Publié par : nico nsb | mai 24, 2013

Cannes 2013 – Polars d’Asie

Contrairement à une idée reçue, le Festival de Cannes, toutes sélections confondues, n’est pas hostile au cinéma de genre (un certain Tarantino est passé par là). Il suffit de bien lire le programme, de faire ses propres choix. Et le genre policier est bien représenté dans l’édition 2013, tout comme le cinéma asiatique. Quand les deux se rencontrent, ça fait des étincelles. Petit aperçu :

Monsoon Shootout - 03

Inde : L’année dernière, deux films nous faisaient découvrir l’acteur Nawazuddin Siddiqui (‘Gangs of Wasseypur‘ et ‘Miss Lovely‘). Très bons souvenirs. Et cet acteur revient en 2013 dans ‘Monsoon Shootout‘ (Sélection Officielle-Hors Compétition) de Amit Kumar. Un jeune policier idéaliste entre en fonction au sein d’une unité chargée de lutter contre la délinquance d’un quartier pauvre. Il est vite confronté aux réalités du terrain, surtout la corruption régnant au sein de la Police. Et au cours d’une opération nocturne, il poursuit, parvient à coincer et met en joue un tueur à gage (N. Siddiqui) : doit-il tirer ou  non ? A partir de ce choix qui s’impose brutalement, le scénario propose plusieurs suites à cette histoire, chaque décision entraînant des conséquences différentes. Le procédé trouve vite ses limites et le spectateur occidental ressent comme un air de déjà vu. Mais la mise en scène et les comédiens sont très convaincants. ‘Monsoon Shootout‘ fait parti de ces films du jeune cinéma indien qui cherchent de nouvelles pistes en dehors de Bollywood. A découvrir.

Monsoon Shootout - 01

Monsoon Shootout - 02

Wara no Tate - 01

Japon : Après le (très bon) remake de ‘Hara-Kiri‘, Takashi Miike revient à Cannes, en sélection officielle et en compétition, avec ‘Wara no Tate/Bouclier de Paille‘ où quatre policiers sont chargés d’emmener un tueur d’enfants depuis un commissariat de province jusqu’à Tokyo. Hors, la  dernière victime en date, violée et assassinée, était la petite fille d’un richissime grand-père qui rend public une annonce retentissante : il offre un milliard de yens pour le meurtre de l’assassin, de même qu’une forte prime pour toute tentative. L’escorte policière est prise au dépourvu. Sa mission ne consiste plus seulement à conduire et surveiller un tueur pédophile, mais également à le protéger de tout le monde. L’avion qu’ils devaient prendre est saboté par un employé de la compagnie. Il faut donc envisager un autre moyen de transport sécurisé. Mais il apparaît bien vite que chaque policier entourant l’escorte est une menace potentielle. L’escorte policière, composée de trois hommes et une femme, se retrouve isolée et doit faire face à des choix…

Wara no Tate - 03

Takashi Miike est un réalisateur intriguant à plus d’un titre. Est-il un auteur, juste un réalisateur commercial qui tourne tout ce qu’on lui donne, ou un peu des deux ? Il faut bien reconnaître que ses films ne ressemblent à aucun autre. Son style est de ne pas en avoir, de savoir adapter son travail à chaque projet qu’il entame. Bref, assez déstabilisant pour les adeptes de « la politique des auteurs ». C’est peut-être la raison pour laquelle on a pu entendre quelques huées à la fin du film. Le public cannois est assez divers (journalistes, professionnels du cinéma, cinéphiles…) et certains n’ont visiblement pas aimé cet excellent film policier qui pourrait être un épisode de la trilogie Die Hard, avec quelques scènes particulièrement intenses en émotion (la petite fille sur le quai de la gare). De Miike à McTiernan, on retrouve une même efficacité dans la direction d’acteur, le rythme et les scènes d’action. Et le Japonais aime à s’entourer d’acteurs solides comme l’ont prouvé par exemple ‘Audition‘ ou ‘13 Assassins‘. C’est toujours le cas avec ‘Wara no Tate‘ où Takao Osawa et Nanako Matsushima campent l’escorte de base, tandis que Tatsuya Fujiwara (découvert dans ‘Battle Royale’ et ‘Death Note’) interprète le criminel dont la tête est mise à prix. Entre Desplechiant-Amalric et Takashi Miike, Darkstar Films ne tourne pas autour du pot : on tranche dans le lard pour ne garder que les meilleurs morceaux, accompagnés de thé vert et de saké !

