Publié par : nico nsb | mai 17, 2009

Cannes 2009 – Johnnie et Johnny

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Réunir à l’écran le rockeur français Johnny Hallyday et le hong-kongais Johnnie To, voila un idée folle à laquelle personne n’aurait pu songer. C’est pourtant le programme improbable qui attend le festivalier ce dimanche matin dans le Grand Théâtre Lumière : ‘Vengeance‘ ! Les lumières s’éteignent et on s’installe dans son fauteuil, dans un mélange d’anxiété et de confiance. A quoi peut-on s’attendre ? Hallyday, pas notre tasse de thé. Quant au dernier Johnnie To vu en salle, c’était l’excellent ‘Exilé’, alors croisons les doigts… Dès les premières images, c’est le visage fatigué d’un papi aux cheveux coloriés pour faire djeune qui choque le spectateur. On est dans l’anti-Clint Eastwood qui lui revendique ses rides et ses cheveux blancs. L’histoire est on ne peut plus simple : une famille franco-chinoise est abattue par des tueurs, et le patriarche va les venger… Mais il est interprété par un Hallyday vraiment mauvais. Ca sonne faux. Et le rythme est lent, ça se traine. Puis, des visages familiers du cinéma de Johnnie To apparaissent à l’écran, comme  les trognes de Anthony Wong, Simon Yam, Lam Suet… Quelque chose se passe alors. Le cinéaste prend le temps d’installer son histoire, ses personnages, ses lumières. Et peu à peu, il devient clair que l’intrigue du scénario n’est qu’un prétexte pour filmer des acteurs qu’il aime. Arrive alors la première fusillade et nous voila un peu plus rassuré. Johnnie To est là pour se ET nous faire plaisir. ‘Vengeance‘ est avant tout un pur exercice de style. Un régal pour les yeux et la mémoire du cinéphile. Et en cours de route, une belle idée est introduite : les héros de polar, même les plus stéréotypés, ne sont pas à l’épreuve des ravages du temps… Le film prend alors une autre envergure et le choix de Hallyday se justifie pleinement. On n’en dira pas plus, sauf que l’intérêt de ‘Vengeance‘ est donc moins dans l’histoire que dans son (ses) impact(s) visuel(s). Johnnie To est un esthète qui choisi ses matières à sculptées avec soins : les visages marqués des acteurs, la lumière, la musique, le décor de Macao à l’architecture européenne… Grand moment de pur cinéma. Nous voila rassuré. Mais comme il fallait s’y attendre, lorsque le film s’achève, des huées se font entendre dans la salle. Il y a aussi des applaudissements.

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Lorsqu’on rate un film dans la journée, il y a toujours moyen de se rattraper avec les séances du lendemain. On profite ainsi de ce dimanche pour voir ‘Samson et Delilah’, section Un Certain Regard, drame cruel et douloureux sur deux adolescents aborigènes d’Australie. On tient là (pour l’instant) le film le plus dur vu pendant le Festival. Ce premier film signé Warwick Thornton ne nous épargne rien de la réalité misérable dans laquelle vivent ces jeunes gens. Une communauté aborigène parquée dans des cabanes en tôle, livrée au désoeuvrement le plus total, dans la chaleur et la poussière, exploitée par les blancs. Rien ne se passe, un téléphone sonne mais personne ne le décroche, les jours se succèdent dans l’indifférence. Et Samson étouffe. Il n’est pas à sa place ici, mais n’a aucun projet d’avenir. Tout ce qu’il veut c’est vivre avec Delilah. Ils sont jeunes et c’est déjà beaucoup, à défaut d’avoir une « vie devant eux ». Sauf que Samson snif de l’essence et devient accro… Encore plus que ‘Vengeance’, ‘Samson et Delilah’ possède un rythme très lent. Il installe le sentiment d’ennui que vivent ses personnages pour mieux conduire vers la cruauté de ces destins marginalisés par le racisme. Beau film éprouvant. Premier film méritant la Caméra d’Or et acteurs remarquables.

Samson et Delilah 01

Autre rattrapage aujourd’hui, ‘Taking Woodstock’ de Ang Lee. Ou comment fut organisé le fameux festival de Woodstock en 1969, vu du côté des propriétaires du terrain. Des familles de paysans américains croisent ainsi la révolution sexuelle en marche. Bon programme. Mais Ang Lee ne réussi pas entièrement son projet. Car si dans un premier temps il s’intéresse à une famille en particulier, il cherche ensuite à suivre les préparatifs du festival à grand coup de splitscreens et d’images d’archives (reconstituées), tout comme le célèbre documentaire d’époque. Images dans l’image. On perd un peu de vue le sujet et l’intérêt pour les personnages. Car tout comme dans ‘Samson et Delilah’, il s’agit d’abord d’un jeune homme qui souhaite donner une direction à sa vie, trop à l’étroit dans une famille qui l’aime mais l’étouffe. Dommage.

Taking Woodstock 01

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