Publié par : nico nsb | janvier 23, 2012

La Fille au Dragon (infowar)

Le cinéma de David Fincher semble ne pas tolérer le vide. Avec ‘Seven‘ et ‘Zodiac‘ il accumulait les signes, les indices au fil d’enquêtes moins motivées par la découverte du meurtrier que de la volonté désespérée de trouver un sens à l’horreur. Dans ‘Social Network‘, l’information est directement « apportée sur un plateau » par les utilisateurs du réseau social, mais elle n’est pas d’une grande utilité à son créateur, incapable de construire une relation sentimentale ou amicale stable. Paradoxe d’une époque gavée d’information jusqu’à la nausée : l’information n’est pas la connaissance.

En acceptant le remake du thriller suédois ‘Millenium‘, Fincher reprend les thèmes et figures de ses films précédents pour poursuivre son étude du présent. On suit d’un côté le journaliste Mikael Blomkvist qui se plonge dans les archives du passé pour démêler le mystère d’un crime jamais élucidé. De l’autre côté, Lisbeth Salander force ordinateurs, emails et banques de données. Aucun code ne lui résiste. De part et d’autre, l’info file à la vitesse de la lumière et à un débit ininterrompu. Au risque de saturer l’enquêteur et le spectateur. C’est alors que les deux personnages (excellents Daniel Craig et Rooney Mara) et ces deux méthodes d’investigation vont finir par se rejoindre et fusionner. Le mal est niché au coeur même de la famille, c’est posé dès le départ, mais le grand danger vient de la transparence. Tout au long de ces 2H40, Fincher insiste en effet et à plusieurs reprises sur ce motif. Ce sont des portes d’appartements que l’on force, du piratage informatique, des caméras cachées, ou encore de grands verres dans lesquels on verse toutes sortes de liquides, d’alcools (et le « rouge » coule à flot lors d’une scène qui donne déjà la clé de l’enquête). Jusqu’au « château » du monstre, qui surplombe la vallée et dont les murs sont de grandes baies vitrées. L’information, tous les indices sont là, il n’y a qu’à se servir. Encore faut-il pouvoir relier ces éléments entre eux.

A la transparence, David Fincher oppose l’opacité incarnée par Lisbeth Salander (Rooney Mara, révélation du film qui relève avec talent le défi de succéder à Noomi Rapace, déjà fabuleuse dans la trilogie originale). Personnage asocial, mystérieux, blessé, « anormal » selon ses propres termes, elle porte son âme à même la peau : le beau tatouage noir d’un dragon orne son dos, représentant à la fois ses démons intérieurs et sa force. Ce qu’elle ne dit pas par les mots (même ses cris sont étouffés), elle l’exprime par des symboles (tatouages, piercings, vêtements, coupes de cheveux…). Elle force sans problème les clés de sécurité, mais personne n’est en mesure d’accéder à son coeur. Lisbeth est une surface pratiquement impossible à percer. La fin du film semble pourtant offrir cette possibilité. Mais au moment où Lisbeth est prête à s’ouvrir à lui, l’autre n’est déjà plus là pour la recevoir. Comme si le fait de jongler avec l’information ne pouvait empêcher la solitude. Terrible paradoxe de la communication et portrait sombre de notre époque. Et l’armure se referme.

Avec ‘The Girl with the Dragon Tattoo‘ (titre que l’on préfère à sa traduction française qui entretient la confusion avec la trilogie originale), en plus de faire preuve d’un savoir-faire impressionnant, David Fincher sait remettre l’humain au centre de sa mise en scène. Et le résultat est sans appel : droit au coeur !

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