Publié par : nico nsb | mai 19, 2014

Cannes 2014 – Episode I

Cannes 2014. Nouvelle édition cannoise et pour changer, on va s’intéresser un peu plus aux sélections parallèles. Il faut dire que cette année la sélection officielle n’est pas particulièrement excitante. Pour dénicher du film qui donne envie, de nouveaux talents, de nouveaux horizons, il faut consulter avec attention les programmes de la Quinzaine et de la Semaine de la Critique. Voici quelques impressions entre deux séances.

Catch me daddy - 01

     Premier film, première séance à la Quinzaine des Réalisateurs qui se déroule chaque année à l’Hôtel Marriott (ex-Noga Hilton). ‘Catch Me Daddy‘ est un film anglais de Daniel Wolfe qui s’intéresse aux crimes « d’honneur » ayant défrayés la chronique dans certaines communautés. Ici, une jeune fille d’origine pakistanaise a quitté sa famille avec son petit ami, un Anglais de souche. Les hommes de la famille sont envoyés pour la retrouver. Une autre équipe, deux blancs, est également recrutée afin de faciliter les recherches. Nous découvrons le quotidien des deux jeunes gens, vivant de petits boulots et habitant un mobil-home. La tension monte tandis que les hommes se rapprochent d’eux. Et la chasse à l’homme vire au drame. Le film devient alors problématique, car si certaines réactions des personnages paraissent absurdes, c’est surtout le propos du film qui met mal à l’aise. En effet les Anglo-Pakistanais sont montrer comme étant tous des barbares, des hommes pleins de haine et assoiffés de sang. Or, à lire ses déclarations dans la presse cannoise, les intentions du réalisateur étaient toutes autres. Film loupé donc.

Hard Day - 01

Hard Day - 04

     Toujours à la Quinzaine, le coréen ‘A Hard Day‘ est un polar sombre, violent… mais chargé d’une sacrée dose d’humour noir qui fit le régal des spectateurs ! Alors qu’il est en route pour les funérailles de sa mère, le lieutenant de police Go Gun-su tue accidentellement un homme. Pris de panique, il cache le corps dans le coffre de sa voiture. C’est le début d’une série incroyable de malchances, un engrenage infernal. Gun-su est arrêté par des collègues qui ont installé un barrage routier et souhaitent faire du zèle en fouillant son véhicule. Au même moment, il est averti que des inspecteurs débarquent dans le bureau de son équipe pour enquêter sur une histoire de corruption dans les rangs de la police de Séoul. Et sa soeur qui ne cesse de l’appeler sur son portable pour le presser d’assister à la cérémonie funèbre ! Puis, c’est un homme qui veut le faire chanter, car il prétend avoir assisté à l’accident et veut récupérer le corps du mort… Succession crescendo d’épreuves insurmontables et de twists. Si certaines situations peuvent sembler tirées par les cheveux, à chaque fois le film retombe sur ses pieds (comme son personnage principal), grâce à un scénario efficace, un rythme soutenu et à la complicité que le réalisateur Kim Seong-hun a su instaurer avec le public. Il faut préciser qu’au début de la séance, le cinéaste et son producteur sont montés sur scène pour présenter leur film, tout en adressant quelques touches d’humour aux spectateurs. Le producteur s’est ensuite pris en photo avec, en arrière-plan, la complicité des spectateurs qui ont joué le jeu. Un selfie cannois, ça vaut toutes les palmes. Le ton était ainsi donné. Car oui, on peut rire pendant le Festival de Cannes, on n’y voit pas que des films déprimants. A la fin, le film et son équipe furent chaleureusement applaudis par toute la salle.

Kim Seong-hun célébré à Cannes pour son 'A Hard Day'.

Kim Seong-hun célébré à Cannes pour son ‘A Hard Day’.

Un réalisateur à casquette et son heureux producteur avec deux de leurs admiratrices françaises.

Vive la Corée ! Un réalisateur à casquette et son heureux producteur, entourés de deux de leurs admiratrices françaises.

