Publié par : nico nsb | mai 24, 2018

Un été avec Julee Cruise en vinyle

Julee Cruise - LP+12''

     Impossible de dissocier Julee Cruise de ‘Twin Peaks‘. La chanteuse appartient au monde étrange créé par David Lynch et Mark Frost. Sa voix éthérée enveloppe les deux premières saisons de la série, mais aussi le film ‘Fire walk with me‘ et encore un tout petit peu la troisième saison. La discographie solo de Julee Cruise se limite à quatre albums. Le premier, ‘Floating into the night‘ (1989), a été réédité en 2016 en vinyle par le label Music on Vinyl. Un travail propre, sans défaut.

Julee Cruise - the voice of love-LP

En août prochain, c’est le label américain Sacred Bones records qui éditera le second album de Julee Cruise, ‘The voice of love‘ (1993). Déjà sorti et réédité prochainement en CD, c’est par contre une première pour le format vinyle. A cette occasion une édition 2 vinyles rouges (coupon MP3 généralement inclus chez ce label) limitée à 500 exemplaires est proposée en prévente. C’est de l’import donc forcément un peu cher, mais ça peut intéresser les collectionneurs et les fans. Sinon on peut attendre le bon vieux vinyle noir qui sera disponible partout.

Julee Cruise - Three demos-EP

En plus de cet album, Sacred Bones proposera également un maxi/12″ de 3 titres, ‘Three demos‘, comprenant les premières versions de travail de titres entendus dans la série : ‘Floating (demo)’, ‘Falling (demo)’ et ‘The world spins (demo)’. Là encore, une édition de couleur (rose) est disponible en prévente et limitée à 1000 exemplaires. Dans tous les cas on retrouve David Lynch et Angelo Badalamenti à la production. Bref, il vaut mieux ne pas trop tarder :

https://www.sacredbonesrecords.com

Julee Cruise - Twin Peaks

Julee Cruise-Lynch-Badalamenti

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Publié par : nico nsb | mai 23, 2018

Les disques de « culte » : le retour !

Alain Goraguer - Musique classée X-LP

     Ils avaient frappé fort en 2016 avec une campagne de financement participatif dédiée à Brigitte Lahaie (le livre, les disques, des contreparties de folie… lire sur ce blog). Aujourd’hui, Guillaume et Aurélien reviennent avec un nouveau projet « les Disques de culte ». Le compositeur Alain Goraguer va en effet avoir droit à un nouveau disque vinyle, ‘Musique classée X‘, compilant des titres restaurés issus de l’âge d’or du X français.

Au programme du porngroove, du funk-disco-reggae illustrant des ébats à plusieurs filmés par Burd Tranbaree. La pochette est belle, elle sera peut-être ouvrante/gatefold selon la somme récoltée et accompagnée de suppléments. Ce crowdfunding est lancé sur KissKissBankBank, et la sortie est annoncée pour juillet. Jetez un oeil et une oreille par ici :

