Publié par : nico nsb | avril 15, 2019

Disquaire Day/RSD 2019

U2 - the Europa EP

Samedi 13 avril était un rendez-vous pratiquement incontournable pour tous les amoureux du vinyle. Les disquaires on les aime toute l’année, mais en ce jour de Disquaire Day/Record Store Day les fans et autres collectionneurs sont là pour plonger dans les bacs, à la recherche d’une édition spéciale, rare et donc précieuse. De la (bonne) nourriture pour les oreilles et ce qui se trouve entre les deux. L’affluence est raisonnable et les prix corrects pour des éditions limitées. Il y en a pour tous les goûts, dans tous les styles. Mais certains titres sont plus demandés que d’autres tels que le U2 et les Prince. Ainsi la mixtape (oui les vieilles cassettes audio refont surface de temps en temps, en très petites quantités et pas seulement dans les ‘Gardiens de la Galaxie’) de Prince était-elle introuvable chez tous les disquaires visités. D’ailleurs toutes les boutiques ne sont pas aprovionnées de la même façon.

https://www.disquaireday.fr/references/

Petite sélection :

PRINCE : ‘His majesty’s pop life/the Purple mix club‘, reproduction du double album japonais (1985) de versions longues ou remixées (‘Pop Life’, ‘America’, ‘Rasberry Beret’, ‘Let’s go crazy’, ‘When doves cry’, ‘1999’…), avec insert japonais.

U2 : ‘the Europa EP‘ est un maxi reprenant l’iconographie de l’album ‘Zooropa’ et une image du ‘Dictateur’ pour célébrer le 130e anniversaire de Chaplin. EP de trois titres proposant en face A une version live de ‘New Year’s Day’ mixée avec le discours de Chaplin tiré du film ‘Le Dictateur’, et en face B un (excellent) remixe de ‘New Year’s Day’ et un autre de ‘Love is all we have left’. Inclus : un insert de deux pages et une planche d’autocollants.

François de ROUBAIX : ‘les Lèvres Rouges‘, petit 45t./7″ numéroté et de couleur, avec deux titres tirés de la bande originale du film (rééditée l’année dernière en CD et en vinyle chez Music on Vinyl). Le film (1971) de Harry Kümel est un bijou d’épouvante et d’érotisme lesbien avec Delphine Seyrig dans le rôle d’Elizabeth Bathory.

Angelo BADALAMENTI : ‘Twin Peaks-season two‘. Jamais parue jusqu’ici en vinyle (juste un double CD en import), David Lynch a supervisé cette édition double vinyle de la seconde saison de sa célèbre série TV. Deux disques de couleurs glissés dans une pochette ouvrante et illustrée, avec un insert et un livret (16 pages) grand format de photos. Superbe objet et musique incomparable. Indispensable pour tous les fans de l’univers barré de Lynch. Note : la face D/Side Four comporte 3 titres, mais aussi 2 titres bonus « cachés » qu’il faut aller chercher car le troisième titre se termine sur une boucle. Il faut donc avancer de quelques sillons la tête de lecture pour accéder à ces petits ajouts lynchiens. Pressage excellent.

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Publié par : nico nsb | avril 9, 2019

Le son de la nuit : Karen O & Danger Mouse

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Déjà 29H15 de ce côté-ci d’Alpha du Centaure. Le temps ne veut plus rien dire lorsqu’on parcourt les vastes étendues stellaires à bord d’un vieux remorqueur. Du coup, il vaut mieux embarquer une bonne caisse de vieilles cassettes audio pour la route…

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Karen O et le producteur Danger Mouse viennent de sortir ‘Lux Prima‘, le genre de petit album pop-rock sympa mais qu’on se surprend à repasser en boucle en lâchant un « putain, mais c’est excellent ça ! ». Tout commence par un long morceau de 9 minutes (‘Lux Prima parts I, II, III, IV‘) qui rappelle les Pink Floyd ou le groupe Air. La voix sensuelle de Karen O fait immédiatement son petit effet : « I’m nowhere, I’m no one, there is nobody but you ».

