Publié par : nico nsb | février 26, 2014

Temps tristounet sur le cinéma fantastique

Depuis le début de l’année, on ne peut pas dire que les films sortis dans les salles et relevant du fantastique (au sens large) brillent par leurs qualités. En 2014 la créature de Frankenstein (‘I, Frankenstein‘) fréquente les salles de fitness et part castagner des gargouilles numériques. ‘RoboCop‘, lui, a également droit à une mise à jour (« 4G »?) avec une nouvelle armure et un logiciel plus rapide. Dans un premier temps, on est séduit par cette relecture qui conserve quelques traces d’ironie (la « libération » de Téhéran) et réserve quelques plans glaçants (les restes humains de l’agent Alex Murphy), mais peu à peu le drame cède la place à un film d’action comme tant d’autres. Le dernier plan du film est clairement une révision aseptisée du RoboCop subversif de Paul Verhoeven, si bien qu’on en vient à se demander si le second degré de la séquence d’ouverture en Iran en est vraiment un.

ROBOCOP

la Belle et la Bête - 01

Il y a quelques années de cela, Christophe Gans était célébré comme le sauveur d’un certain cinéma populaire à la française avec son généreux ‘Pacte des Loups’. Puis il réalisa un ‘Silent Hill’ visuellement impressionnant mais sans émotion. Puis plus rien. Une absence des grands écrans dû à plusieurs projets ambitieux qui n’ont pu aboutir. Ce mois-ci Gans revient enfin avec sa version de ‘La Belle et la Bête‘. Le film est assez embarrassant, il faut bien l’avouer. Car si l’on retrouve le sens du spectacle, le goût du détail et les références cinéphiliques, il y a un sérieux problème de rythme. En cause, une narration un peu maladroite car alourdie par une voix off omniprésente, l’histoire étant de plus racontée sur plusieurs niveaux : sous la forme d’un aller-retour trop répété entre une narratrice et le conte qu’elle lit à ses enfants, puis par des flashbacks à l’intérieur du conte (l’histoire de la malédiction de la Bête). Il y a ensuite le manque de merveilleux qu’on est en droit d’attendre d’un conte. Christophe Gans cite à longueur d’entretiens Hayao Miyazaki et le ‘Legend’ de Ridley Scott comme bases d’inspiration. Pourtant ‘La Belle et la Bête’ de 2014 fait un usage pas très heureux du numérique (le visage de la Bête) et les décors en studio sont beaux mais manquent de vie. Gans confectionne un beau livre d’images où sont absents la magie de ‘Legend’ et la poésie de Jean Cocteau. Mais le plus gros problème est bien le manque d’émotion. Car Christophe Gans, journaliste passionnant et réalisateur de plusieurs films à gros budget, ne sait toujours pas diriger et filmer des acteurs ! Vincent Cassel s’en plaignait déjà à l’époque du ‘Pacte des Loups’. Avec tous les moyens mis à sa disposition, le cinéaste ne parvient pas à faire croire à l’histoire d’amour qu’il est censé nous raconter. La majorité des seconds rôles sonnent faux (embarrassante Audrey Lamy…), même André Dussolier, pourtant acteur d’expérience, n’est pas à son avantage. Le seul passage réussi du film est clairement le flashback racontant l’histoire d’amour du Prince et de la Princesse. Vincent Cassel y apparaît au naturel (sans le masque numérique de la Bête) et l’alchimie fonctionne parfaitement entre lui et sa partenaire. L’histoire d’amour est là à l’écran, durant quelques instants seulement, belle histoire qui touche petits et grands. Quant à Léa Seydoux dans le rôle de la Belle, elle semble déjà trop mûre pour le personnage. Mia Wasikowska, l’Alice de Tim Burton, aurait pu constituer un choix plus juste avec son physique de femme-enfant. Enfin, il convient de distinguer le Christophe Gans cinéphile/journaliste du réalisateur. Si le premier est le héraut du cinéma de genre français, porte-parole d’un passé prestigieux, le second n’est malheureusement pas le héros de sa renaissance. Mais il serait injuste de lui en tenir rigueur car l’état actuel du cinéma français se joue à un autre niveau.