Alain Goraguer : Musique classée X

Alain Goraguer - Musique classée X-insert

Publié par : nico nsb | mai 16, 2018

Cannes 2018-Episode… SOLO

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     La franchise « Star Wars » ne cesse de se décliner rapidement sur tous les écrans. Au cinéma, cinq mois seulement après un épisode VIII pas mal décrié, voici que débarque le spin-off ‘Solo : a Star Wars story‘. Pour Disney, l’univers « Star Wars » est une poule aux oeufs d’or qu’il convient de presser jusqu’à la dernière goutte. Et ce film projeté ce matin en sélection officielle hors compétition (la projection avec l’équipe du film et la montée des marches était hier soir) peut s’apprécier de deux manières. C’est une bonne nouvelle si vous êtes un actionnaire de la The Walt Disney Company. Mais c’est beaucoup moins réjouissant si vous êtes un fan de longue date de la saga créée par George Lucas. C’est entendu, il n’était pas indispensable de raconter les jeunes années de Han Solo. Pas plus que le vol des plans de l’Etoile Noire, mais ‘Rogue One’ fut une agréable surprise. Du coup, puisqu’il faut bien se faire une raison, pourquoi pas un (nouvel) espoir avec les débuts du futur capitaine du Millenium Falcon ? Mais pour cela il fallait un scénario qui ait quelque chose de solide à raconter, et un excellent réalisateur pour donner une forme intéressante au projet. Là nous découvrons un Han âgé de 25-30 ans, ballotté entre la pègre et l’Empire (bonne séquence de bataille au début, si seulement tout le film était ainsi), qui se retrouve embarqué dans une mission pour voler un précieux carburant… Les acteurs ne sont pas mauvais, mais ils ne sont pas beaucoup dirigés (surtout Emilia Clarke qui joue toujours de la même manière, à la télé comme dans les films). Et Ron Howard, s’il est un réalisateur efficace, n’est pas un grand cinéaste. Sa mise en scène n’a rien de personnelle. C’est le cas de la majorité des blockbusters aujourd’hui : le réalisateur est interchangeable. Ce n’est qu’un poste de technicien, compétent, sachant encadrer une équipe et maîtrisant le processus de création d’un film, mais absolument pas un artiste avec une vision. Ici, la seule touche personnelle d’Howard on la trouve dans les caméos (salut frangin Clint Howard, coucou Willow/Warwick Davis) ! Il ne doit pas avoir bénéficié de beaucoup de marge de manoeuvre. La formule est la même que pour n’importe quel gros film : action, bavardages, action, bavard… et avec une musique omniprésente. Le fait qu’il remplace deux gars renvoyés en cours de tournage n’arrange rien. Certains ont alors crié au scandale. Mais on parle quand même des types qui ont tourné ‘La grande aventure Lego’ et ’21 Jump Street’, pas du nouvel Orson Welles !!! Voila le niveau d’exigence de Lucasfilm, au lieu de collaborer avec un David Fincher. Du coup le résultat est prévisible. Cinéma de producteurs dans la tradition hollywoodienne (gros moyens, effets spéciaux parfaits), mais pas de coeur. Bref, tout ça pour dire qu’Alden Ehrenreich dans le rôle popularisé par Harrison Ford ne s’en sort pas si mal, que Chewie n’a pas encore son fusil-arbalète, et qu’on assiste au retour d’un personnage de la prélogique qu’on pensait mort (!!?). Chut, n’en disons pas plus. Mais on peut quand même ajouter qu’il faut s’attendre à une probable… trilogie « Solo » de la part de Disney/Lucasfilm.

(photo iPhone : Nicolas NSB)

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Under the Silver Lake - 04

     On avait découvert l’Américain David Gordon Mitchell avec ‘It Follows’, projeté en 2014 à Cannes à la Semaine de la Critique (à revoir vite, puis rattraper son précédent ‘The mythe of the american sleepover’ de 2010), un surprenant petit film d’horreur sous inspiration de John Carpenter. Il revient cette année, en sélection officielle et en compétition, avec ‘Under the Silver Lake‘. Sam (Andrew Garfield juste parfait), la trentaine, sans emploi, vit à Los Angeles et est sur le point d’être expulsé de son appartement. Il fait la connaissance d’une ravissante voisine, la blonde Sarah (Riley Keough découverte dans ‘Mad Max : Fury Road’ et présente dans le nouveau Lars Von Trier). Lorsqu’elle disparait mystérieusement, Sam part à sa recherche dans un Los Angeles étrange et plein de secrets… Tel Alice, le héros passe son temps à vouloir rattraper l’objet de son obsession qui lui glisse entre les mains. Il y a du David Lynch mais aussi du Brian de Palma dans ce cinéma. On pense aussi au Richard Kelly de ‘Southland Tales’ (que devient-il ? il nous manque cruellement le papa de ‘Donnie Darko’) lors de promenades à pied dans les ruelles de quartiers tranquilles. Mais là, alors que tous les éléments semblent en place pour accoucher d’un film passionnant, on finit par s’ennuyer. Les 2h19 semblent interminables à force d’attendre que quelque chose se passe, que le film décolle enfin. En fait, cette histoire d’exploration de l’envers du décor de la Cité des Anges, plein de références à l’histoire d’Hollywood, on l’a déjà vu plein de fois. C’est ‘Body Double’ et ‘Mulholland Drive’ entre autres. Une jeunesse prête au désir mais contaminée par la paranoïa, c’est Gregg Araki. Il y a un talent dans ce film, mais la déception est là. Dommage.