 

On enchaîne avec ‘Ministry of love‘, un morceau débutant par une guitare tout droit sortie d’un morceau oublié d’Ennio Morricone (auquel Danger Mouse et Daniele Luppi rendaient hommage en 2011, sur l’album ‘Rome’, avec les voix de Jack White, Norah Jones et même la présence mythique d’Edda dell’Orso), pour ensuite prendre son envol majestueux.

 

Le troisième morceau achève de séduire définitivement les hésitants. ‘Turn the light‘, avec sa basse en avant et la voix de Karen O, est en effet une invitation à l’amour à laquelle il est impossible de résister : « Tonight, my love will turn to light, tonight, tonight ».

 

Woman‘ vient ensuite rappeler le parcours rock de la miss (son partenaire de Yeah Yeah Yeahs, Nick Zinner, assure les guitares).

 

La face B ne faiblit pas. Elle réserve d’autres petites merveilles de pop psyché et confirme l’influence cinématographique de l’oeuvre (Daniele Luppi est présent dans les arrangements des cordes). La production est un régal (claviers, choeurs, guitares, batterie, basse, cordes) : quel son ! C’est encore plus vrai sur disque vinyle.

Bref, ‘Lux Prima‘ est le coup de coeur du moment et sans aucun doute l’un des grands albums de l’année 2019. Disponible en téléchargement, en CD et surtout sur un superbe vinyle (pochette ouvrante en tissu noir frappé de symboles argentés, bandeau sur la tranche, poster-livret avec paroles et credits, disque orange marbré et carte de téléchargement incluse).

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Karen O-Danger Mouse-01
Publié par : nico nsb | mars 28, 2019

Live du jour : Anna von Hausswolff

Anna Von Hausswolff - 2019-01

La Suédoise Anna Von Hausswolff est d’humeur massacrante aujourd’hui.

Le mieux est de se tenir légèrement en retrait et de l’écouter, elle et son groupe, tout en hochant la tête :

Ugly and vengeful‘ est tiré de son dernier album, ‘Dead Magic‘, paru l’année dernière.

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Anna Von Hausswolff - 2017-Dead Magic LP

Publié par : nico nsb | mars 25, 2019

Scott Walker est mort

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Grand nom de la musique, l’Américain Scott Walker vient de mourir à l’âge de 76 ans. Tout comme Mark Hollis (Talk Talk) lui aussi récemment disparu, Scott Walker a débuté au sein d’une formation qui rencontra un grand succès populaire (the Walker Brothers dans les années 1960), pour ensuite s’aventurer vers des contrées musicales inconnues. Parmi ses admirateurs : Bowie et Bashung. De crooner à explorateur des ténèbres, ses albums sont de plus en plus exigeants. Petit aperçu de son parcours en groupe, en solo, puis sa collaboration avec les métalleux Sunn O))) :

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Publié par : nico nsb | mars 14, 2019

Le son du jour : Prince

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Pourquoi Prince ? Parce que. 0(+>

Le printemps est en avance (c’est réjouissant, mais aussi inquiétant), le soleil est là et les pollens se déchaînent. Pour y remédier, voici le traitement idéal : une grosse dose de funk à prendre matin, midi et soir :

Mais Prince est surtout à l’honneur actuellement chez tous les bons disquaires qui affichent fièrement les rééditions (en CD et en vinyle) de trois albums : ‘Musicology’, ‘3121’ et ‘Planet Earth’.

Et on recommence le mois prochain car Prince aura droit à deux nouvelles parutions lors du Disquaire Day 2019 (samedi 13 avril) :

https://www.disquaireday.fr

  • le double maxi vinyle ‘His majesty’s pop life/the Purple mix club
  • la mixtape ‘The Versace experience-prelude 2 gold‘ en K7 audio.

Des enregistrements qu’on peut écouter gratuitement ici ou là :

Prince - Versace_Cassette

Prince - His majesty's pop life

Publié par : nico nsb | mars 12, 2019

Son du soir : Lingua Ignota

Lingua Ignota - 01

Qu’est-ce que c’est que ce son ? Tour à tour violent, brutal, dérangeant puis soudainement d’une beauté stupéfiante ! Lingua Ignota c’est Kristin Hayter, une artiste américaine formée dès l’enfance à la musique classique, puis passée à l’expérimental et une école d’art, avec comme modèle un certain Kurt Cobain. Chant médiéval, indus, black metal, folk. Dans quel rayon ranger ce « langage inconnu » ? Celui des cris de colère, de douleur, des rugissements terribles qui jaillissent du plus profond d’une personne. Titres et paroles annoncent d’ailleurs un univers très sombre, fait de violences domestiques (vécues) et dénonçant la misogynie des religions.

