Publié par : nico nsb | octobre 17, 2014

Les 20 ans de l’Etrange Festival

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L’Etrange Festival fêtait ses 20 ans d’activités début septembre (du 4 au 14). Deux décennies au cours desquelles cette manifestation parisienne a su s’imposer et devenir incontournable, même pour des provinciaux, par sa qualité d’accueil, la richesse de ses choix de programmation et son ouverture sur des formes de cinéma pas comme les autres, qui ne rentrent pas dans des cases toutes prêtes. Au fil des années, une sorte de pèlerinage personnel s’est installé de lui même sur le calendrier, que l’on s’impose avec plaisir selon les moyens financiers et la disponibilité, collectionnant précieusement le petit programme au format poche. A l’Etrange Festival, il n’y a pas de mauvais films. Il y en a pour tous les goûts, à chacun ensuite d’y trouver son bonheur selon son humeur et sa sensibilité. Voici donc un petit aperçu subjectif.

Open Windows - 01

     Dix jours de festival, c’est une quantité incroyable de longs et courts métrages à découvrir ou revoir, et quand on n’est pas sur Paris on doit nécessairement se limiter à une poignée de jours, voire un gros weekend. Le public du festival est composé de cinéphiles/cinéphages, d’artistes venus en toute discrétion (tiens Gaspar Noé là-devant), de gens curieux, de tous âges, des spectateurs respectueux (pas de téléphones qui sonnent pendant les films). Dans les files d’attente, on patiente tranquillement. Certains discutent ou lisent des livres, d’autres découvrent ce qu’est devenu Mad Movies (beaucoup de blanc, même nombre de pages mais moins de texte, aucun nouveau rédacteur/rédactrice, plus cher… et une arrogance désagréable envers la concurrence ; c’est triste à dire mais on sent que Mad n’est plus aussi indispensable, contrairement à l’Ecran Fantastique, et Metaluna nous manque cruellement).

Toute séance débute par le superbe générique de cette manifestation ; mise en bouche appétissante et retrouvailles qui font chaud au coeur. Premier film découvert lors de cette édition 2014, ‘Open Windows‘ de l’Espagnol Nacho Vigalondo, thriller tourné en found-footage vu à partir des différentes fenêtres qui s’ouvrent sur l’écran d’un ordinateur portable. Sorte de ‘Fenêtre sur Cour’ à l’heure des réseaux sociaux. L’histoire raconte l’arrivée d’un fan (Elijah Wood) d’une actrice célèbre (Sasha Grey) à une convention, suite à un concours gagné en ligne avec à la clé une rencontre avec la star qu’il adule. Alors qu’il vient de s’installer dans la chambre d’un grand hôtel qu’on lui a réservé gratuitement, il suit la conférence de presse retransmise en ligne, en attendant le dîner en tête à tête qui va suivre, lorsqu’un type se connecte à son écran et lui annonce que le rendez-vous est annulé… Une machination diabolique vient de s’enclencher. Le film démarre bien, le procédé de mise en scène choisi se révélant efficace (un écran principal, puis panos et zooms sur les différentes fenêtres qui s’ouvrent, simulant des champ/contre-champ comme une réalisation classique). Dans la première partie du moins, car peu à peu le scénario s’emballe : les retournements de situation et « heureuses » coïncidences se multiplient, au dépend de toute vraisemblance. On finit par décrocher. Comme souvent dans le found-footage, il n’y a jamais de rupture de point de vue (pas de rupture de réseau, batteries des caméras/téléphones portables longues durée ? nous sommes bien dans de la SF…), sinon plus de film. Ca aurait pu fonctionner pour un court ou moyen métrage. Et si Elijah Wood reste convainquant, Sasha Grey montre malheureusement ses limites en tant qu’actrice dramatique.

Open Windows - 02

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Il est difficile d'etre un dieu - 01

     ‘Il est difficile d’être un dieu‘ de Alexeï Guerman était annoncé comme un événement à plus d’un titre : une durée de pratiquement 3h, tournage en noir et blanc entamé depuis plus de dix ans, réalisé par l’un des plus grands metteurs en scène russes adaptant un grand classique de la science-fiction de son pays, décès en cours de tournage du réalisateur et du chef opérateur… Le mot chef-d’oeuvre fut lancé lors de la présentation du film, le comparant aux oeuvres de Tarkovski, Kubrick et Jodorowsky. Tout cela est peut-être vrai, mais ce film nous a profondément fatigué. Certains films exigent un certain effort (tenir 2h pour celui-ci, c’est déjà pas mal), parfois des clés sont nécessaires pour décrypter un univers, mais sans connaitre ce réalisateur ni être versé dans la culture russe, il est difficile d’être un… spectateur convaincu malgré les meilleures intentions et l’envie de découverte. Si l’histoire nous reste particulièrement incompréhensible, on reconnaîtra par contre le gros travail technique sur les décors et l’image. Le film nous plonge dans une ville (située sur une autre planète, annonce une voix off) du Moyen-Age noyée dans une humidité permanente, où les personnages pataugent dans la boue, la pluie, la brume, et les excréments de toute sorte. La caméra colle au plus près les acteurs, certains figurants bousculant légèrement ou fixant directement l’objectif (personnage ?). Le spectateur est donc immergé dans cet univers particulier, sans avoir recours au relief 3D. Des images d’une grande puissance donc. Mais c’est tout ce qu’on en retiendra personnellement.