Under the Silver Lake - 05

Under the Silver Lake - 01

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Publié par : nico nsb | mai 15, 2018

Cannes 2018-Episode 4

Blackkklansman - 01

     Spike Lee, le retour. Il a été un des réalisateurs indépendants américains les plus populaires. Puis on l’a perdu de vue. La faute sans doute à certains dérapages de ce militant radical de la cause des Noirs Américains. En France, son dernier film visible sur les écrans était le remake de ‘Oldboy’ (pas honteux, pas inoubliable non plus). Le voici cette année à Cannes, en sélection officielle et en compétition, avec ‘BlacKkKlansman‘. L’histoire s’inspire d’un fait réel, celle d’un policier de couleur qui réussit à s’infiltrer au sein du Ku Klux Klan ! Sans dévoiler le comment (la sortie du film est prévue en août), on peut raconter que l’agent Ron Stallworth (le très bon John David Washington, fils de Denzel) se retrouve associé à une petite équipe dirigée par Flip Zimmerman (Adam Driver). Chargés tout d’abord de la surveillance d’une réunion des Black Panthers, ils prennent rapidement contact avec les membres du Klan du Colorado en se faisant passer pour un sympathisant. Et ça marche, les voila embarqués dans une mission d’infiltration à haut risque… Voir un Noir et un Juif partenaires dans un film de Spike Lee n’est pas sans étonner. Le cinéaste semble s’être assagit et le résultat est réjouissant. Car tout en étant très engagé, ce film policier tendance blaxsploitation contient beaucoup d’humour, ce qui rend certains dialogues à double sens encore plus efficaces. L’histoire se passe au début des années 1970, les années Nixon, mais le film ne cesse d’adresser des clins d’oeil aux spectateurs de 2018 à propos d’un certain président américain en place. Une complicité qui fonctionne bien, même si le réalisateur ne peut s’empêcher certaines facilités. ‘BlacKkKlansman‘ est un bon film à défaut d’être un grand film. Mais dans les dernières minutes, on bascule de la fiction au réel, transformant un sympathique film engagé en cri de colère bouleversant. L’histoire se répète, il y a urgence ! Au final, alors que le générique se déroule sur une chanson de Prince, on fait le constat qu’il y a plus de subversion chez un Spike Lee imparfait que chez le vieux Godard.

Blackkklansman - Spike Lee

BlacKkKlansman

BlacKkKlansman

The house that Jack built - 01

    C’est la journée des cinéastes turbulents aujourd’hui, puisqu’en plus de Spike Lee, on pouvait découvrir le nouveau Lars Von Trier. Ecarté de la Croisette depuis ses propos qui avaient fait scandale lors de la conférence de presse de ‘Melancholia’ (2011), le Danois propose ‘The House that Jack built‘ (sélection officielle, hors compétition) qui était attendu comme un film d’horreur à sensation. Jack (Matt Dillon) est un tueur en série. Ca lui est tombé dessus un peu par hasard, à cause d’une rencontre sur la route. Jack ne peut s’empêcher de tuer, des femmes la plupart du temps. Car Jack à une idée derrière la tête : accomplir une oeuvre d’art… La première partie du film a la bonne idée de présenter un personnage de psychopathe empoté, pas vraiment un génie du mal façon Hannibal Lecter. Il faut reconnaitre qu’on rit beaucoup lors de la rencontre entre Matt Dillon et Uma Thurman. Le film est divisé en chapitres appelés « incidents ». Plus l’histoire avance et plus le ton devient sérieux. Alors la misogynie de Lars Von Trier refait surface ainsi que son intérêt pour les Nazis. Et Jack/Lars finit par accomplir l’oeuvre de sa vie (pas celle initialement espérée), pour ensuite descendre aux enfers. Fin du film. ‘The House that Jack built‘ réserve bien quelques scènes sanglantes, mais il n’y a rien d’insoutenable. Il s’agit en fait de l’autoportrait d’un artiste talentueux mais qui s’est englué dans une provocation gratuite qui l’a conduit droit dans un mur, et en fait le constat. Pas le choc attendu en fin de compte, mais autre chose. Film de transition en forme de mea culpa ? Les spectateurs auront remarqué l’absence du générique du Festival de Cannes qui ouvre d’habitude chaque film présenté. Erreur technique ou choix du Festival ?

