Publié par : nico nsb | avril 18, 2010

DVD du week-end – Lady Yakuza

LADY YAKUZA-La Pivoine Rouge

(HK Vidéo) 2009

Retour sur la sortie en décembre dernier du beau coffret dédié à la série japonaise Lady Yakuza, édité par HK Vidéo. Comme d’habitude chez cet éditeur, nous avons droit à du très bon travail. Et on n’en attendait pas moins, vu le prix de l’ensemble (150 € !). Tout d’abord, il faut préciser que cette intégrale dvd est un véritable objet collector, ce qui mérite d’être signalé vu que ce terme est aujourd’hui largement galvaudé. Boîtier solide et numéroté renfermant 8 digipacks, chacun proposant un film de la série sur un dvd picture-disc accompagné d’une photo du film. Un livret et huit reproductions des affiches originales complètent l’ensemble. Quand aux images et au son, comme toujours c’est un sans faute technique pour HK Vidéo. Répétons-le, on tient là une remarquable édition dvd.

Lady Yakuza (ou Hibotan Bakuto) est une série populaire de 8 films, réalisés entre 1968 et 1972, avec pour interprète principale la belle Junko FUJI. C’est aussi un équivalent au féminin de la série Zatoichi, soit une vision romancée des yakuzas et des joueurs. A l’ère Meiji (1868-1912), les samouraïs ont disparu, le Japon s’ouvre à la modernité occidentale, mais les valeurs féodales subsistent dans le milieu des jeux d’argent tenu par les clans yakuzas. Au programme donc, histoires d’honneur, de trahison et de vengeance. Défilés de superbes kimonos, de tatouages et de combats au sabre. Explosions de couleurs et chanson du générique interprétée par l’actrice principale.

L’histoire :

Oryu, de son vrai nom Ryuko Yano, est la fille d’un chef de clan assassiné alors qu’elle devait se marier. Abandonnée de tous, elle décide de lui succéder et de reconstituer un jour le clan Yano. Mais pour cela, il lui faut apprendre les règles du monde des yakuzas. Elle entreprend alors un long voyage initiatique…

Ce crime impuni est à l’origine de son désir de vengeance afin de retrouver l’honneur perdu. Et cette quête l’oblige à endosser les responsabilités d’un homme, oubliant qu’elle est avant tout une femme. Ce que lui reproche d’ailleurs un personnage interprété par le séduisant Ken TAKAKURA : le désir/devoir de vengeance l’empêchera d’être une femme heureuse. Pas de bonheur possible dans ce milieu brutal en marge de la société respectable, surtout pour une femme, même une femme douée pour le combat. Oryu est un beau personnage dramatique : une jeune femme à la beauté à couper le souffle, portant les plus beaux kimonos, maniant la lame courte ou le pistolet, mais condamnée à agir comme un yakuza en refoulant ses sentiments. Déchirement entre les aspirations d’un individu et ses devoirs envers le groupe (les concepts de giri et de ninjo).

A la description de la vie des joueurs professionnels (les bakuto), s’ajoute donc un mélodrame poignant. Quelle place reste-t-il à l’amour lorsque le devoir (préserver l’honneur avant tout) écrase l’individu ? Ce qui donne, dans le premier film, cette belle scène où Junko FUJI fait face à Ken TAKAKURUA : le devoir de vengeance se heurte à l’amour, terrible conflit des émotions contradictoires. Tout au long de la série, Oryu croisera à plusieurs reprise la route d’un homme ou d’un enfant qui sont autant d’opportunités pour elle de changer de vie. Mais les codes du monde des yakuzas sont intransigeants, c’est un poids moral qu’il lui faut porter. Oryu porte d’ailleurs son destin à même la peau : un tatouage marque son dos (scène troublante où son épaule est dénudée), à la fois symbole d’infamie mais aussi de beauté.

On trouve aussi beaucoup d’humour dans Lady Yakuza. Grâce notamment à un personnage récurrent et interprété par Tomisaburo WAKAYAMA (le héros de la série Baby Cart portant ici cheveux coiffés et coupés courts, ainsi qu’une petite moustache !), parrain du milieu des jeux, bon vivant et éternel amoureux de la belle Oryu à qui il vient en aide sans attendre.

Ajoutons également de superbes scènes de combat, à main nue ou au sabre, d’une lisibilité exemplaire dans leur découpage et leur chorégraphie, filmées en plans longs et au format scope.

Si nous avons là une série de qualité produite par la Toei, il faut bien reconnaître que les 8 films ne sont pas tous d’un même intérêt. Passé les trois premiers films, on observe en effet une légère baisse de qualité dans la seconde moitié de la série. La réalisation n’est pas à remettre en cause, les images sont toujours splendides (scènes sous la neige tombante) et les cadrages dynamiques (les parties de cartes). Mais au fil des épisodes, les scénarios tendent à perdre de vue le destin de Oryu pour enchaîner intrigues secondaires et luttes de pouvoir entre clans. Fort heureusement le dernier épisode reprend les choses en main.

Les aventures se suivent, Oryu poursuivant son initiation de ville en ville, accueillie à chaque fois par un nouveau clan qui lui offre aide et hospitalité. Si on retrouve à chaque fois et avec bonheur la gouaille de WAKAYAMA, on constate avec surprise que de nombreux autres acteurs reviennent également mais pour interpréter des personnages différents, tels TAKAKURA, Bunta SUGAWARA… Attention à ne pas se  perdre en cours de route, car certains acteurs disparaissent tragiquement lors d’un combat, pour réapparaître quelques épisodes plus tard. Fidèle troupe de comédiens, réalisateurs et techniciens qui nous accompagne durant toute la durée de la série.

Lady Yakuza-La Pivoine Rouge/ Hibotan Bakuto propose un portrait parfait du yakuza de la légende. C’est à la fois un voyou, un gangster violent, un chef d’entreprise s’occupant des travaux publics ou un organisateur de jeux de cartes et de paris, mais aussi un homme (une femme) obéissant à un code d’honneur, le protecteur des paysans, du petit peuple auquel il apporte son aide à la manière des anciens seigneurs féodaux. A la fois bandit et redresseur de tort, le yakuza est, ici, le Robin des Bois japonais. Riche complexité de cette figure héroïque et tragique.

Le Japon de l’ère Meiji est celui des bouleversements. Fin des seigneurs de guerre et ouverture à l’Occident. Si le monde des yakuzas représentent un vestige de l’époque féodale, Oryu cache dans les plis de ses kimonos un révolver, arme moderne apportée par les blancs. Elle constitue de ce fait un personnage de transition entre deux époques, entre le passé récent et un présent en construction.

Les films de la série Lady Yakuza proposent donc une vision romantique et tragique du yakuza au cinéma, que viendra bousculer au cours des années 1970 Kinji Fukasaku avec ses déferlements de fureur et  de virilité. Plus tard, Takeshi Kitano viendra à son tour proposer son propre regard sur la pègre japonaise. Et n’oublions pas ce cher Takeshi Miike et ses réalisations pour le marché vidéo.

Enfin, pour une approche réaliste et historique, économique et politique des yakuzas, on conseille la lecture du livre-enquête Yakuza-la mafia japonaise, signé par deux journalistes Américains David Kaplan et Alec Dubro (édition Picquier poche).

A lire, un article de Jean-Pierre Dionnet sur la série Lady Yakuza : http://www.humano.com/blog/l-ange-du-bizarre/id/2296

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