A en juger par les vidéos disponibles, sur scène Kristin Hayter est une performeuse intense : elle ne triche pas, elle se donne totalement. Ce son puissant (quelle voix !), croisant la musique sacrée à Nine Inch Nails en passant par Merzbow, est révélateur d’une histoire personnelle, d’un engagement et d’un combat. Cette rage ne s’égare pas dans une haine destructrice, mais se change en une énergie créatrice. (Changer la merde en or est l’art des alchimistes.) Le public est convié à une cérémonie païenne qui va le prendre aux tripes :

Lingua Ignota a déjà publié deux albums, disponibles sur sa page Bandcamp, et entame une tournée européenne en avril. Enfin, bonne nouvelle : elle a récemment signé sur le label Sargent House (Chelsea Wolfe, Boris, Russian Circles…). Traçant son chemin dans une zone turbulente où erre l’âme tourmentée de Laura Palmer, entre Diamanda Galàs et autres Zola Jesus, voilà une jeune artiste à suivre de près !

Laura Palmer 02

Lingua Ignota - 02

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Publié par : nico nsb | mars 4, 2019

Profession : éditeur vidéo

Re-Animator - coffret BRdvd

En France, pays de la cinéphilie, nous avons la chance d’avoir des passionnés de cinéma attachés aux supports physiques. Internet, le streaming (légal ou non) et l’offre des chaînes TV ont considérablement réduit les ventes de dvd/BR. Mais des structures plus ou moins importantes résistent et proposent de belles éditions vidéo de films rares, restaurés et proposés en HD. L’émission Boulevard du Cinéma (Youtube) propose ce mois-ci de donner la parole aux boss respectifs de The Ecstasy of Films et du Chat qui Fume, deux micro-structures (un ou deux gars pour tout gérer !!!) qui défendent le cinéma de genre. Ambiance détendue et passionnante à écouter et à partager sans modération :

Youtube : Boulevard du Cinéma

 

Rage - dvdBR

En mars chez The Ecstasy of Films : sorties très, très attendues de ‘Re-Animator‘ de Stuart Gordon et de ‘Rage‘ de David Cronenberg en coffrets mediabooks (livre+blu-ray+dvd) blindés de bonus et à des prix plus que corrects. Devrait suivre un Lucio Fulci… Le Chat qui Fume sort lui du bis italien et anglo/allemand, ainsi que du z français en combo dvd+blu-ray : ‘Le Cirque de la Peur/Circus of Fear‘, ‘Amour et Mort dans le Jardin des Dieux‘, ‘La Revanche des Mortes-Vivantes‘… Puis le cinéaste Claude Mulot sera mis à l’honneur avec la publication d’un livre et l’édition de quelques films dont ‘La Rose Ecorchée‘ (ne sont pas concernés, et c’est dommage, les films qu’il tourna sous le pseudo de Frédéric Lansac pendant l’âge d’or du x). Suivront ‘Maniac‘, de l’ozploitation, un Klaus Kinski, ‘Le Retour des Morts Vivants 3‘… et peut-être même un Jean Rollin.

Le Chat qui Fume-mars 2019

Beaucoup de titres intéressants donc, qui sortent en quantités limitées à 1000, 1500 voire exceptionnellement 2000 exemplaires. Une petite entreprise ne peut se permettre d’avoir une grosse quantité de stock/invendus comme l’expliquent les deux intervenants. On parle ici de « marché de niche » : des films de genre (fan-base importante et fidèle mais pas autant qu’un Marvel malheureusement), et en plus un cinéma de patrimoine (qui date d’avant les ‘Avengers’ donc…). Mais ces deux éditeurs ne sont pas seuls à faire l’actualité puisqu’il faut ajouter les parutions en blu-rays des films de Ray Harryhausen chez Sidonis/Calysta, ‘Time and Tide‘ de Tsui Hark chez Carlotta en édition prestige, encore du bis chez Artus (entretien à lire dans l’Ecran Fantastique de mars). Et sans doute d’autres merveilles en préparation chez ESC, La Rabbia, Bach Films

