Publié par : nico nsb | mai 23, 2012

Cannes 2012 – Jour 6 : les musiques de la Croisette

Ce mardi matin, en montant les marches de la salle Debussy (Un Certain Regard), les spectateurs sont accueillis par une déferlante furieuse, celle des Wampas : du punk sur la Croisette ! Mais du punk inoffensif, sortant de haut-parleurs. A l’image du film ‘Le Grand Soir‘ de Delépine et Kervern, racontant les errements de deux frères complètement paumés dans le monde d’une vrai/fausse crise économique. « Il n’y a plus de boulot mais les cadis sont pleins !« , fait remarquer l’un des personnages. Très bonne idée que de situer l’histoire dans une zone commerciale, affreux entassement de grandes enseignes et de chaînes de restaurants qui poussent à la sortie des villes. Les caméras de vidéo-surveillance ont remplacé les oiseaux dans les arbres et les zombies consommateurs poussent sagement leur chariot.

Les Grolandais sont des habitués maintenant du Festival de Cannes. Cette année, ils reviennent accompagnés de deux acteurs évidents pour leur univers fait d’absurdité, de folie-douce et de mélancolie : Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel dans le rôle des deux frères. S’ils ont abandonné leur tendance à vouloir « faire de l’art » (plus de noir et blanc granuleux), les réalisateurs peinent à se renouveler. Les punks de l’histoire sont de pauvres bougres pathétiques, perdus dans un monde qu’ils ne comprennent plus, où même leur colère ne trouve plus d’écho. Cette impuissance à la révolte dans les pays industrialisés renvoie malheureusement au manque d’inspiration des auteurs. ‘Le Grand Soir‘ est en effet une succession de scènes plus ou moins développées et collées les unes derrière les autres. Cette liberté d’écriture qui fonctionnait bien avec ‘Louise-Michel‘ ne prend plus aujourd’hui. Malgré toute la bonne volonté du spectateur, malgré le plaisir de retrouver les guest-stars et quelques gags qui font mouche, on a le sentiment que le format court convient mieux aux Grolandais. Il serait temps de changer de formule. Car le côté rebelle fait un peu toc chez ces salariés du groupe Canal+ : sympathique mais vain. Après le Virginie Despentes, les punks vieillissants sont décidément mal desservis au cinéma.

Les Grolandais sont là !

Autre durée et autres musiques avec ‘Gangs of Wasseypur‘ (la Quinzaine des Réalisateurs). Il s’agit ici d’une fresque imposante de 5h20 qui attend les courageux spectateurs ! Film indépendant signé Anurag Kashyap, ‘Gangs of Wasseypur‘ raconte une vendetta opposant deux familles rivales, les Khan et les Singh, sur trois générations. Pas de héros dans cette ville où seuls survivent les salauds, nous annonce une voix off. Véritable nid de serpents s’entre-tuant pour le contrôle des mines de charbon et la ferraille, les personnages, leurs relations, les intrigues et le contexte historique sont un flot d’informations continu que le spectateur occidental a un peu de mal à appréhender au départ. Le film débute par une fusillade impressionnante en 2004, puis bascule en 1941 en un long flash-back qui va développer tous les enjeux. Bref, il faut s’accrocher pour suivre ! Mais à mesure qu’approche la fin de la première partie, on sent que la mise en scène et la narration s’améliorent, se fluidifient. Après 2h40 de bruit et de fureur, on apprécie l’entracte de 20 minutes. Mais on se surprend à vouloir vite retourner dans les ruelles indiennes où vivent, aiment et s’entre-tuent ces familles de confession musulmane. On s’est attaché à certains personnages comme Faizal (Nawazuddin Siddiqui) et la belle Mohsin (Huma Qureshi). La seconde partie du film vient largement confirmer notre intuition.

Avec ‘Gangs of Wasseypur‘, ce cinéma indien (tourné en bengali) différent des productions « Bollywood » (pas de clips chantés et dansés) vient tutoyer des cinéastes américains à la sensibilité proche. On pense à Coppola (les ‘Parrain’) et Scorsese bien sûr, pour les thèmes abordés et le goût de la longue durée, mais aussi par le sens du spectacle. Anurag Kashyap mérite d’être découvert sur grand écran par tous les spectateurs qui ont grandi et aimé les classiques américains cités, mais aussi les Tsui Hark et autres John Woo. Les familiers de la famille Corleone ou les fans de séries TV s’étendant sur plusieurs épisodes y trouveront également leur compte. Malgré les quelques réserves de départ, le style du réalisateur se bonifie sur la durée, pour finalement emporter l’enthousiasme. On rêve, en France, d’une collection telle que HK Vidéo qui ferait découvrir tout un pan du cinéma indien totalement inconnu du grand public. Des manifestations comme Cannes sont une fenêtre bénéfique sur ces autres cinémas que l’on ne voit jamais chez nous (excellent souvenir du 60e Anniversaire avec une grande journée consacrée aux cinémas indiens, films d’ailleurs restés inédits à l’exception de ‘Guru‘). On croise les doigts pour que des éditeurs courageux se mobilisent.

http://www.wasseypurworld.com 

 

Anurag Kashyap, un réalisateur heureux !

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