Publié par : nico nsb | octobre 19, 2017

Playlist d’automne

Myrkur-Chelsea Wolfe - 2016

(Chelsea Wolfe & Myrkur)

     Changement de saison, il faut donc prendre des vitamines pour se préparer à l’hiver. De l’énergie pure pour le corps, le coeur et l’esprit, disponible en téléchargement, CD ou de préférence en vinyle. On commence avec trois divines sorcières : Myrkur, Zola Jesus et Chelsea Wolfe.

Myrkur - Mareridt-deluxe 2LP

La Danoise Amalie Bruun alias Myrkur propose ‘Mareridt‘ (« cauchemar »), nouvel album qui développe son univers musical hybride entre black metal, musique traditionnelle et chants folkloriques. Sa voix est aussi à l’aise dans les mélodies que dans les cris terrifiants, tandis que les guitares cohabitent sans problème avec les cordes et les choeurs féminins. Célébration magistrale de la mère nature plutôt que des religions, de la beauté et du chaos du monde, signée d’une artiste qui semble avoir tous les dons puisqu’également multi-instrumentiste ! Myrkur invite sur un titre une autre prêtresse de l’ombre, l’Américaine Chelsea Wolfe que l’on retrouve d’ailleurs sur un second titre dans la version deluxe de l’album (pochette alternative et 5 titres bonus).

Myrkur - 2017-02

Myrkur - 2017-03

Myrkur - 2017-Chelsea Wolfe

Zola Jesus - Okovi-LP

Traversons les eaux froides de l’Atlantique pour aborder les paysages sonores tourmentés de l’Américaine Nika Roza Danilova aka Zola Jesus. Si son chant semble s’élever haut et loin, l’album ‘Okovi‘ est sombre et exprime une souffrance. Il est question d’un retour aux sources (la campagne du Wisconsin), à la famille et du rapport à la féminité. Une lutte avec ses propres démons marquée par des rythmiques lourdes, des claviers ou accompagnée de cordes. Sans négliger la musique, la voix occupe souvent la première place : elle porte l’émotion et permet une libération. Très bel album et peut-être le mieux maîtrisé de Zola Jesus. Le clip du single ‘Exhumed‘ est très inspiré du cinéma d’horreur japonais, et plus particulièrement le ‘Ringu/Ring’ de Hideo Nakata (1998).

Zola Jesus - 2017-02

Chelsea Wolfe - 2017

Etats-Unis toujours, impossible de faire l’impasse sur ‘Hiss Spun‘ de Chelsea Wolfe où les guitares se déchaînent comme jamais. La batterie est plus prononcée aussi. Ne pas se fier à la voix tantôt fragile, tantôt plus affirmée de la miss : la colère gronde. Là aussi il est question de frustrations et de déceptions de femme qui s’expriment par un son agressif, et en interview Chelsea Wolfe parle clairement de son envie d’être plus frontale en live. « C’est bien plus amusant de jouer du rock. Je préfère désormais être plus agressive que vulnérable. » Une découverte sur scène s’impose, tout comme pour ses consoeurs Myrkur et Zola Jesus. Entretiens à lire dans le numéro 40 de New Noise France.

Chelsea Wolfe - 2017-01

Twin Peaks - s3-LP2

     L’évènement cinéma de l’année est peut-être bien le retour surprenant… d’une série TV ! ‘Twin Peaks : the return‘, de ce qu’on peut en lire et de ce qu’on a pu en voir (une poignée d’épisodes seulement, vivement le coffret blu-ray) ne cesse de dérouter et de passionner. La saison 3 de David Lynch et Mark Frost a droit à deux albums CD/vinyle (la Fnac édite des éditions limitées couleurs) où l’on retrouve les musiques d’Angelo Badalamenti ainsi que toutes les chansons qui se succèdent sur la scène du Bang Bang Bar. Au programme : Chromatics, David Lynch, Nine Inch Nails, Rebekah del Rio, Booker T & the MG’s, Otis Redding, ZZTop, Eddie Vedder… et Julee Cruise.

Twin Peaks - s3-LP1

 

John Carpenter - Anthology LP

     Musiques de films toujours avec une compilation des thèmes principaux de John Carpenter, repris par lui-même et son groupe. ‘Anthology : movie themes 1974-1998‘, disponible en CD ou vinyle+45t, comprend donc des extraits des films ‘New York 1997’, ‘The Fog’, ‘Dark Star’ (sympa comme titre…), ‘Christine’, ‘The Thing’ (composé par Ennio Morricone, mais qui sonne très Carpenter), ‘Halloween’… Imparable.

 

Et à propos de Big John, son célèbre thème principal de ‘Halloween‘ vient d’être revisité par Trent Reznor et Atticus Ross. Carpenter vs NIN !

 

     Un petit clip pour la route avec ce bon Marilyn Manson (extrait de son nouvel album ‘Heaven Upside Down‘), toujours efficace pour jouer les épouvantails d’une Amérique puritaine et armée :

 

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     Et puisque nous sommes aux portes des enfers, autant les ouvrir en grand avec la bande originale du film ‘Hellraiser‘ (1987), réalisé par Clive Barker et musique composée par Christopher Young. La BOF bénéficie d’un nouveau master et ressort en vinyle. Disponible dans plusieurs éditions : un vinyle rouge chez Lakeshore records, un autre disque chez Mondo/Death Waltz et enfin, toujours chez Mondo/DW, carrément un petit coffret en bois inspiré du cube des Cénobites et contenant six 45t/7″ ! Cher et beau sans aucun doute.

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Hellraiser_LP (Mondo edition)

Hellraiser_LP (Lakeshore edition)

 Chelsea Wolfe - 2017-02

Myrkur - 2017-NewNoiseMagazine-Issue35

Myrkur - 2017-CloseUpMagazine

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Publié par : nico nsb | octobre 8, 2017

Blade Runner, une suite ?

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     Vouloir revisiter un film culte, sous la forme d’un remake ou d’une suite, a tout de l’opération suicide. Pourtant, le cinéaste Denis Villeneuve a su relever ce pari impossible. Son ‘Blade Runner 2049‘ est sans doute la meilleure suite possible au film de Ridley Scott. Les images et la lumière du chef op’ Roger Deakins, le scénario de Hampton Fancher et Michael Green, la musique, le son, les décors, les costumes, accessoires, coiffures, maquillages, effets spéciaux… et les comédiens bien sûr, tout ces choix sont dignes de la qualité du film original qui n’est rien moins qu’un chef d’oeuvre de la science-fiction. A plusieurs reprises on a envie de faire un arrêt sur image pendant la séance, afin de promener son regard dans tous les coins de l’image.