Hard Day - 02

Hard Day - 03

     Du côté de la Sélection Officielle, découverte du nouveau film du britannique Mike Leigh. ‘Mr Turner‘ raconte une partie de l’histoire du peintre William Turner (au passage, souvenirs persos d’un séjour à Londres et visite de la Tate Gallery où étaient exposés des Turner et des Bacon). On pouvait craindre un film académique, mais Mike Leigh n’est pas un débutant. Il s’est entouré d’un grand chef opérateur, et d’excellents comédiens, à commencer par Timothy Spall (les Harry Potter) qui joue de sa silhouette de gargouille et de sa voix rocailleuse. Un régal ! Il mérite un prix d’interprétation. ‘Mr Turner‘ est le portrait d’un grand artiste anglais (« peintre de la lumière » qui connu le succès, mais mauvais mari et père), et une réflexion sur l’art (la peinture/le cinéma), sa réception par le public et la critique, et la perception du monde. Ce qui donne par exemple une scène pleine d’ironie lorsqu’un jeune prétentieux se ridiculise en voulant étaler sa connaissance théorique de l’art devant un groupe d’artistes. La presse française semble ne pas avoir apprécié cette pique qui lui est peut-être adressée. Un autre moment marquant du film vient lorsque Turner découvre la photographie et comprend que la peinture ne peut plus désormais se borner à reproduire le réel. Son travail ira vers l’abstraction, mais marquera sa rupture avec le public. Malgré les 2h29 du film, Mike Leigh reste passionnant. Sans doute des récompenses à prévoir au palmarès.

Mr Turner - 01

It Follows - 01

     A l’autre bout de la Croisette, au niveau de l’Espace Miramar, se tient la Semaine de la Critique où était présenté ‘It Follows‘ de David Robert Mitchell, très bon petit film d’épouvante américain (distribué en France par Metropolitan). Un quartier tranquille d’une petite ville américaine. Un décor que l’on connait par coeur dans ce genre de cinéma, puisque c’est là que se sont déchaînés Michael Myers et autres Freddy Kruger. Une malédiction étrange se propage parmi les adolescents et liée à la sexualité. Le mal prend ici la forme d’une personne inconnue ou non, qui s’avance en marchant (tel un zombie de Romero), mais sans aucun répit, vers sa proie qui est la seule à pouvoir le voir. Quelque chose de terriblement malfaisant s’avance inexorablement et massacre ses victimes. Le Mal est en marche et rien ne peut l’arrêter, à moins d’avoir des relations sexuelles avec quelqu’un d’autre et donc de transmettre cette malédiction à un/une autre. On pense aux ‘Ring’ japonais et la K7 qui tue après l’avoir visionné (voir c’est mourir). Mais aussi à David Lynch et John Carpenter, surtout pour la bande originale synthétique. Portrait d’une Amérique provinciale sans histoire sur laquelle s’abat une horreur jamais clairement définie et qui suscite à l’écran de vrais moments de terreur. Les jeunes comédiens sont convaincants, notamment la jeune Maiko Monroe dans le rôle principal. Si nous ne sommes pas au même niveau que Twin Peaks, on sent bien que le réalisateur souhaite proposer une nouvelle Laura Palmer à la génération des 18-20 ans, qui mérite mieux que les Paranormal Activity pour faire de beaux cauchemars atroces. 

It Follows - 02

It Follows - 03

     Pour compléter ces premières séances, un petit détour par Cannes Classics où était présenté en copie restaurée ‘Dragon Gate Inn/l’Auberge du Dragon‘ (1967), un classique du wu xia pian du maître King Hu. Film tourné en extérieur et en studio à Taïwan, après des années d’activités pour la Shaw Brothers à Hong Kong. Aujourd’hui, les chorégraphies des combats peuvent paraître un peu datées, mais la réalisation de King Hu fait toute la différence. Cadrages et mouvements de caméra sont d’une grande précision chez ce calligraphe de formation. Lors de la présentation du film, il a été annoncé qu’un autre film du cinéaste était en cours de restauration, il s’agit de ‘A Touch of Zen‘.

Dragon inn-1967-05

Dragon inn-1967-06


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