Moebius -film- poster coréen

Moebius -film- 01

     C’est à l’Etrange Festival (et au FrightFest de Londres) qu’on avait découvert, il y a quelques années déjà, le Coréen Kim Ki-duk. Cinéaste intransigeant, tourmenté, chacun de ses films (‘L’Ile’, ‘The Coast Guard’, ‘Printemps, été…’ entre autres) est un électrochoc traumatisant infligé à son pays. Il était de retour cette année avec ‘Moebius‘, drame intense et dérangeant sur une famille qui explose. Une femme découvre l’adultère de son mari, essaie de lui trancher le sexe, n’y parvenant pas elle mutile finalement leur fils ! Bonne nouvelle, Kim Ki-duk n’a rien perdu de sa colère, de sa rage légendaire. Qu’il filme un couple ou une famille en crise, à chaque fois le regard qu’il porte sur la société coréenne est violent et douloureux. Cette fois c’est au machisme et à la sacro-sainte virilité qu’il s’en prend : que reste-t-il d’un homme sans son pénis ? Comment assumer sa place dans la vie, dans la famille et le couple, comment éprouver du plaisir ? A la fois drame oedipien et petit traité de sado-masochisme (« fais-moi du bien, fais-moi mal »), ‘Moebius‘ peut également se voir comme une adaptation libre de l’histoire japonaise de Abe Sada, déjà portée à l’écran par Nagisa Oshima ou Noboru Tanaka. Pour le réalisateur, toute la violence entre les parents, et que subissent les enfants, ne peut trouver d’issue qu’après un flot de larmes et de sang. Une image forte revient à plusieurs reprise, symbole du conflit qui habite ce film et toute l’oeuvre du cinéaste, celle d’un poignard tranchant caché sous la tête d’un Bouddha. Le salut est au bout d’un long chemin de croix. Il paraît que Kim Ki-duk a rencontré des problèmes pour sortir son film en Corée, avant d’être soutenu par ses pairs. Ce n’est pas nouveau pour lui, car son cinéma est complètement à l’opposé du cinéma commercial coréen (comédies, polars, films d’actions). Petit budget, filmé avec un appareil photo numérique, sans dialogue (tout passe par les regards, les gestes, les cris). A chaque fois le réalisateur s’entoure de comédiens parfaits prêts à s’engager à fond dans son univers torturé. ‘Moebius‘ est donc, tout comme l’était l’auto-portrait ‘Arirang‘, à conseiller en priorité aux spectateurs qui connaissent déjà le travail de Kim Ki-duk.

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Moebius -film- Photo Call Venice

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ENTRACTE. A avaler plusieurs films d’affilé, on en oublierait presque de faire une pause pour un bon repas. Pour déjeuner, une dame du Forum des Images nous avait recommandé un bon petit restaurant japonais (pas un fast food asiatique) situé à deux pas des Halles (niveau accès Pont-Neuf). Excellent conseil, le Midory (49 rue de l’Arbre Sec, 75001) est une très bonne adresse à essayer si vous passez dans le coin. L’endroit n’est pas très grand, donc il vaut mieux y aller après le rush de midi. Quelques habitués y étaient. Derrière son comptoir, le chef prépare des merveilles ! Pour les affamés, il y a un menu à 23€ bien consistant comprenant : une soupe, une salade, puis un plateau de sushis, et enfin un plateau de brochettes. Un régal ! On peut y ajouter un thé vert matcha à 2€. Pour les amateurs, on recommande de faire un saut sur le blog CECJ2 spécialisé dans la critique des restos japonais authentiques en France et ailleurs (le Midory n’est pas encore répertorié). Et puisque le temps sur Paris était magnifique, de belles balades s’imposent. Autre adresse à découvrir, la Musardine, célèbre librairie érotique de Paris. Beaux livres, romans ou BD érotiques, le choix est impressionnant. Dommage que l’accueil laisse franchement à désirer (les « bonjour« , « merci, au revoir » c’est en option ? pas de problème, il y a Amazon, la Fnac… et surtout d’autres petits libraires jeunes et sympas). Mais reprenons nos esprits après ce moment d’égarement entre des pages troublantes, il est temps d’aller se confesser à deux pas de Notre-Dame, dans la chapelle du Metaluna store où un vendeur nous l’a malheureusement confirmé : « Metaluna le mag’, c’est mort. » Ce qu’on appelle « l’esprit Mad« , c’était bien le Metaluna de JP Putters et Rurik Sallé. Fin de l’entracte, reprise de notre programme.