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The house that Jack built - affiche

 

Publié par : nico nsb | mai 14, 2018

Le son/clip/live du jour : Chelsea Wolfe

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Chelsea Wolfe et son groupe, enregistrés à Chicago :

Chelsea Wolfe - 2018-04

Publié par : nico nsb | mai 13, 2018

Cannes 2018-Episode 3

Pas de festival sans un ou deux jours de pluie. Et bien ce dimanche nous sommes gâtés : pluie forte et orage ! Du coup tout le monde se rue dans les salles.

les Filles du Soleil - 04

     Dans la sélection officielle (compétition), on trouve un film de guerre tiré d’une histoire vraie qui traite de l’actualité récente et pas de conflits anciens. Ce film, ‘Les Filles du Soleil‘, est en plus un film français, comme quoi il ne faut jamais désespérer de notre cinéma d’auteur. La réalisatrice Eva Husson raconte l’arrivée d’une photo-journaliste française au Kurdistan. Mathilde (Emmanuelle Bercot) a déjà une certaine expérience des zones de combat. Elle y a même perdu un oeil. Mais rien de ce qu’elle a vécu ne ressemble ce qu’elle découvre de l’autre côté de la frontière turque. Elle fait la connaissance d’un commando de combattantes. Des femmes, anciennes esclaves sexuelles enlevées dans leurs villages et torturées par les « hommes en noir », ont pris les armes au côté des troupes locales. Elles sont dirigées par Bahar (Golshifteh Farahani), et luttent comme les hommes contre les assassins de Daesh… Ce qui frappe tout d’abord dans les premières minutes des ‘Filles du Soleil‘, c’est la force et la beauté stupéfiante de l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani. Au milieu de la guerre et de ses horreurs, une trace de beauté subsiste. Le regard triste de son personnage trahi un parcours douloureux, mais elle incarne également la volonté de ces femmes de lutter non pas jusqu’à la mort, mais pour « la femme, la vie, la liberté ». Quand on suit le parcours de cette actrice, on a envie de dire qu’elle était faite pour ce rôle. Eva Husson filme le quotidien de ces guerrières, des journées et des nuits faites d’attente, de complicité, de discussions avec les autres soldats quant aux choix stratégiques, de sommeil difficile et de combats rapprochés dans les rues des villages. La réalisatrice ne fait pas l’impasse sur les scènes de fusillades et d’explosions et s’empare totalement du genre « film de guerre ». L’émotion et la tension sont intenses. Il s’agit donc d’un film engagé, d’un film de guerre réalisé par une femme, mais surtout d’un premier coup de coeur dans ce festival.

