Publié par : nico nsb | mai 27, 2014

Cannes 2014 – Episode V : séances de rattrapage « Au coeur du mal, Carpentier ! »

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Les derniers jours du festival étaient consacrés aux rediffusions et autres rattrapages des films loupés. Beaucoup de films à voir, beaucoup de monde aussi et souvent des séances complètes même en faisant la file deux heures à l’avance ! Sous le soleil et parfois sous la pluie ; un  plaisir rare et raffiné réservé aux adeptes… Quelques impressions rapides (notées dans un coin de la tête alors que la fatigue commençait à se faire ressentir) pour terminer ce petit compte-rendu de Cannes 2014, sachant que certains films sont déjà sur les écrans français ou ne devraient pas tarder à sortir :

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Maps to the Stars‘ (sélection officielle-compétition) de David Cronenberg. Beaucoup moins hermétique que ‘Cosmopolis‘. Nombreux dialogues filmés en plans fixes. Satire impitoyable sur Hollywood (mais déjà vue) sur laquelle le réalisateur canadien plaque ses obsessions : la chair comme révélateur d’une histoire, la contamination (du passé sur le présent, héritage familial inconscient), la mutation (conflit avec cet héritage). Rien de nouveau hélas chez Cronenberg, mais les acteurs sont évidemment tous très justes. Julianne Moore et les adultes sont filmés comme des monstres engendrant de petits monstres. Mia Wasikowska et Evan Bird en frère et soeur tentant de briser ce cercle infernal qui se perpétue et semble ne jamais finir. Histoire d’incestes à plusieurs niveaux.

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The Homesman‘ (sélection officielle-compétition) où Tommy Lee Jones fait son western à la manière de Clint Eastwood, mais en moins flamboyant et en n’approfondissant pas son sujet pourtant original au départ (les conditions de vie épouvantables des femmes dans l’Ouest).

Homesman - affiche

Alleluia‘ de Fabrice du Welz (Quinzaine). Alors que ses comédiens Lola Duenas, Laurent Lucas et Héléna Noguerra se donnent tous à fond (même les enfants sont justes), le réalisateur ne sait pas trop quoi filmer ni pourquoi. La rencontre avec le public à la fin du film ne disait pas autre chose. A partir d’un fait divers déjà porté à l’écran (‘Les Tueurs de la lune de miel’-1970), il s’essaie à des effets de style (16mm et gros grain, gros plans, ruptures de ton avec une scène chantée qui bascule dans le grand guignol) vains. Pas de vision claire de son histoire, un peu plus de ses personnages. Trop décousu. Si le cinéma de genre français (ou ici franco-belge) ne se porte pas bien, cela vient peut-être du fait que ceux qui le font sont avant tout des cinéphiles empêtrés dans leurs références (faire des images à la manière d’untel). Du Welz étale des prétentions esthétiques, se rêvant en Gaspar Noé ou Philippe Grandrieux, à la différence que ces deux réalisateurs possèdent eux un univers très personnel.

Alleluia - 01

the Salvation - 01

Un second western était présent dans la sélection officielle, hors compétition et en séance de minuit. Il s’agit du danois ‘The Salvation‘ de Kristian Levring, une énième histoire de vengeance où Mads Mikkelsen (qui a du croiser son frère Lars, également à Cannes pour le superbe ‘When the animals dream‘) joue un impitoyable pas très bon. Si le film se laisse regarder, il n’y a aucune originalité ici. Aucun personnage n’est développé, les acteurs n’ont pas grand chose à exprimer : Eva Green (love, love, love !) est littéralement muette et Eric Cantona semble là par hasard. Film de technicien s’essayant à des travellings et des logiciels pour retoucher l’image et lui donner un aspect de spot de pub. A ce sujet, il faut constater que si les effets spéciaux numériques repoussent toujours plus loin le réalisme (voir le ‘Godzilla’ de Gareth Edwards), les flammes créées par informatique sont toujours aussi moches (même chez quelqu’un comme Cronenberg !).

the Salvation - casting Cannes

Deux jours, une nuit - 01

Les frères Dardenne étaient à nouveau présents en compétition avec ‘Deux jours, une nuit‘. Leur cinéma n’a pas changé. Leur façon de filmer et de voir le monde non plus. Mais leur histoire et leurs personnages sont toujours à l’écoute du monde. On ne peut qu’être sensible à leur représentation sur les grands écrans de la violence du monde du travail. Ne pas laisser ces réalités dans l’ombre et le silence. Ils ont cette fois fait appel à une star internationale, Marion Cotillard, qui confirme une fois de plus qu’elle est capable de tout jouer, de se glisser dans des rôles très différents et d’être émouvante quand son travail ne verse pas dans la performance ou la démonstration.

FOXCATCHER

Puisqu’on parle de performance d’acteur, impossible de passer à côté de celle de Steve Carell dans ‘Foxcatcher‘ de Bennett Miller (compétition). L’acteur star de la comédie US prouve ici qu’il a fait du chemin depuis le cultissime ’40 ans, toujours puceau’, et peut sans problème s’attaquer au drame. Il joue l’héritier d’une des plus riches familles américaines, qui rêve de s’inventer une autre vie. Les années ’80 sont les années Reagan. Puisque l’argent peut tout acheter, les choses comme les hommes, il s’improvise coach de l’équipe nationale de lutte qu’il va financer afin de remporter les Jeux Olympiques. Pour ce rôle, Carell a eu recourt à une prothèse pour le nez qui donne à son personnage l’apparence d’un rapace observant froidement son environnement. Homme glaçant, imprévisible. Face à lui Channing Tatum et Mark Ruffalo interprètent deux frères consacrant leur vie au sport et qui croisent la route de ce milliardaire étrange. ‘Foxcatcher‘ est tiré d’une histoire vraie.

