Publié par : nico nsb | décembre 21, 2011

Un Cronenberg pour Noël !!?

En attendant donc 2012 pour pouvoir découvrir ses nouvelles chansons et compositions pour Peter Jackson, Howard Shore illustre cette semaine le ‘Dangerous Method‘ de David Cronenberg. Un film de Cronenberg pour Noël ? Drôle de choix des distributeurs, mais cadeau infiniment… précieux.

Alors qu’on pouvait s’attendre à un film en costume soigné, mais académique, autour de la relation Jung-Freud, le grand réalisateur canadien parvient à surmonter tous les obstacles et à nous éblouir. Une fois de plus.

S’emparant d’un scénario remarquable signé Christopher Hampton, Cronenberg s’est entouré de ses fidèles collaborateurs Shore (musique), Peter Suschitzky (photo) et Denise Cronenberg (soeur et costumière) pour filmer avec imagination et une extrême précision ses nouvelles créatures en pleines mutations : les pères de la psychanalyse. Et plus particulièrement Carl Gustav Jung (Michael Fassbender), en pleine transformation intellectuelle car tiraillé entre une admiration ambiguë (le sphinx) pour Freud (Viggo Mortensen) le traditionnaliste, et la tentation de donner libre cours à ses pulsions comme le clame Otto Gross (Vincent Cassel). Et tout comme dans ‘Faux-Semblants‘, l’objet de ces débats et expérimentations analytiques est une femme, la brillante et fragile Sabina (Keira Knightley), elle-même en pleine lutte pour réconcilier son âme, son corps et ses désirs. Le miracle donc vient de ce que Cronenberg  parvient à filmer l’impossible, à savoir les conflits intérieurs, les non-dits, les sous-entendus, l’ébullition intellectuelle, les éclats de génie et les échecs. Plus d’un réalisateur s’y est déjà cassé les dents, tombant dans le téléfilm plat et bavard. Mais à l’image de sa fabuleuse adaptation du ‘Le Festin Nu‘ de William S. Burroughs, Cronenberg sait comme personne donner de la chair aux mots. La caméra ausculte ses personnages (casting sans faute) dans leurs déplacements, allant d’un cabinet de consultation à un jardin, un lac, un bateau pour mieux leur donner de la vie et donc permettre l’identification. Car, précisons-le, on ne s’ennuie pas une seconde à la vision de ‘A Dangerous Method‘.

David Cronenberg, cinéaste « cérébral » venu du cinéma de genre, n’a jamais cessé de s’intéresser à ce qui fonde selon lui un individu et son identité : le rapport au monde à travers le filtre sensible que constitue le corps humain. Intellectuel mais tellement charnel. Il signe là, pour nous, le plus grand et le plus beau film de l’année 2011.

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Responses

  1. Beau papier pour film qui le mérite. La comparaison avec Faux semblants, auquel j’ai également pensé, me semble pertinente. J’ai été épouvanté par l’incurie des critiques du Masque et la plume et du Cercle, qui comme de nombreux autres ont trouvé le film académique, ennuyeux et didactique (je sais, je n’aurais pas dû, mais…). Si cela vous intéresse, j’ai également écrit quelques lignes à son sujet, en proposant quelques pistes d’interprétation : http://findepartie.hautetfort.com/archive/2012/01/01/top-5-films-2011-1-a-dangerous-method.html
    Cordialement.

  2. Salut, oui le film est injustement traité. Déjà la sortie en fin d’année me semble être un choix quasi-suicidaire. Il semble d’ailleurs que toute la critique parisienne ait déjà fait son bilan début décembre. Donc peu de chance pour le Cronenberg (les Cahiers et Chronic’art ont aimé cependant). Mais personnellement, j’accorde de moins en moins d’importance à la critique cinéma. Ainsi ‘Drive’ et ‘l’Apollonide’ ont-ils été unanimement salués, alors qu’ils ne m’ont pas ou peu concerné. Question de goûts, de sensibilité. De toute façon il me semble important de ne pas coller au bruit médiatique. Plutôt avoir tort seul que raison avec une majorité ennuyeuse car dans ce cas on abouti à un terrible résultat : tout le monde lit les Inrocks et regarde Le Grand Journal. Hors, il y a une vie culturelle en dehors des grands médias.
    Petit tour sur votre blog à présent. Merci et bonne année.

  3. Il y a en effet de bons papiers, dans les Cahiers, Positif ou Chronicart, mais je vous avoue que l’incompétence de certains critiques, qui jugent une oeuvre sans même chercher à en comprendre les lignes de force, me stupéfie. Mais vous avez raison, peu importe la critique. Et excellente année à vous.


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