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Et cependant, malgré ce niveau d’excellence, on ne peut s’empêcher de penser « une suite était-elle nécessaire ? ». En lisant les interviews de l’équipe du film dans l’Ecran Fantastique d’octobre (réal’, scénaristes et Ryan Gosling), Denis Villeneuve répète à plusieurs reprises le mot « rêve » à propos du ‘Blade Runner‘ de 1982. Vision cauchemardesque d’un futur possible traitée de manière onirique. Ce monde fabuleux et effrayant ressemble effectivement à un songe où la ville, monstrueuse, est filmée comme une forêt mystérieuse de conte de fée. La bande son renforce ce sentiment d’irréel. Cette magie, on la perd un peu avec ‘Blade Runner 2049‘ malgré la meilleure volonté de ses auteurs. L’atmosphère mélancolique est bien là, mais on l’a déjà éprouvé dans le film de Ridley Scott et avec Villeneuve il y a comme un goût de réchauffé : c’est bien mais moins fort que la première fois. La nostalgie du spectateur est utilisée également (on retrouve un Deckard/Harrison Ford vieilli, tout comme d’autres informations), un procédé qui tend à se répéter aujourd’hui à Hollywood. On ne peut pas rejouer indéfiniment avec les mêmes émotions (voir la scène finale). L’entropie est à l’oeuvre. Ironie vertigineuse, ce phénomène d’usure est justement au coeur de l’oeuvre de Philip K. Dick. Il l’avait mis à jour dans plusieurs roman (‘Ubik’, ‘Le Maître du Haut Château’, ‘Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques/Blade Runner’, ‘Coulez mes larmes, dit le policier’, ‘Substance Mort’…). Quoi qu’on fasse, malgré les moyens alloués et toute l’énergie dépensée, quelque chose est à l’oeuvre et cet univers finit par se dérégler. Nous vivons bien dans un monde dickien : notre réalité a été contaminée par l’imaginaire tourmenté d’un auteur paranoïaque qui écrivait de la SF dans la Californie des années ’50/’60/’70.

 

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Publié par : nico nsb | septembre 25, 2017

Un Etrange Festival 2017

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Du 6 au 17 septembre avait lieu la 23e édition de l’Etrange Festival. L’occasion de se faire une cure de films pas comme les autres le temps d’un week-end parisien. On y trouve vraiment de tout et pour tous les goûts.

http://www.etrangefestival.com/2017/fr

Liberation Day - 01

Du documentaire, il y en a, comme par exemple ‘Libération Day‘ qui suit le groupe slovène (ex-Yougoslavie) Laibach tentant de mettre un place un concert en… Corée du Nord ! Ce groupe est connu pour reprendre l’esthétique martiale des régimes totalitaires, au point que certains critiques l’ont carrément qualifié de groupe nazi. Les musiciens et l’équipe technique doivent lutter pied à pied avec les délégués du régime de Pyongyang afin de préserver leur démarche artistique. Finalement le concert aura bien lieu, devant plus d’une centaine de Nord-Coréens assez stupéfaits et ne débordants pas vraiment d’enthousiasme. Pari réussi pour le groupe, mais vue l’actualité on peut s’interroger sur l’intérêt d’une telle entreprise : qui manipule qui au final ? Le miroir tendu aux régimes totalitaires ne fonctionne pas entièrement car le procédé est connu et ne surprend plus personne, même les sujets de Kim Jung-un.

Liberation Day - affiche

Pris au piège - affiche

Du côté de l’Espagne, le dernier film d’Alex de la Iglesia (avant le prochain déjà en préparation), ‘Pris au piège/El Bar’, mérite amplement une diffusion dans les salles. Ce n’est pas le cas de la France où le distributeur préfère une sortie en VOD et blu ray/dvd, mais une séance spéciale à l’EF permet de découvrir ce film fou sur un grand écran. Madrid, un bar de quartier. Quelques clients se retrouvent coincés alors que le chaos s’installe à l’extérieur. Fusillade meurtrière, suivi d’une étrange épidémie. Quand la peur, puis la paranoïa s’installent, les démons intérieurs de chacun se réveillent et c’est le verni de la société qui part en morceaux. Un régal et petit coup de coeur de ce festival ! Avec notamment la ravissante Blanca Suarez.

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Pris au piège - 02

Fluido - 01

La Taïwanaise Shu Lea Cheang est de retour avec ‘Fluido‘, film expérimental/SF/porno. Tout comme avec son précédent ‘I.K.U.(Orgasme)‘ (2000), la réalisatrice met en place une ambiance inspirée de ‘Blade Runner’ pour enchaîner des scènes et installations artistico-érotiques. Dans cet univers dystopique, les contacts charnels sont prohibés par une police des moeurs et les fluides corporels (sperme et cyprine) ont remplacé la cocaïne. L’histoire n’est qu’un prétexte pour monter des scènes de masturbations masculines et féminines. Et des jets d’urine sur un mur. ‘Fluido‘ est un manifeste lesbien et gay qui reprend exactement les mêmes procédés que ‘I.K.U.’, mais en remplaçant les rouges par des tons plus clairs. Et là aussi, ce qui pouvait faire un court métrage original et engagé, devient vite ennuyeux en adoptant le format d’un long métrage. D’autant plus que ce discours/essai s’adresse principalement à une communauté, où les hétéros sont absents voire assimilés  au « pouvoir totalitaire » de service.

Death Row Family - poster

Death Row Family‘ de Yuki Kobayashi raconte la déchéance d’une famille de yakuzas, des petits délinquants réduits à commettre des cambriolages pour payer leurs dettes et des crimes crapuleux. Seulement le vol ne rapporte plus rien et tuer, comme disait Hitchcock, est un acte long et difficile. Le film oscille entre drame et comédie, pas désagréable, mais vite oublié.

Replace - affiche

Replace‘ de Norbert Keil est l’histoire d’une jeune femme atteinte d’un vieillissement accéléré de la peau. De plus sa mémoire lui fait défaut, le présent et peut-être le passé se mélangent. Ca fait beaucoup pour une seule personne. Le scénario (de Richard Stanley) a tendance à multiplier les pistes et les thèmes, sans les développer. Le montage lui embrouille un peu l’histoire, mais la révélation finale viendra éclaircir tout ça. L’angoisse de rester jeune et belle se mue en film d’horreur corporelle, quand la victime découvre un moyen de conserver son apparence. Empruntant les mêmes pas que le jeune David Cronenberg, le réalisateur filme une jeune actrice talentueuse (Rebecca Forsythe) mais se croit obligé de surligner l’horreur à grand coup d’effets sonores : les basses sont poussées à fond sur toute la durée du film. Ce qui a pour effet de casser toute émotion ! On retiendra surtout la présence de Barbara Crampton (‘Re-Animator’, ‘The Lords of Salem’…) dans un rôle de médecin.