Adieu au langage - 01

Avec ‘Adieu au langage‘ le père Jean-Luc Godard amenait le cinéma expérimental sur la Croisette. Art du montage assez impressionnant qu’on lui connait, mélangeant images numériques basse et haute définition, textes, citations, Beethoven, extraits de films classiques, d’archives historiques ou de vidéos personnelles (avec le chien de JLG en guest star), la nouveauté ici est l’utilisation du relief 3D. Et Godard s’en donne à coeur joie, s’amusant à repousser les limites de cette technologie, il use et abuse de l’effet de jaillissement, allant même jusqu’à superposer deux images 3D, ce qui est terriblement inconfortable pour les yeux ! En bon provocateur, Godard nous offre même quelques « prouts » en Dolby stéréo lorsqu’un homme discute avec sa femme depuis les toilettes ! Mais c’est bien connu, les meilleures blagues sont les plus courtes, et ce qui était amusant pendant les 15 ou 20 premières minutes finit par franchement fatiguer sur 1h20. Plus qu’au langage, ce cut-up est un adieu au sens qui s’épuise en longueur.

Lost River - 01

L’acteur Ryan Gosling passe à la réalisation avec ‘Lost River‘ (Un Certain Regard). Il signe un film clairement sous influence, partagé entre son réalisateur de ‘Drive’ et ‘Only God Forgives’ Nicolas Winding Refn et aussi, beaucoup, David Lynch. Des plans documentaires présentant des rues envahies par la nature, où les maisons tombent en ruine, sont suivis de scènes nocturnes saturées de bleus et de rouges. L’histoire commence avec une famille monoparentale (une mère serveuse, un adolescent récupérant du cuivre dans les décombres et son petit frère de 2-3 ans) habitant une maison dans un quartier à l’abandon d’une grande ville détruite par les banques. Puis le scénario part dans plusieurs directions, sans en choisir clairement une. Etat des lieux d’une Amérique en faillite ? Conte fantastique ? Remake maladroit de ‘Blue Velvet’ ? 1h45 qui ressemble à une longue et interminable exposition, où l’on se demande quand le film va enfin décoller, commencer à raconter quelque chose, proposer des enjeux. Pour une fois on zappera le dernier quart d’heure (d’autres obligations). Dommage car ‘Lost River‘ possèdait un beau casting, avec notamment Saoirse RonanEva Mendes et Barbara Steele, LA Barbara Steele dans le (petit) rôle d’une grand-mère (forcément un peu gothique, un peu sorcière) mutique, repliée dans ses souvenirs.

P'tit Quinquin - affiche

Mais pour terminer ce tour de Cannes 2014, on a gardé le meilleur pour la fin avec un second et nouveau coup de coeur personnel, découvert à la Quinzaine des Réalisateurs. Il s’agit du génial ‘P’tit Quinquin‘ de Bruno Dumont. Mini-série tv exemplaire de 3h20 (en quatre parties, pour Arte), c’est à la fois un policier violent et une comédie hilarante ! ‘Ptit Quinquin‘ c’est ‘Twin Peaks’ chez les Ch’tis, avec des personnages parlant une langue et avec un accent parfois incompréhensibles et totalement addictifs. Des crimes horribles sont perpétrés autour d’un petit village côtier à quelques kilomètres de Boulogne. Des morceaux de corps humains sont en effet retrouvés dans… le cul d’une vache !!! Et l’histoire nous est racontée à travers les yeux de Quinquin, p’tite canaille de 12 ans et l’amoureux d’Eve, qui sillonne la campagne avec ses copains sur leurs vélos.  Les gamins vont croiser la route d’un inspecteur de service et de Carpentier (Carpenter ?) son fidèle lieutenant, deux officiers de Gendarmerie particulièrement loufoques et incompétents bien que conscients d’être au « coeur du mal » (à ce sujet, il serait intéressant de faire une analyse comparative de l’idée du « mal » dans les oeuvres de Lynch, Carpenter et Dumont où le « mal » est une force destructrice nichée au coeur de la société, au sein de la famille). Ces deux personnages incarnent l’humour de cette série burlesque où le rire éclate là où on ne l’attend pas : lors d’une autopsie ou d’un enterrement. L’agent spécial Dale Cooper trouve ici des équivalents français tous aussi excentriques que lui, puisque l’un est bourré de tics et que l’autre est édenté. Détail important à préciser, aucun comédien n’est professionnel. Et pourtant quels comédiens (avec la participation de Ch’ti-derman) ! De quoi foutre la honte à pas mal de comiques français surpayés. Il y a incontestablement du Sergio Leone chez Bruno Dumont, dans sa manière de filmer des visages en gros plan au format scope avec un vaste paysage en arrière-plan, et dans son goût pour les visages authentiques. Car ‘P’tit Quinquin‘ est un festival de « gueules » comme on n’en voit plus beaucoup dans le cinéma mondial. Le réalisateur crée de l’espace pour des visages et des corps différents, avec la part d’amusement ou d’étrangeté qu’ils peuvent susciter mais sans aucun mépris, car il fait de ces non-acteurs des héros porteurs d’une vérité et pas juste des curiosités. Bruno Dumont est un cinéaste pas toujours facile d’accès. En abordant la série tv, il signe son oeuvre la plus accessible tout en étant personnelle. Il n’y a qu’à voir la scène finale, pleine de tendresse, d’humanité pour ses personnages et ses acteurs, mais aussi constat terrible sur… Mais chut, n’en disons pas plus.

C’était tout ça et plus Cannes 2014.

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Conférence de presse avec Monica Bellucci

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Troma ! Troma ! Troma !

Troma ! Troma ! Troma !

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