Publié par : nico nsb | mai 16, 2009

Cannes 2009 – 1e Week-end

Reveil Terreur 02

Vendredi 15 et Samedi 16

A Cannes, pendant le Festival du Film, il faut savoir s’adapter aux humeurs de la météo. Après un vendredi bien arrosé, voici le retour brutal du soleil. Dans les salles, c’est pareil, autant de contrastes d’un film à l’autre. Le festivalier a la chance de découvrir des oeuvres et des sensibilités du monde entier, dont certaines ne connaitront jamais une diffusion en France. Mais pour cela, il faut s’astreindre à une certaine discipline de fer : ne pas hésiter à écourter ses nuits de sommeil, manger sur le pouce quand on peut et essayer d’être disponible pour le film suivant lorsqu’on enchaîne plusieurs séances dans la journée. Sinon, tout fini par se mélanger, les histoires, les acteurs et les genres deviennent une bouillie d’images dans le cerveau du pauvre spectateur. On a vu des têtes exploser en plein soleil ! Et c’est très joli. Un peu comme un ‘Scanners sous les palmiers’.

Thirst 04

Et de giclées bien rouges il y en a dans le coréen ‘Thirst, ceci est mon sang’, le dernier Park Chan-wook. Un prêtre catholique qui finit par boire le sang de ses paroissiens ! Nous sommes donc dans la satire, l’humour étant très présent dans les aventures de ce vampire en soutane interprété par l’excellent Song Kang-ho. Mais si le réalisateur maîtrise parfaitement l’image numérique, il semble ne pas avoir grand chose à dire sur son sujet. Aussitôt vu et déjà oublié. Pas de choc à la ‘Old Boy’. Séance suivante avec ‘Bright Star’ de Jane Campion, également tourné en numérique. Attention film à costumes ! Que dire ? Film académique, film de costumes (plus ridicules les uns que les autres, il était temps que Coco Chanel passe par là avec ses ciseaux…), drame romantique dans l’Angleterre du XIXe siècle racontant la passion entre une étudiante et le poète John Keats. Au programme, gestes précieux, poèmes enflammés sur les tourments du coeur et de l’âme, visages au teint délicat et poètes à la santé fragile… Bref, deux heures de sieste. Reste un travail remarquable sur les cadres et la lumière parfaitement restitué en numérique. Vite, changeons d’air et d’univers. Direction Cannes Classics pour découvrir un chef d’oeuvre de Ted Kotcheff (‘Rambo/First Blood’ en 1983, c’est lui), ‘Le Réveil dans la Terreur’ (1971). Image 35mm restaurée, en scope et avec un beau grain sale pour suivre le cauchemar que va vivre un instituteur paumé dans un bled de l’outback australien écrasé par la chaleur. Une petite ville d’ouvriers menant une vie rude et qui passent leur temps dans la bière, les jeux d’argent, la bière, la chasse et encore la bière. Un trou de bouseux qui va transformer cet homme cultivé (Gary Bond) en véritable dépravé. Car le plus sauvage n’est pas celui qu’on croit et cet enfer peut vite mettre à nu les plus bas instincts du type le plus respectable en apparence, surtout lorsqu’il croise sur son chemin des personnages aussi brûlés du cerveau que le médecin alcoolique interprété par le génial Donald Pleasence. ‘Le Réveil dans la Terreur‘ est donc une descente aux enfers. Avec de la sueur, de la poussière, de l’alcool, du sang, des larmes et des cris. Avec des moments d’une grande violence et d’autres de franche comédie. Ce film ne juge personne, mais il bouscule les apparences. Car les hommes et les quelques femmes qui vivent dans de telles régions infernales ne sont rien d’autres que des humains tentant de survivre, avec leurs faiblesses et leurs folies. Rien à voir donc avec les salons civilisés du XIXe…

Thirst 03

Bright Star 01

Reveil Terreur 01

Rien de tel qu’un bon classique sorti de l’oubli lorsque l’actualité n’a rien de bien passionnant à proposer. Mais le programme change vite à Cannes d’un jour à l’autre. Un peu comme aujourd’hui samedi avec la découverte de deux bombes. Le français ‘Un Prophète’ et le coréen ‘Mother’. Un bon jour donc. Le film de Jacques Audiard évite habilement les pièges du film de prison, si bien qu’on ne sent pas passer les 2h30 de projection. Si l’on suit effectivement la vie carcérale d’un jeune détenu arabe, sa confrontation à la violence, aux trafics et aux groupes qui contrôlent la prison, Audiard se permet d’ajouter au réalisme des scènes de rêves. La réalité quasi documentaire + du fantastique, châpeau ! Mais le véritable sujet du film est celui de la famille. Même enfermé derrière les murs, c’est le sang qui prime, avec ses mariages de raisons, ses alliances contre-nature, ses trahisons. Le scénario est en béton et on sent venir un prix. Même chose pour tout le casting du film, les gueules font les personnages. A commencer par Tahar Rahim, le jeune arabe qui s’allie au parrain corse Niels Arestrup. Un prix serait largement mérité pour eux deux. Et tout comme Ted Kotcheff, Jacques Audiard ne juge pas ses personnages. Ici, pas de bons ou de mauvais, juste des survivants tentant de faire au mieux. C’est gonflé, ça ne va pas faire plaisir à tout le monde, surtout dans une France sécuritaire. Après ‘Entre les Murs’ l’an dernier, un film derrière les murs récompensé cette année ? A suivre… Et en parlant de distinction pour les acteurs, il en va de même avec la mère et le fils du ‘Mother‘ de Bong Joon Ho. Ces deux comédiens coréens ne risque malheureusement pas de remporter de prix d’interprétation, car leur film est sélectionné à Un Certain Regard. Mais impossible de passer à côté de Kim Hye-ja dans le rôle de cette mère prête à tout pour prouver l’innocence de son fils, simple d’esprit, accusé d’un meurtre. Après ‘The Host’ et le segment de ‘Tokyo !’, Bong Joon Ho revient avec un polar proche de son ‘Memories of Murder’. Il s’intèresse cette fois au coupable idéal, pour mieux dénoncer la corruption des institutions et l’absurde cruauté de la vie. Film noir, mais avec toujours ce mélange des genres qu’on adore dans le cinéma asiatique, où le drame poignant côtoie le rire libérateur.

Un Prophète 02

Mother 02

Mother 01   Un Prophète 01

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