Ugly Nasty People - affiche

Ugly Nasty People/Brutti e Cattivi‘ de Cosimo Gomez succède à ‘On l’appelle Jeeg Robot’. Même (excellent) comédien principal Claudio Santamaria et même goût pour le cinéma de genre italien, avec cette touche de vulgarité qui faisait le régale de ce cinéma dans les années ’60-’70. Ici un gang de petites frappes uniquement composé d’handicapés prépare un gros coup sensé leur garantir une vie de rêve avec filles et villa de luxe. Mais il vaut mieux se méfier de ce genre de rêves, surtout ceux avec une « piscine sans clore, mais avec un filtrage d’eau« . Très bon moment de récréation, entre humour et action !

La Honte de la Jungle - affiche

Récréation encore avec ‘Tarzoon, la honte de la jungle‘ (1975). Film d’animation de Picha et Boris Szulzinger, pas vraiment pour enfants, parodiant les « Tarzan » avec un humour hara-kiri, à la fois cul et débile.

Thelma - affiche

Thelma‘ de Joachim Trier est un film fantastique qui réussit tout ce que ‘Replace‘ loupait. Douceur et sensibilité dans le traitement de son personnage principal. Le film raconte l’entrée dans la vie universitaire d’une étudiante,  loin de son village, et la découverte de sa sexualité. Mais Thelma (Eili Harboe, parfaite) est victime de crises épileptiques. Une forte émotion et la voila sujette à des convulsions qui ont aussi un impact sur son environnement… ‘Thelma‘ est un peu la petite fille de la ‘Carrie’ de De Palma. En général, religion et sexe ne font pas bon ménage. Ils font par contre d’intéressants films fantastiques et celui-ci, sans révolutionner le genre, fait parfaitement le boulot.

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9 Doigts - affiche

Il semble que chaque festival se doit d’avoir sa carte auteurisante. C’est le cas de Cannes et d’autres. Et l’Etrange Festival propose cette année ‘9 Doigts‘ de F.J. Ossang racontant laborieusement le voyage d’un gang de cambrioleurs sur un cargo. On retrouve la même esthétique que ses précédents films (‘Le trésor des îles chiennes’…), à savoir un beau noir et blanc filmé en pellicule pour obtenir ce grain d’image si particulier, le même fétichisme pour les lunettes noires, les décors rouillés et une bande son industrielle. Mais aussi un même scénario incompréhensible, des dialogues très écrits à coup de citations et de réflexions sur la Révolution et des comédiens dans l’ensemble tous particulièrement mauvais (seul Pascal Gregory arrive à s’en sortir). On peut qualifier ce cinéma de poésie, d’art romantique punk. Ca n’en fait pas moins une expérience pénible, chiante et prétentieuse.

Kuso - affiche

Court séjour parisien et donc pas mal de films loupés comme ‘Les Garçons Sauvages‘ de Bertrand Mandico (un nom dont on entend beaucoup parler et un univers à découvrir, en espérant que ça en vaille la peine), ‘Tokyo Vampire Hotel‘ de Sono Sion, le coréen ‘The Villainess‘, ‘The Misandrists‘ de Bruce LaBruce ou ‘Kodoku : Meatball Machine‘ du fou furieux Yoshihiro Nishimura. D’autres ont déjà été diffusés et vus à Cannes (‘Jupiter’s Moon‘ et ‘Avant que nous disparaissions‘, tous les deux très réussis). Il fallait terminer ce festival en beauté et c’est le cas avec le feu d’artifice scatologique ‘Kuso‘ (« merde » en japonais) du musicien californien Flying Lotus (parent de John et Alice Coltrane) découvert sur le label Warp. Soit la rencontre entre W.S. Burroughs et l’art vidéo, dans l’Amérique chaotique de Trump où la population est touchée par d’affreuses maladies de peau et patauge dans des liquides corporels peu ragoûtants. Il ne manque que l’odeur dans ce genre d’expérience incroyable sur grand écran. Un délire visuel pour spectateurs avertis, une avalanche grotesque hilarante et écoeurante, qui sous la forme d’un zapping télévisuel nous plonge dans des univers totalement différents qui s’entrechoquent. On passe ainsi d’un couple d’Afro-Américains adeptes de la strangulation à un conte de fée étrange et inquiétant, puis à un médecin (l’un des rois du funk, George Clinton) traitant toutes les phobies au moyen d’une thérapie bien particulière… Entre ‘le Festin Nu’ et ses visions de cauchemars assaisonnées d’un humour effroyable, à un délire non sensique proche des Monty Pythons, le spectateur ne sait à quoi s’attendre. Le sens de tout ce déferlement visuel et sonore (musiques électroniques d’Aphex Twin et jazz) fait défaut. On essaie de s’accrocher à quelque chose, en vain. Le mieux est de se laisser glisser et de plonger dans le grand bain la tête la première. Dans le genre film expérimental, il y avait ‘Fluido‘ et il y a ‘Kuso‘. Quitte à se passer d’histoire, autant le faire dans la joie, l’horreur et la bonne humeur et ‘Kuso‘ s’y vautre totalement ! A recommander aux fans de David Lynch (esprits cartésiens s’abstenir). Après cette ultime séance, il est temps de manger un morceau. Qui a encore faim ?

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Publié par : nico nsb | septembre 4, 2017

Quelques films d’été (suite et fin)

Seven Sisters - 01

     L’été se termine doucement et on constate que l’actualité cinéma propose de beaux rôles féminins. Comme par exemple dans ‘Seven Sisters‘ où Noomi Rapace interprète sept soeurs jumelles dans un univers dystopique très proche du notre. Dans une grande ville d’Europe de l’ouest, la surpopulation mondiale et la diminution des ressources naturelles ont nécessité un contrôle drastique des naissances. C’est dans ce monde ultra-contrôlé et connecté que sept petites filles ont cependant pu grandir dans le secret. Chacune porte comme prénom un jour de la semaine, et elles sortent de leur appartement le jour qui leur est attribué en endossant l’identité unique de Karen Settman. Arrivées à l’âge adulte, ce mode de vie devient de plus en plus difficile à supporter. Jusqu’au jour où Lundi, la première soeur, ne rentre pas à la maison et disparait sans laisser de trace… Le réalisateur norvégien Tommy Wirkola avait signé jusqu’ici des films tels que ‘Dead Snow 1 & 2’ ou ‘Hansel & Gretel : witch hunters’. Rien d’excitant, autant dire que son nouveau film n’annonçait rien de renversant. Et contre toute attente, ‘Seven Sisters‘ se révèle être une excellente surprise grâce à son scénario bien construit, un ton adulte qui n’hésite pas à verser dans la cruauté quand l’histoire l’exige, son univers de science-fiction européen (ça change des mégapoles américaines ou asiatiques), son casting sans faute (Glenn Close et Willem Dafoe notamment), et une mise en scène qui prend le temps de filmer ses personnages et le cadre où ils évoluent (pas de montage épileptique). Et surtout, surtout : Noomi Rapace est tout simplement bluffante ! Alors qu’on pouvait s’attendre à une performance d’actrice, elle réussit en fait à donner vie et émotion à chacune des soeurs, leur conférant une personnalité propre et confirmant une fois de plus l’étendue de son jeu. Le film reprend ainsi l’idée d’un clip des Rolling Stones, ‘Doom and Gloom‘, où l’actrice jouait déjà plusieurs personnages. Voila de quoi patienter tranquillement jusqu’à ‘Blade Runner 2049’.

