Il y a des jours plus glorieux que d’autres. Et en ce jeudi 21 mai, deux grands films étaient au programme cannois.

Tout d’abord ‘La Terre de la Folie’ (Quinzaine des Réalisateurs), documentaire réalisé par Luc Moullet que nous découvrions enfin depuis le temps qu’on entendait parler de ce personnage (pour ses courts métrages). Car en plus d’être auteur, Luc Moullet incarne ici notre guide dans cette enquête pleine d’un humour absurde sur un sujet pourtant noir : les nombreux crimes perpétrés dans les vallées isolées des Alpes du Sud. Un fermier qui tue le facteur, un autre qui tire sur les clients d’un bistrot ou les gendarmes… Mais attention, cette enquête n’a absolument rien à voir avec les affreuses émissions à sensation du petit écran. Ici la démarche n’est pas scientifique une seule seconde, bien au contraire, on flirte même parfois avec le non-sens le plus hilarant, malgré le sérieux du sujet. Et c’est là tout le talent du réalisateur que de savoir passer de l’horreur des faits à la comédie, sans tomber dans le canular, ni mépriser son sujet. Sa démarche et son intérêt sont réels et sincères, mais la gravité est sublimement contrastée par le franc parler des témoins qui s’expriment face caméra, ou face au réalisateur, afin de tenter de percer le mystère de ces vagues de folies qui poussent des individus vers l’irréparable. Plusieurs hypothèses, certaines sérieuses d’autres bien farfelues, sont avancées : isolement des habitants, nuage de Tchernobyl, reliefs particuliers de la région dégageant une force surnaturelle, vents des plateaux excitant les esprits fragiles… Mais peut-être qu’il n’y a tout simplement aucune explication à chercher et que toute cette enquête ne se justifie que par la folie-douce de son auteur… Un cinéma d’artisan chaleureux, avec du coeur et beaucoup de fantaisie qui chante la tragi-comédie de la vie.
Autre terre de désolation et de violence, le Mexique. Tel que l’a filmé en 1971 un certain… Sergio Leone. En effet, ‘Il Etait Une Fois la Révolution’ était projeté sur grand écran dans une magnifique copie restaurée sur grand écran. Autant dire qu’on redécouvre littéralement ce classique ! Gros plans de visages, légers zooms, musique exceptionnelle, gestion magistrale de l’espace et de la durée des scènes… et beau grain de l’image. On donnerait sans hésiter tous les films de Tarantino contre un Leone ! Chef d’oeuvre qui traverse le temps sans prendre une ride et présenté ce jour-là par les deux filles de Sergio Leone. Bien entendu, la salle était pleine à craquer.
