Publié par : nico nsb | mai 17, 2011

Cannes 2011 – la colère de Kim

Dimanche 15 mai – La nuit fut courte et on avance au radar sur la Croisette, direction le Palais. En discutant dans une file d’attente pour récupérer des invitations pour le lendemain, un collègue lance un « C’est mort pour DSK« . A moitié réveillé, les nouvelles du monde nous rattrapent alors qu’on souhaitait s’intéresser uniquement au cinéma. Le sujet reviendra toute la journée dans les conversations des festivaliers. Et ce scandale et ses conséquences restent encrés dans la tête avec le premier film du jour. Difficile de s’intéresser dès les premières minutes au chilien ‘Bonsaï‘ (rediffusion à Un Certain Regard). Le film n’est pas forcément mauvais, mais il ne retient pas l’attention non plus. De mémoire : le parcours amoureux et professionnel d’un apprenti écrivain… C’est injuste mais l’actualité déborde sur la fiction.

Début d’après-midi, on attaque bien les choses avec l’américain ‘Martha Marcy May Marlene‘ (Un Certain Regard) où une jeune femme échappée d’une secte trouve refuge auprès de sa soeur. L’actrice Elisabeth Olsen (belle révélation) donne corps à un personnage fragilisé dans son identité, passant d’une norme à une autre, changeant de prénom plusieurs fois, sans parvenir à se connaitre et donc se construire en tant qu’individu. Le canadien Sean Durkin filme remarquablement son histoire et ses comédiens, parvenant à nous faire partager la détresse de son héroïne ainsi que ses éclats de lucidité lorsqu’elle remet en question les valeurs qui définissent une vie soit disant exemplaire (carrière, argent, biens matériels, possession…). Mais l’avenir de cette jeune femme semble bien sombre : la religion comme le capitalisme veulent à tout prix récupérer les brebis égarées.

(Balade et rencontres au Marché du Film, entre les stands des productions thaïes).

Hasard de la programmation ou pas, ‘Martha…’ s’enchaîne parfaitement avec le coréen ‘Arirang‘ qui marque le retour fracassant de Kim Ki-duk. Crise existentielle, doute, auto-critique, colère… ‘Arirang‘ est un documentaire à la première personne, un auto-portrait filmé avec l’appareil photo Canon 5D dans lequel le réalisateur de ‘L’Ile‘ ou encore ‘Bad Guy‘ se met à nu, s’ouvre le ventre, sort ses tripes et les poses sur la table. Suite à un incident grave survenu lors de son dernier tournage, Kim Ki-duk s’est retiré du monde, isolé dans un cabanon aux abords d’un village. Et là, face à l’objectif, il se livre à une longue et passionnante explication/auto-critique/confession. Cri de colère, de rage, de désespoir d’un artiste qui doute. « C’est quoi le cinéma pour toi Kim ? Pourquoi tu filmes ? » Avec des moyens très réduits donc et totalement appropriés au sujet, le réalisateur filme, se filme, joue, monte, analyse, questionne aussi bien sa carrière que le cinéma. Et bonne nouvelle : la rage est plus que jamais présente chez lui. On retrouve ici toute la radicalité et l’énergie qui font la qualité de ses meilleurs films (ce qui le rapproche du japonais Koji Wakamatsu). Tout comme dans ‘Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps‘, l’homme/le personnage est la proie de ses démons. Il accepte le mauvais rôle, celui du bad guy, sans pour autant être dupe de son procédé (« Tes larmes, Kim, elles sont sincères ou juste un effet dramatique de mise en scène ?« ). A la fois confession poignante, intransigeante, cruelle et donc courageuse, ‘Arirang‘ ne ménage pas le spectateur, bousculé (les chansons plus hurlées que chantées sous l’effet de la boisson) puis émerveillé par cette leçon de vie et de cinéma. On se souvient avec émotion de la découverte de ce cinéaste rare, il y a déjà quelques années, un soir au Fright Film Festival de Londres, puis à l’Etrange Festival de Paris. Ceux qui ne connaissent pas l’oeuvre de Kim Ki-duk risquent d’être largués. Les autres seront conquis, sous le choc mais heureux et inquiets aussi : ‘Arirang‘ ressemble au final à un adieu au cinéma. Avant une renaissance ? Coup de coeur direct !

La richesse du Festival de Cannes c’est sa grande diversité d’oeuvres proposées. La soirée approche et tandis que certains (Raphael et Valérie) décident de faire une pause après le traumatisme coréen, on décide nous de terminer ce dimanche avec un quatrième et dernier film très différent puisqu’il s’agit du documentaire ‘Bollywood-the greatest love story ever told‘. Gros spot de pub luxueux dédié à l’industrie du film de Mumbay/Bombay, il était impossible cependant pour les spectateurs de rester insensible devant cette explosion de couleurs et de sons qui inondent pendant 1h20 la salle du Soixantième. Un déferlement presque ininterrompu de danses, de chants, de larmes factices, de décors et costumes fabuleux. Soit tout le contraire du cinéma de Kim ki-duk. C’est ça Cannes, pouvoir passer d’un regard sur le monde à un autre. Ce documentaire se propose de raconter à la fois l’histoire de l’Inde et de son industrie du cinéma (une partie de son cinéma), évoquant aussi bien la période coloniale, Gandhi, l’indépendance, les conflits inter-religieux… au travers d’un énorme travail de montage reprenant des extraits de centaines de films indiens. L’occasion de voir défiler les plus grandes stars d’hier et d’aujourd’hui parmi lesquelles Amitabh Bachchan, Shahrukh Khan, Aishwarya Rai Bachchan, Kajol… Le documentaire est enrichi de quelques courts entretiens (trop courts) avec des artisans et des spectateurs de cette industrie du spectacle qui assume et reconnait sans cynisme l’artifice. Le cinéma de Bollywood, avec ses histoires d’amour contrariées et déchirantes, et ses happy end, c’est une des plus belles célébrations de la vie vues sur un grand écran.

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Responses

  1. je viens de lire tous ces passionnants commentaires sur le festival !! je te rejoins sur le Terence Mallik (la leçon de catéchisme m’a vraiment saoulé alors que filmer le quotidien d’une famille de manière non linéaire était un pari osé et m’a bien fait entré dans le film) !! hé à propos, je me suis remis au film hindou, avec un ovni vu il y a quelques semaines à casa, dans la même veine que celui vu ensemble à Marrakech !! et vive le cinéma

  2. Salut Jean, oui super souvenir que cette séance dans un cinéma de quartier au coeur de Marrakech ! Images usées, son à bloc et cacahuètes grillées ! Ca change des multiplexes sans âme.

  3. oui, l’un des rares avantages de ces multiplexes est d’avoir la clim (quand il fait 40 degrés ça aide) !!! mais dans le ciné y’avait les ventilos !!!


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