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les Filles du Soleil - affiche

3 Visages - 01

     Après le Kurdistan irakien, le programme de la journée nous entraîne naturellement en Iran pour retrouver le cinéaste Jafar Panahi (interdit de quitter son pays et de venir présenter son film). Dans ‘3 Visages‘, l’actrice Jafari Behnaz prend la route avec le réalisateur à la recherche d’une adolescente après avoir reçu une vidéo où celle-ci annonce son suicide. La jeune fille vit dans un petit village dans les montagnes, où les habitants ont conservés des traditions ancestrales. Tout le monde se connait, « l’honneur » et le regard des autres sont pesants, les règles du village s’imposent à toutes et à tous et lorsqu’une jeune fille désire faire des études ou devenir comédienne, ça ne passent pas du tout… A sujet grave, le réalisateur a choisi la rupture de ton en utilisant beaucoup l’humour. Et ça fonctionne à merveille ! Si la situation dramatique évoquée n’est jamais tournée en dérision, Jafar Panahi parvient à installer des moments de comédie dans sa mise en scène qui mêle la fiction et le réel. En effet, le film débute comme un documentaire avec des caméras cachées (comme dans son précédent ‘Taxi Téhéran’) installées dans une voiture, puis la mise en scène s’aventure à l’extérieur (champ/contre-champ classique) et le passage se fait simplement, sans forcer. Une belle leçon de mise en scène (contrôle/manipulation des personnages évoluant vers leur émancipation), avec un point de vue sur la place des femmes dans le monde (loin de la violence de certaines féministes). Et là aussi l’émotion emporte les spectateurs. Second coup de coeur du festival et dans la même journée !

3 Visages - affiche

Fahrenheit 451 - 02

     Dans les films américains présents en sélection officielle , on trouve une nouvelle adaptation du roman de Ray Bradbury, ‘Fahrenheit 451‘ (hors compétition). Ce téléfilm d’anticipation produit par HBO ne bénéficie pas d’un gros budget, mais s’il échoue sur tous les plans ce n’est pas juste à cause d’un manque d’argent. Le travail d’adaptation est mauvais et on le ressent dès les premières minutes. Rien n’est fait pour contextualiser le récit. Aucune mise en place de cette Amérique où un gouvernement totalitaire a inversé les valeurs, si bien que les pompiers sont chargés non pas d’éteindre le feu mais de l’allumer, et de brûler spécialement tout ce qui ressemble à un livre (en quelle année sommes-nous ? comment en est-on arrivé là ?). La mise en scène de Ramin Bahrani est impersonnelle et ressemble à n’importe quel film d’action bourrin. Et pour enfoncer le tout, la direction d’acteurs est inexistante. Ainsi Michael Shannon joue son personnage de méchant comme celui de Zod dans ‘Man of Steel’ mais sans nuances, Sofia Boutella ne sert à rien et le pire reste Michael B. Jordan au visage totalement inexpressif (je fronce les sourcils pour montrer que je suis inquiet, que je réfléchis, que j’ai faim) et au regard vide (de quoi parle ce film ? c’est quoi un livre ?). Il a raison Michael, c’est l’heure de manger et j’ai faim moi aussi.

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Publié par : nico nsb | mai 12, 2018

Cannes 2018-Episode 2

Arctic - 01     

     Dans ‘Arctic‘ (sélection officielle, hors compétition), Mads Mikkelsen est un pilote d’avion qui s’est écrasé quelque part dans le désert blanc du cercle polaire. Il s’organise au mieux pour survivre en espérant que ses signaux de détresses seront reçus. Très peu de dialogue, pas grand chose à filmer à part des paysages de neige et de glace, aussi la mise en scène va-t-elle droit à l’essentiel. Tout passe par l’image. Par exemple, il suffit d’un plan ou deux pour raconter que le personnage est là depuis quelques jours, ou encore qu’il n’était pas seul à bord lorsqu’il s’est écrasé. Le réalisateur, Joe Penna, a déclaré qu’initialement son histoire se situait sur Mars, mais qu’il a du revoir son scénario et l’adapter à un nouvel environnement hostile. ‘Arctic’ est plus un drame qu’un film d’aventure, montrant le combat de l’homme contre une nature impitoyable, où l’instinct de survie vous pousse aux limites extrêmes. Tournage en extérieur (Islande) qu’on imagine éprouvant. S’il n’égale pas le récent ‘The Revenant’ avec Leonardo DiCaprio, ce film s’apprécie sans problème.