A girl walks alone at night - 01

A girl walks alone at night - 02

     Le comédien Elijah Wood était déjà présent à l’affiche de ‘Open Windows‘. On le retrouve cette fois comme producteur sur ‘A Girl walks home alone at night‘ de l’Iranienne Ana Lily Amirpour. Ce premier long métrage, tourné en noir et blanc, raconte une petite ville (iranienne ?) plongée dans un rêve de l’Amérique des années ’50, à la David Lynch. Une jeune femme voilée ère la nuit dans les rues désertes, à la recherche d’une proie, et elle va croiser le chemin d’un jeune dealer. Pas spécialement emballé par ce film à l’esthétique originale, certes, mais avec un côté branché et ses références chics et pop. S’agit-il d’un jeune talent à suivre ou d’une Sofia Coppola bis ?

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The search for Weng Weng - 01

     Le documentaire est également programmé à l’Etrange Festival. Deux productions étaient cette année consacrées à la mythique Cannon, et on espère pouvoir les découvrir prochainement. Depuis l’Australie nous est parvenu ‘The Search for Weng Weng‘, intéressant portrait en forme d’enquête de cet acteur de très petite taille devenu une icone du cinéma bis en ayant tourné quelques films d’action philippins. Le réalisateur Andrew Leavold, totalement passionné par son sujet, s’est rendu sur place pour essayer de démêler le vrai du faux autour de l’histoire de cet homme de 80 centimètres, rencontrant les derniers membres de la famille, des acteurs, des cinéastes et même Imelda Marcos, la veuve du dictateur, qui avait voulu créer un concurrent du Festival de Cannes à Manille. Si le film souffre d’un manque de moyen dans sa forme, il révèle la part sombre du cinéma d’exploitation avec le triste destin de Weng Weng, comédien et avant tout homme au physique particulier qui fut exploité par des producteurs sans scrupules, comme jadis les freaks dans les fêtes foraines. Finalement, cette enquête lui rend un bel hommage.

Lost Soul_the doomed journey of richard stanleys island of dr moreau

Lost Soul - 02

     Autre documentaire au programme, ‘Lost Soul – the doomed journey of Richard Stanley’s Island of Dr.Moreau‘ raconte comme son titre l’indique le calvaire enduré par le réalisateur Richard Stanley (‘Hardware’, ‘Le souffle du démon’, ‘The Theatre Bizarre’…) sur la préparation et le tournage de son adaptation du roman de H.G. Wells ‘L’Ile du Docteur Moreau‘ (sortie en France en 1997). A l’origine du projet, Stanley va consacrer plusieurs années de sa vie à monter ce film, réussissant à s’attirer le soutien et la participation de Marlon Brando. Les astres lui semblent favorables. Mais des forces invisibles vont tout bousculer. D’un budget initial de série B, le projet gonfle rapidement, d’autres producteurs s’accrochent aux wagons et progressivement mais surement Stanley va perdre le contrôle de son film. Les ennuis s’accumulent (suicide de la fille de Brando, tempête tropicale) et au bout de trois/quatre jours de tournage dans la forêt australienne, Richard Stanley est viré du plateau (avec interdiction de rester sur place sous peine de poursuites judiciaires) et remplacé par un vieux routier du métier, John Frankenheimer. Mais au lieu de rentrer à Los Angeles par le premier avion, Richard Stanley disparaît de la circulation. Pour réapparaître, quelques temps plus tard, caché parmi les figurants du film ! Ce formidable documentaire de David Gregory donne la parole au principal intéressé, ainsi qu’aux producteurs, comédiens, techniciens et figurants qui racontent leur version des faits. Ces témoignages donnent un aperçu très vivant d’un gros tournage virant au cauchemar. Des comédiens sont clairement menacés de disparaître du métier s’ils apportent leur soutien à Stanley, des producteurs le dénigrent ouvertement, des figurants racontent leurs journées à ne rien faire tout en étant grassement payés, tandis que des Aborigènes évoquent l’ignorance et le mépris du nouveau réalisateur pour leurs traditions. L’acteur Val Kilmer, absent à l’écran mais évoqué par plusieurs témoins, apparaît comme quelqu’un de parfaitement odieux.