(Message personnel : Ridley, en supprimant le personnage de Noomi Rapace de ton ‘Alien Covenant’, tu as fait une grosse connerie. Oui, une de plus.)

Seven Sisters - affiche

Seven Sisters - 06

Seven Sisters - 03

Seven Sisters - 02

Jeannette - 06

     Le nouveau film de Bruno Dumont, ‘Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc‘, sort en salle ces jours-ci mais était diffusé sur Arte la semaine dernière. Tout est dans le titre. Il s’agit d’une nouvelle variation cinématographique de ce mythe national (combien de films tournés sur « la pucelle d’Orléans » depuis l’origine du cinéma ?), mais première adaptation musical version métal ! Une fois de plus, le réalisateur prend des risques énormes en faisant appel à des non-professionnels pour dire un texte très écrit et même chanter. On frôle parfois le ridicule (comme ce jeune-homme se lançant dans un rap), certains passages de la première partie sont trop bavards. Mais ça marche à chaque fois ! Quand Dumont filme ses acteurs devant un bout de dune des environs de Calais et en nous disant c’est la Lorraine, on y croit. C’est la magie du cinéma qui opère grâce à la force de sa mise en scène tout dans l’économie de moyen, mais non dénuée d’humour et d’émotion.

Jeannette - 05

Ses deux actrices jouant Jeannette à l’enfance (Lise Leplat Prudhomme), puis à l’adolescence (Jeanne Voisin) sont à la fois touchantes et belles dans l’interprétation de leur personnage en proie aux tourments d’une révélation mystique. Les couleurs sont éclatantes et le choix d’une musique rock/electro/metal est totalement justifié pour donner à entendre l’énergie qui traverse le corps de cette jeune fille. Pas de doute, nous sommes bien devant du cinéma et non un simple téléfilm.

Jeannette - affiche

Jeannette - 01

Jeannette - 04

Jeannette - 02

The Beguiled

    Il ne suffit pas d’avoir un casting quatre étoiles pour déboucher sur un grand film, ou même simplement un bon film. C’est le constat que l’on fait en sortant de ‘Les Proies‘ de Sofia Coppola. Nicole Kidman, Colin Farrell, Kirsten Dunst ou Elle Fanning sont des professionnels qui connaissent leur boulot et le font bien. Même chose pour le directeur de la photo (lumière extérieure filtrée par la végétation du sud profond et  intérieurs éclairés à la bougie), la costumière, la décoratrice… Il manque juste une réalisatrice inspirée sachant par exemple saisir le potentiel gothique, voir horrifique du scénario, ne reculant pas devant le stupre. Il y avait de quoi faire un Hammer au féminin. Tout est présent à l’image (même la maison inquiétante). Sauf qu’il fallait quelqu’un pour orchestrer le tout et ce n’est pas le cas. Entre ennui et gâchis, il vaut mieux revoir la version de Don Siegel (1971) avec Clint Eastwood.

Les Proies - affiche

The Beguiled

Atomic Blonde - 2LP

    Enfin, dans ‘Atomic Blonde‘ Charlize Theron s’amuse à jouer les Jason Bourne/John Wick au féminin. En s’entrainant avec Keanu Reeves (lui préparant JW2), elle ne ménage pas ses efforts et ça se voit à l’écran (ridiculisant le gros Vin Diesel). Film d’action efficace mais film d’espionnage raté, ‘Atomic Blonde‘ s’apprécie pour ses éclairages aux néons, la garde robe de l’actrice principale, une scène de baston qui fait mal dans un escalier filmée en (faux) plan-séquence et une bande son compilant quelques hits post-punks des années ’80 (excellent vinyle au passage avec Bowie, Nena, Siouxsie, The Clash, Marilyn Manson…). C’est peu ou c’est déjà ça de pris selon l’humeur. Il est entendu que ce n’est pas l’épaisseur d’un scénario qui fait la qualité d’un film (‘Mad Max : Fury Road’ ou ‘John Wick 1 & 2’ ne sont pas très épais et pourtant le résultat est fort), mais développer un minimum les personnages principaux ne peut pas faire de mal. Atomic Blonde 2 ?

Atomic Blonde (2017)

Atomic Blonde (2017)

 

Publié par : nico nsb | août 29, 2017

Le son du soir : LINNEA QUIGLEY

Linnea Quigley - single 7''

Le Maître des tronçonneuses texanes vient de disparaitre, mais ces charmants outils de jardinage/ustensiles de cuisine (rayez la mention inutile) ne sont pas prêts de se taire. En effet Linnea Quigley, la scream queen par excellence (‘Le Retour des Morts-Vivants’ en blu-ray prochainement chez le Chat qui Fume), vient de publier un petit 45t/7″ intitulé ‘This Chainsaw’s made for cutting‘. Il s’agit d’une reprise parodique du fameux ‘These boots are made for walkin’ ‘ de Nancy Sinatra, enregistré en 1997 et sorti à l’époque en K7 audio pour son fan club. La chanson s’adresse visiblement à un amoureux pas très fidèle. On n’aimerait pas être à sa place. La rupture s’annonce saignante !

« Cette tronçonneuse est faite pour trancher et c’est exactement ce que je vais faire ! »

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Linnea Quigley and Men in Skirts : ‘This chainsaw’s made for cutting‘, 45t un titre est paru chez Strange Disc. Indispensable à tous les fans de bis et séries Z réjouissantes telles que ‘Hollywood Chainsaw Hookers’ (1988).

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Publié par : nico nsb | août 27, 2017

Adieu Tobe Hooper

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Un mois après Romero, un autre grand nom du cinéma d’horreur US vient de disparaitre. Tobe Hooper (1943-2017) c’est bien sûr le réalisateur de l’indépassable ‘Massacre à la Tronçonneuse‘ (1974), de sa suite parodique en 1986, ou de ‘Poltergeist‘ qui ressemble beaucoup à du Spielberg, producteur du film qui était très présent sur le plateau dit-on (voir photo ci-dessous), ça n’a jamais été clair cette histoire.

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On retient de Tobe Hooper essentiellement les premières années de sa carrière, qui se distinguent aussi avec ‘Le Crocodile de la Mort‘ (1976), ‘L’Invasion vient de Mars‘ (1986) et l’incroyable ‘Life Force – l’Etoile du Mal‘ (1985), gros budget de science-fiction produit par la Cannon et qui révéla une jeune française, Mathilda May, en vampire de l’espace déambulant dans les rues de Londres… en tenue d’Eve et mettant tous les mâles (et quelques femmes) à ses pieds ! Du cinéma comme ça, on n’en fait plus actuellement.