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Grans - 04

     Un peu moins haut sur la carte, le suédois ‘Gräns‘ (ou ‘Border’, Un Certain Regard) s’intéresse à Tina, une douanière qui contrôle les passagers débarquant des ferrys. Son visage est étrange, certains la trouve carrément repoussante. En effet ses traits font penser à ceux des premiers hommes apparus sur terre. Trace d’un passé très ancien (il y a quelque chose d’animal en elle) ou problème de chromosome ? La jeune femme entretien un rapport privilégié avec la faune qui peuple la forêt où elle habite. Elle possède en plus une sorte de flair ou d’instinct particulier qui lui permet de détecter les voyageurs suspects pendant son travail, si bien qu’elle réussi à mettre la police sur les traces d’un réseau de pédophiles. Au même moment, Tina fait la rencontre de l’énigmatique Vore, un homme au visage aussi difforme que le sien et qui semble la connaitre… Ce film est l’exemple parfait pour prouver que Cannes ce n’est pas que « des films chiants » (mais on en trouve aussi, rassurez-vous). Le conte fantastique y a sa place. Pas de doute que ‘Gräns‘, coproduction entre la Suède et le Danemark, va faire le tour des festivals de cinéma fantastique, à commencer par l’Etrange Festival. En dénonçant le conformisme et l’hypocrisie d’une société bien policée, en interrogeant la notion de monstruosité, le film de Ali Abbasi rappelle ‘Thelma‘ (Joachim Trier, 2017) et son attaque contre le puritanisme scandinave (à ce sujet, voir le documentaire d’Ovidie ‘Le pays où les putains n’existent pas’ diffusé cet hiver sur Arte). Il y a bien eu quelques rires imbéciles pendant la projection, ce qui montre que le film dérange certains spectateurs sans doute plus à l’aise avec un drame social comme on en produit à la chaîne en France.

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Godard-Le Livre d'Image

     De temps en temps, parmi tout le choix de films proposés, il faut bien se pencher un peu sur la production française. Et justement il y a un nouveau Godard en sélection officielle et en compétition. Pour être tout à fait exact, ‘Le Livre d’Image‘ est une production suisse. Il s’agit donc d’un essai filmique, un montage de sons et d’images (extraits de films, images d’iPhone) avec de brusques ruptures sensé réfléchir sur notre temps. On y devine ainsi des références à l’Union Européenne, aux trains, au monde arabe… 1h25, ça peut-être long parfois. Comme d’habitude, le propos échappe aux spectateurs. Les citations s’enchaînent sans temps mort à base d’images d’archives de films, de documentaires, de peintures, de lectures, de musiques… A chacun de se débrouiller avec ça. On retient quelques idées comme la culpabilité et l’indifférence de l’Occident (éternelle culpabilité judéo-chrétienne), qu’il faut être du côté des pauvres plutôt que de ces salauds de riches, que les poseurs de bombes n’ont pas d’autres choix pour se faire entendre. Bref, ça ne rigole pas chez Jean-Luc Godard. La leçon est dite d’un ton grave et définitif. Et comme à son habitude, God-Art n’a pas jugé utile de faire le déplacement sur la Croisette. Son auguste personne ayant sans doute des sujets plus importants à s’occuper. On ne lui en voudra pas. Film suivant.

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     Le Chinois Jia Zhang-Ke est un habitué de Cannes. On a ainsi pu découvrir ici ses précédents ‘Still Life’, ‘A Touch of Sin’ ou ‘Au-delà des Montagnes’ mettant en scène son actrice favorite Zhao Tao. Dans ‘Les Eternels‘ (sélection officielle, en compétition) elle interprète Qiao, la petite amie de Bin, un mafieux gérant un club de jeux. Lorsque celui-ci est attaqué par un gang rival, elle sort une arme à feu et tire en l’air pour le protéger. Face à la police, elle déclare que l’arme lui appartenait pour couvrir son fiancé et est condamnée à sa place. Quelques années plus tard, à sa sortie de prison, Qiao tente de reprendre contact avec Bin mais celui-ci à tourner la page… Le cinéaste aime raconter des destins contrariés et surtout filmer le passage du temps. Sa caméra s’attarde ainsi sur la transformation des villes, et sur les visages de ses personnages. Cette mélancolie nichée dans le coeur de la Chine moderne et conquérante, il l’a déjà filmé à plusieurs reprise et ‘Les Eternels’ est un nouveau chapitre un peu moins passionnant. Si bien qu’on peut piquer du nez parfois pendant ces 2H21 qui se font sentir, surtout après le Godard.

