Publié par : nico nsb | septembre 19, 2011

EF 2011 – Tous les goûts sont au menu

Comme tout bon festival, l’Etrange Festival proposait des avant-premières, des rétrospectives, des inédits. Et l’un des évènements annoncés était ‘Drive‘ de Nicolas Winding Refn, que l’on avait pu découvrir à Cannes et où il avait rencontré un bel accueil, que l’on ne partage pas du tout pour notre part. Car avec un personnage encore une fois (‘Valhalla Rising/le Guerrier Silencieux’) peu bavard et son blouson ridicule, on avait plutôt l’impression d’assister à un hommage involontaire aux Village People, qu’à un remake du ‘Driver‘ (1978) de Walter Hill, déjà pas terrible non plus avec un Ryan O’Neal inexpressif et une Isabelle Adjani égarée aux USA.

Le programme réservait d’autres pépites à découvrir comme le ‘Stake Land‘, film américain de Jim Mickle qui se distingue de l’overdose de films « avec des créatures assoiffées de sang » (ici des vampires, bien loin des Twilight) par ses personnages attachants et le soin accordé à la description de son univers de fin du monde. On pourrait le définir comme un road movie à la croisée des meilleurs George A.Romero et de ‘The Road‘ de John Hillcoat. Petite production, ‘Stake Land‘ ose  prendre son sujet au sérieux (c’est une attaque violente contre le fanatisme religieux) et sa mise en scène se révèle efficace. A l’opposé, son compatriote ‘Deadheads‘ plonge la tête la première dans l’hommage parodique foireux (en fait une bluette sentimentale !) où rien ne fonctionne, contrairement à ‘Shaun of the Dead‘ et ‘Bienvenue à Zombieland‘. L’absence d’un budget confortable ne peut pas tout excuser, notamment un humour de plus en plus pénible à mesure que la bobine défile (1h38 !), car la comédie est un exercice très difficile qui exige le sens du rythme. Et il est permis de penser qu’un court métrage potache aurait été plus efficace.

Même déception, mais pour d’autres raisons, avec l’ambitieux film de science-fiction ‘Beyond the Black Rainbow‘, de Panos Cosmatos, qui débute avec des images à l’esthétique épurée, voire expérimentale, rappelant la SF adulte des années ’60/’70 (‘2001, l’Odyssée de l’Espace‘, ‘THX 1138‘…). Univers glaçant, il est question d’un laboratoire mystérieux dans lequel on teste des substances psychédéliques sur des cobayes humains afin de tutoyer dieu. Et dans un premier temps, il est impossible de nier la force du film : les choix esthétiques et thématiques intriguent le spectateur. D’autant que la bande-son électronique est elle aussi exigeante et en accord avec le sujet du film et ses références. Mais là encore la durée (1h50) devient un handicap (bonjour le mal de crâne). Personnages et enjeux se perdent en route. Et ce que l’on redoutait finit par arriver avec une dernière partie où l’histoire et le film changent complètement d’orientation et de style, et où la montagne accouche d’une souris ! On pense toucher du doigt les ambitions artistiques et théoriques du réalisateur, à savoir évoquer une part de l’histoire du cinéma fantastique (les années ’70 et ’80), et le passage d’une époque/génération/mode à une autre (de la SF existentielle aux slashers). L’histoire se passe d’ailleurs en 1983, mais le sens du propos nous échappe. Ambitions folles et qu’on souhaiterait applaudir, surtout de la part du fils d’un réalisateur emblématique (George Pan Cosmatos : ‘Rambo 2’…) et qui a sans doute des choses à dire, mais qui restent malheureusement maladroites, car trop artificielles, et finalement un peu prétentieuses. Dommage.

La théorie a besoin de chair pour pouvoir vivre à l’écran. De chair et… de sang serions-nous tentés d’ajouter, ce qui permet d’enchaîner idéalement avec la soirée-hommage dédiée à Rutger Hauer, icône des années ’80 (décidément !). Quelle joie que de revoir sur un bel écran (salle pleine et… bon sang cette musique !!!) le fameux ‘La Chair et le Sang‘ (1985) de Paul Verhoeven ! Un film qui n’a pas pris une ride et ridiculise de nombreux remakes actuels (‘Conan’…) qui s’en revendiquent dans leurs « audaces » (aujourd’hui, inclure des scènes de nudité relève de l’exploit subversif pour certains, c’est dire l’état du cinéma… et d’une certaine censure douce car acceptée). Mais fausse joie à la fin de la séance : pas de Rutger dans la salle, toujours attablé dans un bon restaurant parisien semblait-il. Le grand patron de l’Etrange Festival, Frédéric Temps, donnait rendez-vous aux spectateurs déçus à la fin de la prochaine séance (‘Hitcher‘) pour un débat-rencontre, mais pour notre part un autre film nous attendait dans une autre salle et au même moment. Choix difficiles parfois.

En plus de ne pouvoir être présent tous les jours, le festivalier venu de province doit donc opérer des choix plus ou moins douloureux dans la riche programmation. Et il faut aussi penser à avaler un morceau pour reprendre des forces, car enchaîner des films n’a rien d’une activité passive. Et certains méritent toute notre attention comme la rediffusion du magnifique ‘Portier de Nuit‘ (1974) de Liliana Cavani, film culte qu’on imagine scandaleux lors de sa sortie mais que l’on peut à présent apprécier à sa juste valeur. La réalisatrice est venue présenter ce film à l’occasion de la restauration et prochaine diffusion en dvd par Wild Side. Et plus que la relation complexe entre un ancien tortionnaire nazi et l’une de ses victimes, ce qui fait toute la beauté du film et sa force c’est bien le jeu de Dirk Bogarde et de Charlotte Rampling. Car dans cette histoire d’amour contre-nature, il n’y a aucune ambiguïté malsaine. Les crimes et les horreurs des uns sont dénoncés sans détour. Le couple Bogarde-Rampling accepte tant bien que mal de faire face à son passé commun ; ils sont liés par un même drame dans un corps-à-corps d’amour/haire. Un symbole et une vérité qui dérangent les anciens nazis, déterminés eux à faire table rase du passé et à ce qu’il n’en reste aucune trace. Grand film à redécouvrir.

La Chair et le Sang/Flesh+Blood‘ – trailer (vo)

Stake Land‘ – trailer (vo)

Portier de Nuit‘ – extrait

Beyond the black rainbow‘ – trailer

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Responses

  1. […] un film étonnant et déroutant, ‘Beyond the Black Rainbow‘ de Panos Cosmatos (lire ici). Des images d’une puissance rare et un travail remarquable sur le […]


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