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Hooper, Romero ou Carpenter (qui se porte bien lui, pour l’instant, puisqu’il sort un disque en octobre), les Masters of Horror, des noms souvent cités par les fans de cinéma moins par nostalgie que pour l’importance qu’ils occupent dans l’histoire du 7e art. C’est la génération du Nouvel Hollywood, des jeunes artistes en prise avec leur époque qui ont révolutionner le cinéma fantastique. Ils font partie des bases à connaitre pour tout spectateur, jeune ou moins jeune. Vu l’état du cinéma américain, on ne peut que souhaiter des changements radicaux dans cette industrie pour que puisse se développer et s’exprimer une nouvelle génération de cinéastes (ils sont déjà là) aussi talentueux dans le cadre de budgets raisonnables.

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Poltergeist 1982 RŽal. : Tobe Hooper et Steven Spielberg COLLECTION CHRISTOPHEL

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Publié par : nico nsb | août 26, 2017

Messages publicitaires

« Vous êtes sujet aux odeurs de transpirations ? 

UBIK déodorant, spray ou stick, vous évitera tout inconvénient, et grâce à lui dorénavant vous n’aurez plus peur d’aller en société. Sans danger si l’on se conforme au mode d’emploi dans un programme rigoureux d’hygiène corporelle. »

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« Absorbé conformément au mode d’emploi, UBIK procure un sommeil ininterrompu garanti sans torpeur matinale. Vous vous réveillerez frais et dispos, prêt à affronter tous vos problèmes. Ne pas dépasser la dose prescrite. »

(P.K.Dick – Ubik – 1969)

Publié par : nico nsb | août 18, 2017

Lectures rapides à l’ombre de l’été 2017

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Lire, bouquiner, dévorer du papier. C’est bon pour le cerveau. Plus apaisant et beaucoup plus nourrissant que tripoter… son smartphone toute la journée. Comme chaque été sur ce blog, et depuis quelques années (ne changeons ces petites habitudes malgré l’horreur islamiste partout dans le monde), voici une sélection de revues et magazines disponibles chez les marchands de journaux. A déguster avec un bon verre de quelque chose de bien frais.

Cahiers du Cinéma - été 2017-Twin Peaks S3

     De tous les articles lus dans la presse cinéma ces derniers mois, les plus stimulants, les plus beaux, les mieux écrits et les plus exigeants en terme d’analyse on les trouve dans le numéro d’été des Cahiers du Cinéma. Série télé culte et évènement cinéma de l’année (projection à Cannes des 2 premiers épisodes sur grand écran, pour Lynch il s’agit plus d’un long métrage de 18 heures qu’une série), la saison 3 de « Twin Peaks » a droit à un dossier passionnant d’une trentaine de pages. Plusieurs articles tentent de décrypter l’univers envoutant, mystérieux et sombre de David Lynch. Ce retour divise le public, certains regrettant cette rupture radicale avec les deux premières saisons des années 1990. Mais comment revenir en 2017 sans prendre en compte le brutal changement d’époque ? David Lynch est un artiste accompli (mise en scène, narration, direction d’acteur, son, lumière, couleurs, montage, décors, costumes, effets spéciaux… et humour tordu, son art englobe tout) et le monde dans lequel nous vivons il le passe au filtre de son imaginaire. Si le « Twin Peaks » de 2017 est glacial, déroutant, cérébral, violent, d’une noirceur terrible, il n’en est pas moins émouvant, attachant et même drôle parfois. Pour se mettre en appétit, il suffit de lire les deux premiers articles, sans doute les meilleurs, écrits respectivement par Stéphane Delorme et Pacôme Thiellement.

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Paris Match HS-Valérian

     Plus léger et coloré à présent avec le hors série « Valérian » de… Paris Match !!? Sorte de gros dossier de presse d’une centaine de pages, ce numéro spécial explore aussi bien la bédé de Christin et Mézières que son adaptation à l’écran par Luc Besson. Outil promotionnel ? Pas seulement. Ce hors série est un bel objet qui vaut le coup d’oeil. Les fans du film et même les lecteurs de la série « Valérian » vont y apprendre des choses intéressantes au détour d’entretiens avec les auteurs, les acteurs, et les principaux techniciens et artistes. N’oublions pas la riche iconographie qui accompagne les textes constituée de dessins, croquis, peintures, photos et extraits du storyboard.

Ecran Fantastique - 388

     L’Ecran Fantastique met lui aussi ‘Valerian et la Cité des Mille Planètes‘ à l’honneur en lui consacrant une de ses deux couvertures. Pas d’entretien avec Besson (qui n’aime pas trop la presse depuis le bashing du ‘Grand Bleu’), mais un article qui revient sur la genèse du projet, un entretien avec l’illustrateur Sylvain Despretz, un autre avec Jean-Christophe Spadaccini pour les effets spéciaux et enfin un dossier de 30 pages « La bande dessinée de science-fiction transposée sur grand écran » dans le supplément Fantastyka. Sont passés en revue des titres incontournables tels que ‘Barbarella’, ‘Metal Hurlant’, le ‘Dune’ avorté de Jodorowsky qui sera recyclé dans « l’Incal » de Moebius et Jodo, les débuts d’Enki Bilal dans le cinéma, ‘Le Transperceneige’ ou « les Aventures de Valerian et Laureline » pour la BD française. Dans les Comics « Buck Rogers », « Flash Gordon », « Judge Dredd », « The Men in Black », « V pour Vendetta » et autres « Tank Girl » ont également connu une ou plusieurs adaptations sous forme de longs métrages. Enfin pour les mangas, ont retiendra principalement ‘Nausicaa de la vallée du vent’, le culte ‘Akira’, les différents « Ghost in the Shell », ‘Astro Boy’, ‘Albator’, ’20th Century Boy’ et quelques autres. Chez l’éternel concurrent Mad Movies, on ne fait pas comme les autres (posture fatigante à vouloir systématiquement jouer les rebelles ; aujourd’hui tout le monde est rebelle/insoumis/indépendant à vos souhaits) en snobant purement et simplement ‘Valerian’ (pas un mot dans le magazine, mais une critique assassine sur leur site en ligne qui tient plus du règlement de compte personnel que du travail d’analyse). Par contre le numéro d’été parie sur le prochain ‘Ca‘ d’Andy Muschietti, d’après Stephen King, dont la dernière bande-annonce fout bien la trouille. Tout annonce le bon gros film de terreur de la rentrée, voire plus. Le numéro de juillet-août s’attarde sur le très bon ‘Colossal‘ de Nacho Vigalondo privé de sortie cinéma pour débarquer directement en e-cinéma, pour ensuite aller s’entretenir avec un autre cinéaste espagnol, le fou furieux Alex de la Iglesia, dont le dernier film ‘Pris au piège/El Bar’ doit lui aussi se contenter d’une sortie en vidéo à la demande et en dvd/BR. Suivent un dossier revenant sur la dernière édition cannoise (toutes sélections confondues), les dernières parutions vidéos indispensables chez le Chat qui Fume… et un papier sur le retour de « Twin Peaks » qui ne cesse de dérouter. Un avis très différent de ceux des Cahiers du Cinéma, du coup chacun pourra se faire son propre avis selon sa sensibilité.