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     Le week-end est là et cela se sent : beaucoup de monde dans les salles, dans le Palais, sur le bord de mer et dans les rues de Cannes. Grosse affluence notamment pour tenter d’assister à la master class de Christopher Nolan. Mais impossible, même en venant deux heures à l’avance (!), d’y accéder car comment faire entrer un gros millier de personnes dans une petite salle de 400 places ? Tant pis, on se rattrapera avec la vidéo qui sera mis en ligne par le Festival.

Publié par : nico nsb | mai 10, 2018

Cannes 2018-Episode 1

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     Une nouvelle édition cannoise qui démarre, ce sont des repères et des habitudes que le festivalier retrouve. Un nouveau badge à récupérer, ainsi que le sac du Festival. Pas encore de forte affluence, on apprécie d’autant plus les premiers jours avant le rush du week-end. On prend connaissance des programmes et de la nouvelle organisation des projections de la compétition officielle : présentation avec les équipes des films le soir (tenues de soirée obligatoires), projections presse et autres accrédités le lendemain. Mais on s’y fait vite. Cannes est une machine énorme, souvent critiquée et la plupart du temps par des gens qui n’y mettront jamais les pieds. Ce festival de cinéma pour les professionnels de cette industrie (les scolaires, étudiants, clubs ciné du monde entier y ont également accès, donc ce n’est pas un lieu pour « privilégiés ») est un rendez-vous incontournable pour tous les cinéphiles et cinéphages. On y trouve de tout, dans tous les genres, toutes les nationalités que ce soit dans la Sélection Officielle (compétition et hors compétition), à Un Certain Regard, à la Quinzaine des Réalisateurs, à la Semaine de la Critique ou au Marché du Film (pour les acheteurs et certains journalistes). Beaucoup de monde donc et un choix de films énorme. Ceux qui ne sont pas à Cannes (au hasard Harvey W. ou Netflix) s’en mordent les doigts.

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En consultant le mois dernier la liste des films attendus cette année, on pouvait faire la fine bouche : rien d’extraordinaire. Pas de David Lynch, de Jodorowsky ou autre grand nom (ajouter vos favoris) qui fait rêver. Ce qui veut dire plein de nouveaux films inconnus à voir. Et peut-être de belles découvertes à faire. En tout cas c’est l’occasion de s’en mettre plein les yeux, sur grands écrans, et de ne pas oublier que le cinéma d’aujourd’hui ne se résume pas aux super-héros ou aux lamentables comédies françaises formatées pour les chaînes de télé. Et lorsqu’on apprend qu’en plus Terry Gilliam pourra finalement venir présenter, en personne, son film sur Don Quichotte, on se dit que c’est bien la fête du cinéma.