Wara no Tate - 04

Wara no Tate - 02

Wara no Tate - Takashi Miike

Blind Detective - 01

Hong Kong : La Sélection Officielle propose chaque année des films un peu « autres » Hors Compétition, surtout en séance de minuit. C’est le cas de la comédie policière (la bande annonce est trompeuse, il s’agit bien d’une comédie) ‘Blind Detective‘ de Johnnie To. Le cinéaste chinois a l’habitude du mélange des genres, comme ‘Yesterday Once More‘ (2004) où Andy Lau et la belle Sammi Cheng se livraient à un jeu de chat et de la souris, plein de glamour, autour de vols de bijoux pour mieux finir par tomber dans les bras l’un de l’autre. On ne change pas une équipe qui gagne aussi Johnnie To réunit-il à nouveau le même couple d’acteurs. Cette fois Andy Lau est un ancien flic devenu aveugle et reconverti en privé, tandis que Sammi Cheng est une policière prometteuse. Leurs routes se rejoignent pour enquêter sur une série de disparitions. A partir de là, il devient difficile de résumer l’intrigue. Ca part un peu dans tous les sens… De Hong Kong à Macao, où l’on croise Lam Suet (un fidèle de To). Il faut préciser que ‘Blind Detective‘ repose sur un scénario assez brouillon et un humour made in HK bien gras qui peuvent lasser par moment. Mais le charme et le talent du duo d’acteurs rattrapent largement ces particularités. Et le ton s’assombrie un peu dans la dernière partie. Johnnie To, dont la filmographie doit être aussi longue et diversifiée que Miike, offre là une bonne grosse fantaisie où ses personnages mènent l’enquête le plus clair du temps à table, en grignotant dans la rue, avalant toutes sortes de mets. ‘Blind Detective‘ un guide gastronomique ? Peut-être pas, mais ce film ouvre l’appétit. D’ailleurs c’est l’heure de passer à table.

Blind Detective - 04

Blind Detective - 03

Blind Detective - 05

Only God Forgives - 01

Thaïlande : En trichant un peu, poussons notre voyage au sud ouest, à Bangkok où Nicolas Winding Refn a tourné le franco-danois ‘Only God Forgives‘ sorti en salle en France en même temps que sa projection en compétition. Tout comme pour ses précédents films, le réalisateur peut séduire et irriter les spectateurs. La mise en scène est d’une puissance trop rare dans le cinéma actuel. Voila un film qui se raconte par l’image, la lumière, le son plutôt que par un déluge de dialogues. Le réalisateur aime le cinéma comme moyen d’expression autonome, qui ne doit plus rien au théâtre ou au roman. Mais ‘Only God Forgives‘ reste par moment assez hermétique. Les références, entre film de sabre japonais et ambiances lynchiennes, apportent quelques clés. Il y est question de virilité masculine en crise. Tout comme dans ‘La Danza de la Realidad‘ les mains incarnent l’impuissance. Des liens familiaux et certaines parties du corps doivent être tranchés par un flic/ange exterminateur qui représente une figure masculine complexe : c’est un guerrier impitoyable venu d’une autre époque, avec un code d’honneur, tout en étant capable de révéler une part de féminité inattendue (scènes de chansons). Oedipe vient s’ajouter à cette histoire de vengeance. Parfois ça passe, parfois on se perd. Il n’est pas surprenant de lire au générique de fin que le film est dédié à Alejandro Jodorowsky, qui lui manie un peu plus adroitement les symboles. Toujours est-il qu’il serait amplement mérité que Nicolas Winding Refn décroche un prix. Ou bien l’un de ses comédiens, avec Ryan Gosling tiraillé entre une Kristine Scott Thomas terrifiante et un charismatique Vithaya Pansringarm en flic maniant le sabre court. Enfin la bande originale signée Cliff Martinez est assez remarquable, avec ses tambours de guerre, ses chansons thaïs et des nappes synthétiques rappelant Angelo Badalamenti. (Message personnel : David Lynch, c’est quand tu veux…)

Only God Forgives - 02

Only God Forgives - 03

Only God Forgives - 04


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