Mad Movies - HS-Rocky

Saison estivale, on se lâche et on se fait plaisir quand Mad Movies lance en plus de son numéro double d’été deux hors séries : un spécial « Rocky » (cette couverture file de doux frissons nostalgiques !) et un autre sur la saga « La Planète des Singes« . Tandis que de son côté l’Ecran Fantastique s’apprête à publier un HS spécial Stephen King début septembre.

Paris Match HS-Top Models

     Paris Match encore et qui enchaîne les numéros spéciaux puisqu’on trouve aussi dans les kiosques un hors série « Génération Top Models« . Numéro consacré aux stars des années ’80/90, les mannequins vedettes qui ont marqué la mode et la pop culture. Des filles d’une vingtaine d’années seulement qui ont su se faire un nom : Cindy Crawford, Claudia Shiffer, Linda Evangelista, Naomi Campbell, Christy Turlington, Stephanie Seymour, Ines de la Fressange, Tatjana Patitz… Puis les générations suivantes avec Estelle Lefébure, Laetitia Casta, Eva Herzigova, Kate Moss et Gisele Bündchen. Et enfin la relève « connectée » avec par exemple Emily Ratajkowski ou Cara Delevingne. Mais toutes ces femmes au physique avantageux ne seraient rien sans des photographes de grand talent, et ce hors série n’oublie pas les magiciens de la lumière (respect !) tels que Herb Rittz, Gilles Bensimon, Richard Avedon, Patrick Demarchelier et Peter Lindberg qui transformaient une jolie fille en déesse par leur art. Des noms qui ne diront peut-être rien aux plus jeunes, mais il suffit de jeter un oeil dans ces pages pour comprendre. Ca change des selfies et ça peut même inspirer les esprits créatifs.

Peter Lindberg - 01

La Septième Obsession - été 2017

     L’été est synonyme de vacances, et pour peu qu’on en ait les moyens, on a forcément envie de nouveaux horizons, d’aventures. Sinon, il reste le cinéma (en salle, en vidéo et ailleurs) pour se changer du quotidien. La revue bimestrielle La Septième Obsession consacre son numéro de juillet-août à cette envie d’ailleurs, de grand air avec en couverture le titre de son thème estival : « filmer un territoire ». Récemment James Gray concrétisait cette envie avec son ‘Lost City of Z’ (photo de couverture) qui partait explorer le continent vert de l’Amazonie loin des écrans verts de la majorité des blockbusters. Pas encore eu le temps de lire ce numéro mais en le feuilletant on trouve de nombreux textes sur cette thématique malheureusement illustrés de photos de petite taille ou écrasées d’un titre cerclé de jaune (envie de grand air, vraiment ?), une mise en page qui donne un vilain sentiment de claustrophobie.

Atom - 03

     Les amateurs de mangas connaissent forcément la revue Atom, lancée par la rédaction de Mad Movies. Atom vient de sortir son 3e numéro et s’installe tranquillement dans le paysage de la presse culturelle française. Ce titre donne prioritairement la parole aux auteurs et propose de découvrir la riche diversité du genre. Dans le numéro 3 on croise notamment « Cobra » de Buichi Terasawa, les beaux mâles de l’auteur de « Crying Freeman » Ryoichi Ikegami, un hommage à Jiro Taniguchi, l’univers ero-guro de Suehiro Maruo… La mise en page est claire, aérée, avec de superbes illustrations pleine page, bref la lecture est très agréable et l’objet se conserve précieusement.

Beaux Arts - HS-2017

     Puisqu’on parle du 9e art, restons-y un peu avec le hors série de Beaux Arts magazine, un spécial « Art & Sexe » qui cherche comment les hommes et les femmes se réinventent sexuellement au cours de l’histoire de l’art. Bande dessinée, peinture et sculpture sont scrutées à la loupe. L’érotisme, voire la pornographie, tout comme les déviances, ont toujours été présents dans les arts. Le sexe s’invite jusque dans d’innocentes peintures classiques de scènes champêtres où les préliminaires amoureux annoncent un acte torride que la censure guette. Un numéro sulfureux et néanmoins indispensable avant de se rendre dans un musée : une orgie se cache peut-être au détour d’un couloir…

     Nouveau titre paru cet été : A&S-Amour & Sexualité mode d’emploi. Thème star des médias, l’amour et la sexualité sont dans toutes les publications de saison. Alors que peut apporter de plus A&S ? Le mieux c’est de le feuilleter rapidement. Belle mise en page, grand format, pratiquement pas de pubs (!) et vendu 5,90€, A&S se propose d’aborder la vie amoureuse et la sexualité en dehors de la pression médiatique habituelle (comment le/la faire jouir à tous les coups, comment avoir un corps de rêve, rester jeune, performant…), « cette surinformation qui, loin de nous rassurer, génère beaucoup d’interrogations et de stress ». La rédaction est composée notamment de Brigitte Lahaie et Anna Polina qui ouvrent le sommaire avec un entretien où ces deux femmes de générations différentes discutent autour de l’importance de l’éducation sexuelle, des rapports hommes/femmes, de la construction d’une identité. Plus loin on trouve une interview de Mathieu Kassovitz, un dossier Fidèle/infidèle, la « position décortiquée » (le missionnaire), un article sur l’éjaculation précoce, une rubrique « fantasme clé en main » (l’infirmière), le sexe et les séries TV… Premier numéro intéressant, à tester donc comme Jade Laroche (photo ci-dessous) :

Jade Laroche - A&S-2017

     Puisqu’on y est juste au bord, autant plonger dans le grand bain et finir avec la presse de charme. Le sexe fait vendre parait-il, mais est-ce vrai pour la presse alors que de moins en moins de gens lisent ? En tout cas Lui et Playboy France semblent se chercher (Frédéric Beigbeder a quitté Lui) en ne paraissant qu’une fois tous les trois mois. Pas grand chose à lire, mais parfois de belles photos. Et toujours beaucoup de pubs pour des objets de luxe (combien cette jolie montre suisse ? 20 euros ? hein, 20 000 !!!). Dans le porno, Hot Vidéo avait été repris en main par Tabatha Cash qui proposait avec le magazine des films hards pour couple ou avec un point de vue féminin, mais le titre a été revendu l’an dernier au groupe Jacquie et Michel, soit du x amateur/pro-am. Fini le temps des stars du porno, des gros budgets, de la folie des salons US et des Hot d’Or en France, l’époque est celle de la chair fraîche à consommer vite, des filles sans nom qui apparaissent et disparaissent sans laisser aucun souvenir ému. Ne reste que Marc Dorcel et son univers pornochic (films et lingerie) qui n’évolue pas beaucoup mais qui a le mérite de maintenir un certain standing dans l’industrie (mal en point) du porno. Le groupe Dorcel possède lui aussi sa revue, le Dorcel mag’, qui se décline en hors séries et numéros spéciaux.