Problème : ce qui manque, ce n’est pas la curiosité, l’ouverture d’esprit, mais les sous (et le temps) ! Un deuxième salaire est vite nécessaire (quand on en a un et qu’il n’est pas bien gros). Du coup, on a bien envie de faire une Traversée de Paris ou de n’importe quelle ville de France en criant à tue-tête :

« Jambier ! Macron ! J’veux 2000 francs euros ! »

 

 

Publié par : nico nsb | février 25, 2019

Et le cyborg du mois est…

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La pin-up du mois le cyborg du mois est bien Alita ! Robert Rodriguez (réalisateur bordélique mais jouissif de Machete, Une Nuit en Enfer, Spy Kids et autres Sin City) et James Cameron (producteur) signent une adaptation cinématographique fidèle du manga de Yukito Kishiro, tout en restant très accessible aux spectateurs ne connaissant pas ce manga. En effet, on retrouve dans le film ‘Alita : Battle Angel‘ le design des personnages, l’univers cyberpunk et le ton de l’oeuvre d’origine ‘Gunnm‘ (un manga seinen, visant principalement un public d’adolescents/jeunes adultes), avec un peu moins d’images gores mais en conservant une certaine noirceur.

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Le film propose une sacrée dose de spectacle que ce soit dans la représentation de la ville-dépotoir Iron City dominée par Zalem, la mystérieuse cité flottante, dans les scènes d’actions (combats, Motorball) tout en possédant des personnages attachants. Car contrairement à beaucoup de blockbusters débordants de dollars et de fonds verts, le spectateur s’intéresse à l’histoire d’Alita (Gally dans le manga), cyborg féminin trouvée par le docteur Ido dans une décharge. Créature artificielle (seul le cerveau est encore humain, comme dans ‘Ghost in the Shell’), elle est interprétée par l’actrice Rosa Salazar et numérisée pour créer un personnage malgré tout émouvant, attachant et… humain.

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Bref, si les effets spéciaux sont très impressionnants par leur réalisme et dans leur intégration dans des décors construits en dur, la technologie sert le film. Il suffit de voir les scènes d’interaction entre Alita/R.Salazar et les autres comédiens : on y croit, la frontière entre acteurs et créatures numériques disparait. Le casting est solide puisque Christoph Waltz, Mahershala Ali et Jennifer Connelly aident à rendre vraisemblable ce monde qui a tout du cauchemar entre lutte des classes, catastrophe écologique et transhumanisme triomphant.

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Même chose pour la 3D native qui permet une immersion agréable dans cet univers, si bien qu’on oublie le port des lunettes pendant ces deux petites heures. Espérons que des suites verront le jour, qu’il y ait une alternative aux comics et remakes au cinéma. Qu’ajouter de plus ? Que ce film doit être découvert dans une grande salle, avec un gros son, et si possible en 3D et pourquoi pas en vostfr.

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Publié par : nico nsb | février 8, 2019

Son du soir : HTRK live 2008

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2008, les Australiens HTRK (pour « Hate Rock ») sont en concert aux Corsica Studios de Londres. Ils jouent en ouverture de Lydia Lunch. L’enregistrement d’époque est en mono, la guitare est stridente, la boîte à rythme martiale, la basse ronronne tandis que la voix est un peu en retrait. Son pourri, hurlant, abrasif. Ambiance de fin du monde. Nuit de cauchemar.

Février 2019. Ce concert est à présent disponible en vinyle (pressage sans défaut), en import (Boomkat, Juno, Norman…). Edition limitée à 300 exemplaires.