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Premier film choisi pour bien démarrer Cannes 2018, un film russe avec plein de rock dedans. ‘Leto‘ (l’été) de Kirill Serebrennikov (sélection officielle, en compétition) se passe au début des années 1980 et raconte l’histoire vraie d’une scène musicale underground où la jeunesse de l’ex-URSS vient s’oxygéner la tête au son d’un punk-rock mal vu des autorités. Mike est le leader d’un groupe de rock électrique aux influences allant de Bowie à Dylan en passant par Lou Reed, le Velvet, les Sex Pistols… Des références venues de « l’Occident décadent », comme disent les gardiens des valeurs soviétiques. Autour de Mike gravite tout un groupe d’artistes, groupies, fans qui forment une grande famille où l’on chante, danse et boit beaucoup pour vivre la vie à fond. Mike vit en couple avec Natacha et leur bébé. Lors d’un pique-nique au bord de la mer, un nouveau venu, Viktor, se joint à la joyeuse bande. Il est chanteur-guitariste, joue de la musique folk mélancolique, et il va faire tourner la tête de Natacha et du public… ‘Leto‘ est filmé dans un superbe noir et blanc et dans un format scope qui magnifie les scènes de groupe en intérieurs ou en extérieurs. Certaines scènes sont extraordinaires comme ce premier concert qui montre le public assis (!) à un concert de rock, sous le regard inquisiteur du service de sécurité chargé de rappeler à l’ordre le jeune spectateur qui aurait tendance à bouger un peu trop ! Une jeunesse qui étouffe de frustrations comme le montre le réalisateur lors de séquences « qui n’ont jamais eu lieu », et où les personnages se lâchent enfin. Le son est poussé et l’image est recouverte de graffiti comme un clip avec effets de grattage de pellicule. Si on sent parfois quelques longueurs, voila un film gentiment subversif et fort sympathique pour commencer le festival. 1980-2018, il faut croire que l’Histoire ne manque pas d’ironie quand on apprend que le réalisateur n’a pas pu venir en France présenter son film avec son équipe, assigné à résidence dans la Russie de Poutine.

(photos iPhone : Nicolas NSB)

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Publié par : nico nsb | avril 22, 2018

Disquaire Day/RSD 2018 : Bowie à l’honneur

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Les disquaires indépendants, ces précieuses petites boutiques de quartier, on les aime toute l’année. Mais une fois par an ils sont mis en lumière lors du Record Store Day/Disquaire Day. Une manifestation qui a vu le jour d’abord aux USA et au Canada, puis en Grande-Bretagne, pour enfin s’installer en France et dans plusieurs pays d’Europe. L’occasion de découvrir en vinyle des éditions rares, des tirages limités ou rééditions exclusives à l’opération de nombreux artistes du monde entier et dans tous les styles de musique.

https://disquaireday.fr

https://recordstoreday.co.uk

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Hier 21 avril, les fans et les collectionneurs étaient donc à nouveau au rendez-vous pour trouver de précieuses pépites dans les bacs. Les prix sont un petit peu plus élevés que d’habitude, tout en restant raisonnables. Petite sélection :

David Bowie : le maxi 12″ de ‘Let’s Dance‘ avec la fameuse version demo et une version live.

David Bowie : ‘Now‘, compil’ US promo éditée en vinyle blanc regroupant des titres des albums remasterisés ‘Low‘ et ‘Heroes‘.

David Bowie : ‘Welcome to the blackout (live London ’78)‘, édition très convoitée car ces 3 vinyles (pochette ouvrante 3 volets) restituent les concerts anglais des 30 juin et 1e juillet 1978, à Earls Court, soit un précieux document live de la « période berlinoise ». Le son est très bon pour des enregistrements live de quarante ans et le pressage excellent.

Eurythmics : bande originale du film de Michael Radford ‘1984‘ en vinyle rouge tiré d’un nouveau master (coupon de téléchargement inclus), où l’on retrouve des titres inspirés par le roman de George Orwell. Si le film, au style très épuré, ne comporte qu’une poignée des compositions d’Annie Lennox et Dave Stewart, l’album entier est un régal qui se redécouvre comme à la première écoute. Un classique.

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(photos iPhone : Nicolas NSB-2018)

Publié par : nico nsb | avril 15, 2018

Son du jour : Bowie (live on french TV)

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David Bowie en concert, programme idéal pour un week-end gris. Il s’agit de l’émission Taratata qui, en 1996, l’accueillait avec son groupe pour la sortie du formidable album ‘Outside‘. S’il faut se farcir le présentateur à l’ego un peu envahissant, Bowie, fin psychologue, a vite cerné l’individu et le remet gentiment en place. Reste la performance en direct, juste exceptionnelle et bien filmée. Un pur régal. Bon appétit.

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David Bowie - Outside

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