Dorcel magazine - collector 5

Fanzine-ToutesLesCouleursDuBis-9-vol.1

     Pour finir cette petite sélection de lectures d’été, si on devait y ajouter un petit quelque chose ce serait un fanzine paru il y a quelque temps déjà : Toutes les Couleurs du Bis n°9. Le premier volume d’un spécial Traci Lords, légende du x américain, puis starlette et rapidement actrice dans des séries Z ou B, voire des productions un peu plus riches. Mais ça ce sera pour le numéro 2.

La rentrée s’annonce sous le signe sanglant du clown, même chez Médusa Fanzine dont le numéro 28 est en précommande. En attendant, l’été est toujours là, alors bonnes lectures.

E.G.+NSB+O.L.A.

PS : Pour commander de bons fanzines, il existe plusieurs adresses physiques ou en ligne, comme la petite boutique de Médusa Fanzine qui propose un large choix de publications : 

http://lapetiteboutiquedemedusa.tictail.com

Fanzine - Médusa fanzine-28

Publié par : nico nsb | août 2, 2017

Quelques films d’été (suite)

Fortes chaleurs ? Vite, un bon film dans une salle climatisée !

Dunkirk - 03

Sortir un film de guerre en plein été, quelle drôle d’idée. C’est pourtant le choix de Christopher Nolan pour son formidable ‘Dunkerque‘. Revenant sur cet épisode tragique du début de la Seconde Guerre Mondiale, Nolan met en scène un film de survivants, une course contre la montre dont le tic-tac sert de motif principal à la musique de Hans Zimmer. Trois actions sont racontées en parallèle : sur terre, sur mer et dans les airs. Pour chaque homme, Britanniques et Français, il s’agit de sauver sa peau à tout prix, de fuir face à l’avancée des armées allemandes. La tension est permanente, avec des moments de stress intenses comme lors des bombardements des plages lorsque les Stukas descendent en piqué au son de leur sirène qui installe la terreur avant même d’apparaître dans le ciel. Grosse production, ‘Dunkerque‘ est aussi un film expérimental car sa narration joue avec le temps. Chaque théâtre de combat, chaque épisode se déroule dans un temps qui n’est pas celui des autres. Actions parallèles, mais pas au même moment de la journée. Ce qui donne par exemple des flashbacks et des flashforwards. Au début, le procédé peut dérouter le spectateur, puis on se prête au jeu qui sert le suspense entourant le destin des différents personnages : le jeune soldat qui cherche à quitter la plage, le pilote du Spitfire et le capitaine du bateau de plaisance lancé à la recherche de survivants. Christopher Nolan est un auteur qui, à l’intérieur d’Hollywood, parvient à développer des thèmes qui lui sont chers (ici le temps, comme dans son précédent ‘Interstellar’). Et au fil des tournages il s’est créé une petite famille qu’on prend plaisir à retrouver devant (Tom Hardy, Cillian Murphy, Michael Caine) comme derrière la caméra (photo, montage, musique…). Sans doute le meilleur film de l’été toutes catégories confondues.

Dunkirk - LP

Dunkirk - 02

Dunkirk - 04

Bodega Bay

La Région Sauvage - affiche-01

Du côté du Mexique vient l’étrange et inclassable ‘La Région Sauvage‘. Entre le drame et le fantastique, avec des scènes de sexe, voici un film qui s’attaque sans détour au machisme. Derrière les excès de virilité, il y a quelque chose de cachée. L’histoire : dans une forêt à l’écart des villes se trouve une petite maison occupée par un couple de paysans. Dans l’une des pièces de la maison, des jeunes femmes viennent s’offrir à une présence qui n’a rien d’humaine. Pendant ce temps, nous suivons le quotidien d’une famille tout ce qu’il y a de plus classique (mari-femmes-enfants et le petit Jésus dans le salon), mais construite sur des secrets et des refoulements… ‘La Région Sauvage‘ de Amat Escalante peut se voir comme une variation du ‘Possession’ de Zulawski, tandis que d’autres le rapprocheront du récent ‘Under the Skin’ pour son mélange de scènes réalistes et d’autres où l’atmosphère devient flottante, le tout avec une petite inspiration issue de l’imaginaire érotique du Japon. Cependant ce film possède une personnalité qui lui est propre. Cette région où les pulsions se libèrent se situe quelque part dans une forêt, mais aussi entre les jambes. Ici, ironiquement, pour les femmes le remède au patriarcat et son alliée la religion vient bien du ciel… et même d’un peu plus loin.

La Région Sauvage - 04

La Région Sauvage - 02

La Région Sauvage - 03

La Région Sauvage - affiche-02

Baby Driver - 04

Annoncé comme le film de l’été le plus cool, ‘Baby Driver‘ suscite en effet l’enthousiasme des spectateurs grâce au charme de ses comédiens, la bande son faite de rock et de soul, et la mise en scène. Edgar Wright fait en effet preuve d’une maîtrise impressionnante lors des scènes de courses poursuites en voiture. Mais il se trouve également dans son élément avec les scènes de comédie et son casting est très classe entre les jeunes (Ansel Elgort et Lily James) et les valeurs sûres (Kevin Spacey, Jamie Foxx, Jon Hamm…). L’histoire : « Baby » est un jeune as du volant. Pour éponger une dette, il sert de chauffeur lors de braquages. Un vrai prodige de la conduite qui ne roule qu’avec une playlist soigneusement sélectionnée dans les oreilles. Tout « roule » pour lui, l’argent et même une petite amie rencontrée au café du coin. Mais lorsque le disque se raie ou que le lecteur mp3 connait des bugs, c’est le début des problèmes. Avec le milieu du crime, il n’y a pas d’issue heureuse… Dans les meilleurs films d’action de l’année, ‘Baby Driver’ vient juste derrière ‘John Wick 2’.