Lost Soul - 01

Mais les choses tournent franchement au burlesque lorsque Marlon Brando, ayant vite compris la tournure des choses, va user et abuser de son statut de légende vivante du 7e Art, prenant un malin plaisir à rendre fous les producteurs et Frankenheimer en tardant à sortir de sa caravane, puis en apparaissant sur le plateau grimé en vieille geisha et en faisant d’un figurant de petite taille (encore plus petit que Weng Weng) son partenaire de jeu et de bringue favori. Richard Stanley avait-il les épaules assez solides pour diriger un gros budget hollywoodien ? Des puissances obscures s’étaient-elles retournées contre cet adepte de la magie et du vaudou ? En tout cas il n’est pas le premier réalisateur talentueux à subir la violence de ce système où tu te soumets ou tu disparais. Richard Stanley, cheveux longs et chapeau noir, encore marqué par cette expérience, était là pour présenter ce documentaire anti-langue de bois, accompagné de David Gregory et son monteur Douglas Buck (oui, le Douglas Buck de ‘Family Portraits’). A la fin de la projection ils se sont entretenus avec le public, dans la salle, puis autour d’une table dans le hall du Forum des Images où ils dédicaçaient l’affiche de ‘Lost Soul‘. Ainsi nous avons pu discuter quelques minutes en tête à tête avec Stanley, homme très sympathique et à l’écoute, à propos de la région de Montségur dans l’Ariège où il vit depuis quelques années (on confirme, c’est une belle région romantique pleine de légendes et de mystères), de bonne bouffe et de magie, de l’histoire des Cathares et d’un film à faire sur le sujet, de la BD ‘L’Incal’ de Moebius et Jodorowsky, du Judge Dredd, des artworks créés pour ‘L’Ile du Docteur Moreau’ dont il détient les droits (un livre à éditer ?)… De son côté, David Gregory nous a annoncé qu’une sortie blu-ray était prévue pour son documentaire.

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Richard Stanley et son chapeau entre David Gregory et Douglas Buck

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Tokyo Tribe - affiche

     Du Japon, on connait plus les films que les musiques qui y sont produites. Pour vérifier, on peut se livrer à un petit jeu et essayer de citer quelques noms. Dans les guitares il y a Boris et Keiji Haino. Pour les machines hurlantes il y a Merzbow. Et aux platines on connait le vétéran DJ Krush, le collectif Hifana et un ou deux autres. Et justement, c’est de culture hip-hop qu’il s’agit dans le ‘Tokyo Tribe‘ de Sono Sion, réalisateur chouchou de l’Etrange Festival. Le président de la manifestation, Frédéric Temps, annonçait une véritable bombe atomique et il avait entièrement raison. La grande salle 500 était pleine à craquer ce samedi soir et le son énorme ! Le film débute par un plan séquence magistral. Un jeune MC nous présente son quartier (les bas fonds d’un Tokyo dévasté) tandis que la caméra l’accompagne et qu’une grand-mère officie aux platines. Adaptation d’un manga, ‘Tokyo Tribe’ est à la fois un film musical et un film d’action racontant une guerre des gangs. Les familiers du réalisateur savent qu’on peut tout attendre de lui, il est aussi imprévisible que son confrère Takashi Miike (dont un des derniers films était projeté au même moment dans une autre salle ; aaah ! choix douloureux). ‘Tokyo Tribe‘ est ainsi très différent des récents ‘Guilty of Romance’ ou ‘Land of Hope’. C’est une explosion d’énergie, une célébration de la jeunesse et de sa soif de liberté, un cinéma généreux (gros travail sur les décors, les costumes, les lumières), avec des scènes de baston impressionnantes, de la comédie délirante et encore une fois une bande son ultra-puissante qui prouve que les artistes japonais savent s’emparer des ondes venues d’ailleurs pour mieux les réinventer. L’apocalypse selon saint Sono Sion est une grande fête qui fera du bruit, à grand coup de rap et de scratch.

Un festival qui s’achève sur un coup de coeur est le signe d’une grande édition, laissant les festivaliers épuisés mais heureux.

(Photos iPhone : Nicolas NSB)

http://www.etrangefestival.com

Tokyo Tribe - 01

Tokyo Tribe - 02

Tokyo Tribe - 03


Responses

  1. super article et superbes expériences🙂
    ça m’a donné envie de découvrir le sasha grey et le tokyo tribe
    bon week end

    • Salut Jeannot, oui le Tokyo Tribe je te le recommande chaudement, mais avec un gros son pour vraiment l’apprécier. A très vite.


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