la Belle et la Bête - 02

Pour savoir pourquoi Christophe Gans et son film font figure d’exception et d’événement, pourquoi Vincent Cassel est le seul acteur français d’envergure internationale (Dujardin à côté n’est qu’un effet de mode), pourquoi Marina de Van ou Gaspar Noé partent faire leurs films à l’étranger, il ne faut pas louper la lecture de SoFilm n°17 de février qui apporte quelques éléments de réponse. Le magazine met en effet sur la table le sujet hautement explosif du financement du cinéma français en compagnie de Michel Hazanavicius (‘OSS 117’ et ‘The Artist’) et Vincent Maraval (producteur chez Wild Bunch). Maraval déclare notamment : « Il n’y a pas aujourd’hui de film d’horreur au dessus de 3 millions en France, il n’y a pas de film d’aventure, il n’y a pas de film catastrophe, pas de film de guerre, pas de film de science-fiction, pas de péplum, pas de comédie teenage à la ‘Very Bad Trip’ ou Judd Apatow ou alors ils le refont quatre ans après… ». Des propos qui font évidemment tilt chez le spectateur qui se désole en passant devant les façades des cinémas où s’affichent toujours les mêmes acteurs, les mêmes comédies, les mêmes polars ou les mêmes drames. C’est ça la diversité française ?

SoFilm - février 2014

American Bluff

Ouvrons une petite parenthèse. [Depuis deux ou trois semaines on peut découvrir en salle ‘American Bluff‘, comédie dramatique du formidable David O. Russell, un an après ‘Happiness Therapy’. Voici l’exemple parfait de ce qu’un réalisateur qui aime les acteurs peut proposer sur un grand écran. Un sans faute et un régal pour les spectateurs qui vont passer 2h20 en compagnie de Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence… et un certain Robert.]

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Mais revenons au genre fantastique et plus particulièrement aux films de vampires. Comme les zombies, les vampires sont partout. C’est la malédiction du cinéma de genre : le système s’en est emparé. Les créatures fabuleuses et les super-héros sont omniprésents, on leur consacre les plus gros budgets. On est passé du bis, de la série B des salles de quartier au mainstream. Avec ‘Only Lovers Left Alive‘ de Jim Jarmusch, c’est le cinéma d’auteur qui s’intéresse aux suceurs de sang. Tom Hiddleston et Tilda Swinton (très bons) incarnent un couple aux dents longues vivant l’un à Detroit, l’autre à Tanger. Ce sont deux dandys qui après plusieurs siècles à fréquenter les humains, qu’ils surnomment avec mépris « les zombies », ont fini par se retirer du monde pour vivre aux marges de la civilisation : ‘Detroit’ ville en faillite pour l’un et Tanger pour l’autre (référence à l’oeuvre et la vie de W.S. Burroughs), soit deux interzones. Pour Jarmusch, les vampires sont des êtres raffinés et cultivés qui s’abreuvent proprement en sang frais par des contacts dans le milieu médical, qui passent le temps et leur ennui en écoutant de vieux vinyles crépitants, en lisant de la poésie ou en collectionnant de (superbes) guitares vintage. De parfait romantiques, allant jusqu’à caresser l’idée du suicide. Et le réalisateur prend une fois de plus plaisir à filmer de longues balades nocturnes accompagnées de bonnes musiques, comme souvent chez lui. Mais ce mode de vie s’est vidé de toute passion. Et c’est ce petit confort sentant le renfermé que vient bousculé le personnage interprété par Mia Wasikowska, petite vampire punk qui débarque avec ses valises. Elle vit pour ses passions et assume ses pulsions sanguinaires/sexuelles. Mais alors qu’elle commence à mettre un peu de bruit et de fureur dans ce couple, elle est littéralement mise à la porte par les deux grincheux. Il faudra que le couple d’amants d’outre-tombe tombe en manque de sang pour qu’ils libèrent enfin leurs instincts et retrouvent leur soif de vie… Alors que tout est en place pour nous faire passer un bon moment, que le regard que porte Jim Jarmusch sur ses vampires apparaît comme une critique envers sa génération (punk/no wave), quelque chose vient troubler notre enthousiasme. Cette soif de vie retrouvée se fait en effet au dépend de la jeunesse. Le réalisateur semble ne pas porter beaucoup d’intérêt aux jeunes : juste une source d’alimentation permettant aux vieux de conserver leur mode de vie. Jarmusch le punk vieillissant serait-il devenu un vieux con ? Heureusement la bande originale est excellente.

Only lovers left alive - 02

Petit bilan mitigé donc, un peu comme la météo. Mais voila que débarque une nouvelle bande-annonce du prochain film de Gareth Edwards : ‘Godzilla‘ revient ! Et lorsque retenti son célèbre rugissement, le sourire revient. Une bande-annonce parfaite car elle met l’eau à la bouche sans trop en dévoiler. En salle le 14 mai.

Godzilla 2014 - 01


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