Baby Driver - affiche

Baby Driver - 01

Baby Driver - 03

Colossal - 02

Autre sortie estivale, ‘Colossal‘ se voit malheureusement privé d’une diffusion dans les salles de cinéma pour débarquer directement en e-cinéma sur toutes les box internet. Anne Hathaway joue Gloria, une jeune femme qui enchaîne les soirées un peu trop arrosées jusqu’au jour où elle perd tout : son boulot, son fiancé et leur appartement. La voila obligée de rentrer à la maison, une petite ville déprimante loin des lumières de New York. La loose totale, du coup elle renoue avec des amis d’enfance au bar du coin tenu par Oscar (Jason Sudeikis). Au même moment, à Séoul, apparait un monstre géant qui détruit tout sur son passage. Gloria suit l’actualité et découvre qu’elle est directement connectée aux évènements extraordinaires de Corée… Quand on est jeune, on aime les sorties, faire la fête. Puis la trentaine arrive. Ensuite c’est la quarantaine qui n’est plus très loin. Et le passage du temps peut être source d’angoisse, alors on tente à tout prix de s’accrocher à quelque chose. L’idée d’une jeunesse éternelle dans des fêtes qui n’en finissent jamais. Nacho Vigalondo signe une chouette comédie dramatique très originale où les angoisses s’incarnent dans la réalité sous la forme de manifestations fantastiques. Bon petit film où les émotions des adultes mal dans leur vie sont en prise direct avec les blessures de l’enfance. ‘Colossal‘, c’est un peu la rencontre entre Judd Apatow et les Kaiju Eiga.

Colossal - affiche

Colossal - 03

Colossal - 01

Valérian - 08

Un dernier mot pour la route. Après une seconde séance, ‘Valerian et la Cité des Mille Planètes‘ est bien le divertissement tout public de l’été. Tout comme avec ‘Le Cinquième Element’, Luc Besson signe non pas un chef d’oeuvre mais un spectacle coloré et réjouissant. Ne boudons pas notre plaisir !

NSB+E.G.+O.L.A.

Valérian - Mézières-Besson-Christin

Valérian - 09

Publié par : nico nsb | juillet 26, 2017

VALERIAN : mission presque réussie

Valérian - 06

Valérian et la cité des mille planètes‘ de Luc Besson. Mission presque réussie mais pas totalement satisfaisante. C’est l’avis que peut avoir un fan des bédés originales en quittant la salle de cinéma. Pour une fois on ne va pas reprocher à Luc Besson d’avoir copié sur son voisin. Là, il s’agit de l’adaptation officielle des aventures de « Valérian agent spatio-temporel » imaginées par le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. Et Besson, homme de spectacle, a sorti les gros moyens. Effets spéciaux au top et relief 3D très bien employé. Le cinéaste français tutoie les James Cameron et autres Peter Jackson. On connait son remarquable sens de l’image. Avec lui, le spectateur sait qu’il est au cinéma, contrairement à beaucoup de films français à l’ambition esthétique de téléfilm.

Valérian - affiche

Mais le gros point faible de Besson a toujours été le scénario. Ici il signe seul l’adaptation de ‘L’Ambassadeur des Ombres‘ (le titre s’inspire lui de l’épisode ‘L’Empire des Mille Planètes’) et si on ne peut pas parler de catastrophe, il est permis de regretter certains choix. Par exemple, la présentation des personnages principaux est un peu précipitée. Le grand public ne connait pas forcément Valérian et Laureline : ici on nous les présente directement comme un couple déjà formé et sur le point de se marier. Et ça semble être l’obsession principale de Besson durant tout le film : Valérian va-t-il trouver le courage d’assumer ses sentiments à l’égard de sa partenaire ? Alors que les scénarios de Pierre Christin, tout en développant l’histoire sentimentale avec pas mal d’humour, s’attaquait quand même à des sujets d’actualité en dénonçant par exemple la soif du pouvoir de l’empire terrien (colonialisme et impérialisme en prennent pour leur grade durant toute la série), ou s’emparant de thèmes comme les rapports homme/femme ou l’écologie. Le film modifie donc le fond (dans la BD : une sorte de « crise à l’ONU » cosmique) et certains détails (l’ambassadeur devient un militaire, la cité spatiale Point Central devient Alpha…), en sous-exploitant le potentiel comique de certaines créatures (la cupidité des Schingouz, le Transmuteur grognon de Bluxte), en se passant totalement du mystère entourant les ravisseurs (moteur de la bd et du parcours de Laureline lancée à la recherche de Valérian dans la cité spatiale). Une liberté dans l’adaptation qui n’a rien d’exceptionnel au cinéma, sauf que là le scénario du film paraît creux et l’intrigue (pourtant simple) devient un peu confuse à force de dialogues explicatifs interminables. Par contre, et c’est un bon point, on retrouve bien le ton de la série, à savoir ce mélange d’aventure, d’humour et de charme.

Valérian - 04

Côté mise en scène, Besson enchaîne les courses-poursuites et les bagarres de façon répétitive et en les étirant plus que nécessaire (technique classique de tout blockbuster : quand on n’a pas grand chose à dire, on meuble par de l’action et des effets spéciaux), avec le risque de faire passer Valérian pour un guerrier alors que ses créateurs le décrivent plutôt comme un aventurier. Du coup, le film atteint les 2h16 alors que l’histoire ne l’exigeait pas. Par contre, le générique d’ouverture sur du Bowie est juste génial, racontant la création de la station Alpha. Autre moment remarquable, et qui fait de l’oeil au ‘Cinquième Elément’ : le show de Rihanna. D’ailleurs les références, discrètes, sont nombreuses tout comme les caméos. En tête d’affiche, les deux acteurs principaux sont convaincants mais on sent que Besson s’intéresse plus à Laureline/Cara Delevingne (elle a un air de ressemblance avec son personnage dessiné), alors que Dan DeHaan peut être excellent si on lui offre un rôle consistant à jouer (revoir ‘A Cure for Life‘ de Gore Verbinski sorti en début d’année). Quant à la musique, elle est omniprésente et les compositions d’Alexandre Desplat ne se distinguent malheureusement pas des autres blockbusters actuels (aucun thème ne reste en mémoire). Une écoute plus attentive et sans les images est sans doute nécessaire pour apprécier le travail du compositeur.

Valérian - 05

Bref, si Luc Besson ressemble parfois à un enfant gâté devenu chef d’entreprise à qui on ne doit pas dire non et qui demande de l’amour en retour, son intérêt pour la BD a toujours été sincère. On ne peut que saluer le fait qu’il se soit donné les moyens pour porter les aventures de Valérian et Laureline à l’écran. A part lui, personne d’autre en France ne possède la capacité artistique ET économique nécessaire à un tel pari. Et une adaptation par Hollywood (qui ne s’est jamais privé de piller depuis longtemps les classiques de la BD européenne) n’aurait sans doute pas abouti à un meilleur résultat, au contraire. Malgré toutes ces réserves (d’un lecteur de la bande dessinée originale), souhaitons à Besson et son film de rencontrer le succès. Car le grand public va y trouver un grand divertissement qui n’a pas à rougir devant les blockbusters américains actuels. Et espérons que de nouvelles générations de lecteurs découvrent la série dessinée pour les emmener loin, à travers l’espace et le temps.

Valérian - 07

Valérian - l'Ambassadeur des Ombres

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