 

Publié par : nico nsb | janvier 31, 2019

‘The Mule’ : voyage sur les terres de Trump

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Earl est un charmant papy de plus de 80 ans. C’est un ancien combattant de la guerre de Corée qui cultive des fleurs superbes et, en vieux gentleman du Sud, il ne rate jamais une occasion pour faire un compliment à une dame. Par contre, le temps qu’il consacre à ses créations éphémères il ne le prend pas pour s’occuper de sa famille. Toujours occupé, sur la route entre deux conventions, la vie au foyer ça n’a jamais été son truc. Quand sa petite entreprise est mise en faillite face à la concurrence impitoyable d’internet, il accepte de servir de transporteur pour d’autres substances cultivées…

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Grand plaisir de retrouver Clint Eastwood devant (grande silhouette tremblotante et voix fragile, v.o. de rigueur !) et derrière la caméra (on oublie le ’15h17 pour Paris’ de l’an dernier). Et il revient entouré de sacrés acteurs : Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Dianne Wiest, Andy Garcia, Michael Pena… Dans ‘The Mule/La Mule‘, en même temps que l’on suit le parcours du personnage traversant le pays au volant de son Pick-Up chargé de drogues pour les cartels mexicains, le réalisateur montre l’Amérique profonde comme il l’a déjà fait dans sa longue carrière, celle située entre les côtes Est et Ouest et qui a massivement voté pour Donald Trump. Ici, pas de complaisance ni de caricature. Le réalisateur filme à hauteur d’homme, injectant parfois des touches d’humour. Il ne regarde pas ses personnages de haut, à commencer par le personnage principal qu’il interprète jusque dans ses travers. Ainsi Earl, lors d’une scène, emploie-t’il le mot tabou « N-word/nègre » lorsqu’il rencontre un couple de Noirs à qui il vient en aide sur le bord de la route. Il s’agit ici moins de racisme que d’une sale manie héritée d’un milieu social et culturel, un tic de langage que l’on sort sans même penser qu’il peut blesser l’autre. De même que Earl, le « vieux mâle blanc », travaille et parfois se lie d’amitié avec des Mexicains ou des gars d’origine mexicaine. Des gens différents se rencontrent, il y a des échanges qui s’opèrent. Le vieux Earl (et à travers lui le républicain Eastwood) est bien plus complexe que la vision manichéenne véhiculée par certains médias ou universitaires et autres militants. Un individu n’est pas fait d’un seul bloc, il n’est pas aussi rigide qu’un mur dressé le long du Rio Grande. Cette vision complexe d’une Amérique qui a voté Trump, on la retrouve aussi par exemple dans le documentaire ‘We Blew It’ de Jean-Baptiste Thoret (récemment diffusé sur les chaînes Ciné+). Et dans les deux cas on apprécie cette volonté de s’intéresser à une population qu’on a vite fait de schématiser. Prendre le temps de donner la parole et d’écouter celles et ceux qui ne partagent pas vos opinions est toujours riche d’enseignements. C’est même précieux, car très rare (aux USA ou en France), actuellement où l’on assiste plutôt à des affrontements de positions qu’à des débats nuancés. Il n’y a pas le camp du bien d’un côté et celui du mal de l’autre (on pourrait demander à Edward Snowden ou aux rebelles Syriens ce qu’ils pensent d’Obama…). Et la position d’Eastwood est ainsi bien plus intéressante que celle d’un Spike Lee, toujours du « bon côté » puisqu’homme de couleur (même si son dernier ‘Blackkklansman’ a d’autres qualités), et plus en prise avec le présent qu’un Sylvester Stallone toujours figé dans la nostalgie (voir ‘Creed II’).

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Au-delà de l’instantané sur « l’Amérique de Trump », une autre approche plus autobiographique se dessine dans ‘La Mule‘. Le coeur du film est le thème de la famille. Earl a été un mauvais mari et un mauvais père, il essaie de se racheter en se rapprochant de sa petite-fille (Taissa Farmiga). Et ainsi de renouer avec son ex-femme (Dianne Wiest) et leur fille Iris. Fille interprétée justement par Alison Eastwood, une des enfants de l’acteur-réalisateur. Un choix qui ne doit rien au hasard. Si dans le film l’argent de la drogue coule à flot, on n’achète pas le temps qui passe et vous file entre les doigts. Plus que le fait divers dont est tiré le scénario, c’est sans doute surtout ça qui a intéressé Clint Eastwood. Sans la famille, tous les succès et les récompenses, tous les awards du monde ne valent rien, qu’on soit d’un bord politique ou d’un autre.

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