Publié par : nico nsb | mai 22, 2013

Cannes 2013 – Jodorowsky débarque sur la Croisette !

La danza de la realidad - 02

Une nouvelle édition cannoise qui s’annonce et beaucoup de films à découvrir. Mais étrangement, peu de titres ou de noms qui se détachent véritablement. A part un, celui d’un artiste oeuvrant depuis des années en tant que scénariste de bandes dessinées, spécialiste du Tarot de Marseille, auteur de livres autobiographiques parlant de psycho-magie, de chemins de vie particuliers, d’initiation, de quête intérieure, d’alchimie… Oui, Alejandro Jodorowsky est de retour au cinéma et c’est l’événement de cette année ! Un cinéaste mythique dont les films nous manquaient.

La danza de la realidad - 07

La Quinzaine des Réalisateurs propose donc ‘La Danza de la Realidad‘, un grand film autobiographique où Jodorowsky évoque, à sa manière, son enfance au Chili et l’histoire de sa famille. Période de sa vie que l’on avait pu découvrir dans le recueil d’entretiens ‘De la cage au grand écran‘. Soit l’histoire d’un enfant craintif élevé par deux parents aux fortes personnalités, notamment un père brutal, honteux de ses racines juives et admirateur de Staline. Un homme plein de colère et remarquablement interprété par Brontis Jodorowsky. ‘La Danza de la Realidad‘ est donc non seulement un récit à la première personne, mais aussi un acte de psycho-magie comme Jodorowsky s’en est fait le spécialiste. Car pour lui il ne s’agit pas simplement d’évoquer ses parents, mais de leur permettre de réaliser ce qu’ils n’ont pas pu de leur vivant : être une cantatrice (aux formes évidemment felliniennes) pour sa mère, et un homme affectueux pour son père.

La danza de la realidad - 04

Contrairement à d’autres réalisateurs des années 1970 (De Palma, Argento), Jodo n’a rien perdu de son art et retrouve le cinéma par la grande porte, et en ayant des choses à dire et à offrir. Ce retour au cinéma s’est fait, on l’imagine sans peine, après une profonde réflexion à plusieurs niveaux (‘le Voleur d’Arc-en-Ciel‘ date de 1990 !). Belle lumière, images magnifiques. Les moyens techniques sont là. On retrouve le cirque, l’art du mime, la musique, les chansons, les processions religieuses, les infirmes et les pauvres, la dictature et la violence, la révolte, la mort et le sexe, beaucoup d’humour aussi, le parcours initiatique de la chute à la rédemption… Toute la poésie surréaliste de l’auteur de ‘El Topo‘,  ‘La Montagne Sacrée‘ et ‘Santa Sangre‘ est là, comme si son cinéma n’avait pas pris une ride. Toujours aussi indispensable, toujours porteur de vertus thérapeutiques. Le film débute par une pluie de pièces de monnaie tombant sur des gros titres de journaux que nous connaissons tous trop bien : « C’est la Crise ! ». Comme un cri de terreur qui donne le vertige. Une peur qui se répand tel un virus, au risque de perdre de vue l’essentiel de la vie. Puis Jodorowsky apparaît à l’image et nous invite à un voyage dans le temps, une plongée vers une autre époque remplie elle aussi de terreurs, et dont lui et ses parents furent les victimes. Une double violence venue de l’extérieur (l’antisémitisme) et de l’intérieur qui s’abat sur un enfant désarmé, que Jodorowsky vient réconforter tout en nous contant son histoire. Si une chose a changé dans le cinéma de Jodorowsky, c’est l’infini tendresse qui berce ce film : on n’avait encore jamais vu le réalisateur aussi débordant d’amour pour ses personnages, fussent-ils tourmentés par la colère, la rage, la haine de soi et des autres que le vie peut engendrer dans le coeur. Cette histoire intime et familiale (de nombreux membres de la famille Jodorowsky participent au film), mais pourtant universelle, se double donc d’un geste de réconfort pour soigner les blessures. Plus qu’un film, ‘La Danza de la Realidad‘ est un cadeau dédié à tous les spectateurs. Un cinéma précieux fait par un artiste toujours aussi farouchement indépendant et engagé, un poète total. Un jeune homme de 84 ans qui a gardé l’enfant en lui et qui fut touché par l’ovation que le public lui a réservé.

NicoNSB-Jodo Cannes 2013-01

NicoNSB-Jodo Cannes 2013-02

Jodorowsky's Dune - 01

Ce samedi 18 Mai était totalement consacré au cinéaste Chilien-Mexicain-Français. Car en plus de présenter son nouveau film, la Quinzaine des Réalisateurs proposait également au programme le documentaire ‘Jodorowsky’s Dune‘ de Frank Pavich. Journée exceptionnelle arrosée par un déluge, mais il en fallait plus pour décourager les spectateurs. Ce film raconte la folle aventure, en 1974, d’un projet d’adaptation monstrueux qui implosa en plein vol. Si ‘Dune’ selon Jodorowsky (assez différent de l’oeuvre de Frank Herbert) ne pu se réaliser, par contre ses débris éclatants se changèrent en graines fertiles qui vinrent enrichir de nombreux projets postérieurs dans le cinéma de science-fiction (Star Wars, Alien, Flash Gordon, Dune de Lynch et de Laurentis, Terminator, Matrix…). Et par un tour d’alchimiste il se changea en bande dessinée (‘L’Incal’ et ‘La Caste des Méta-Barons’). ‘Jodorwsky’s Dune‘ donne la parole à plusieurs « guerriers mystiques » (Dan O’Bannon, Chris Foss, Giger…) engagés par Jodo et son producteur de l’époque Michel Seydoux. Manque la présence du regretté Moebius (déjà gravement malade durant la production du docu), mais bien présent au travers de ses magnifiques storyboards, desssins et croquis. A l’époque, un gros livre regroupant tous les visuels réalisés lors de la préparation de ‘Dune’ fut distribués aux studios américains. Il semble qu’il n’existe aujourd’hui que deux exemplaires de cette bible, et dans le film, le réalisateur Nicolas Winding Refn affirme être sans doute le seul à avoir « vu » le Dune de Jodorowsky. Lors du question-réponse qui suivit la projection, un spectateur demanda justement si l’édition de cette bible était envisagée, un peu comme les travaux inachevés de Kubrick. Et le producteur Michel Seydoux, présent dans la salle, prit la parole pour dire que ce projet d’édition était bien envisagé, mais qu’il s’agissait d’un « projet compliqué ». On imagine toutes les démarches afin d’obtenir les accords des divers ayants droits. Mais croisons les doigts… Toujours est-il que ce documentaire permis de rapprocher à  nouveau Jodorowsky et son producteur de l’époque. Quelques temps après, Michel Seydoux et Jodorowsky concrétisaient ‘La Danza de la Realidad‘. La vie est magique parfois.

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