréaliste, original, mais pas toujours facile à suivre, et d’un des premiers films de David Lean, ‘Les Amants Passionnés‘ (1949), superbe histoire d’amours contrariés qui se démarque grâce à des comédiens excellents, un humour anglais délicieux et une mise en scène tout en nuance. Et on termine par le documentaire ‘C’est Dur d’Etre Aimé par des Cons‘ (titre fabuleux) qui évoque, de l’intérieur, l’affaire du procès des caricatures publiées par Charlie Hebdo. Si ce film polémique prend clairement position (pas de place à l’objectivité, ce qui peut poser problème comme la réaction quasi-partisane de certains spectateurs), il se laisse regarder avec intérêt et à le mérite de soulever des questions. Il était diffusé en présence notamment de Michael Moore (pas franchement un symbole de réflexion approfondie sur des sujets de société).
Bon, à part ça, le parapluie est de rigueur sur Cannes en ce moment. Un coup ça se découvre et on sort les lunettes de soleil. Puis la pluie revient en fin de journée. Et une nouvelle grève à la SNCF est annoncée pour jeudi. Ca, ça devient carrément une tradition (dont on pourrait se passer).

