Publié par : nico nsb | mai 27, 2015

Cannes 2015 : suite et fin

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La fatigue est bel et bien là. Retour sur quelques derniers films rattrapés.

Cannes 2015 - Carol-01

Carol‘ de Todd Haynes raconte la passion entre deux femmes d’âge et de milieu social différent dans l’Amérique des années 1950. Le conformisme généralisé de l’après-guerre ne consistait pas seulement à faire la chasse aux communistes, mais concernait également les « bonnes moeurs ». ‘Carol’ est une reconstitution d’époque somptueuse et très glamour avec sa lumière douce, ses costumes, ses coiffures, ses reflets, les regards. C’est aussi et surtout la rencontre de deux immenses actrices : Rooney Mara et Cate Blanchett. La force du film repose dans sa première partie détaillant la séduction qui s’installe progressivement entre les deux personnages, l’une parfaite épouse bourgeoise au foyer, l’autre petite vendeuse dans un grand magasin. Les yeux, les mots et les gestes prennent leur temps, entre l’indécision du trouble et la menace du regard des autres. Jusqu’à ce que le désir éclate enfin. Le réalisateur filme magnifiquement cette longue montée de la passion amoureuse. Dommage que la seconde partie perde toute intensité pour rester un bon mélo, mais assez classique. Quoi qu’il en soit, ‘Carol‘ est le genre de film qui se distingue par la qualité de son interprétation et si un prix devait être décerné, il doit logiquement être partagé (il ne s’agit pas d’un one-woman show, mais d’un travail à deux pour construire des personnages) entre ces deux comédiennes d’exception.

Cannes 2015 - Mountains May Depart-affiche

Autre histoire d’amour, ‘Mountains May Depart‘ du Chinois Jia Zhang-ke s’étend sur trois époques (1999, 2014 et 2025), filmées avec trois formats d’images différents, suivant le destin de trois amis plein de rêves au départ. Le film débute avec un groupe de jeunes gens (dont les trois personnages principaux) dansant sur le ‘Go West’ des Pet Shop Boys. Deux gars et une fille, à un moment il y a des rivalités et des ruptures. Chaque destin parle de la modernisation accélérée de la Chine, et de ce que l’on perd en chemin : les rêves changés en amertume, la famille, la langue et la culture au profit du dollar. L’actrice Zhao Tao y est remarquable.

Cannes 2015 - Mountains May Depart-01

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Cannes 2015 - Tale of Tales-affiche

Le fantastique est rarement présent dans la compétition, mais cette année il y avait ‘The Tale of Tales‘ de Matteo Garrone. Production italienne (tournée en anglais) conséquente et au casting international (Salma Hayek, John C.Reilly, Vincent Cassel, Toby Jones), ce conte se divise en fait en trois : une reine et un roi désespèrent d’avoir un enfant. Ils font appel à un magicien qui leur demande de tuer un monstre marin, de faire cuire son coeur par une vierge et de le manger… L’histoire raconte ensuite laborieusement trois parcours parallèles, et qui se répondent plus ou moins. Si les décors, les costumes et la lumière sont superbes, si certaines scènes n’hésitent pas à s’approcher du gore, il y a de gros problèmes de rythme. Tout cela est très mécanique, peu d’émotion malgré d’excellents acteurs, pas d’âme. Et surtout, ‘The Tale of Tales‘ ne fait que coller à son scénario sans jamais transcender son histoire ni la fonction des contes. Le genre de projet qui méritait un Fellini, un Jodorowsky ou un Terry Gilliam capable d’y injecter de la folie poétique. Grosse déception.

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Cannes 2015 - Tale of Tales-02

Cannes 2015 - Chronic-01

Chronic‘ de Michel Franco suit un infirmier (Tim Roth) accompagnant des malades en fin de vie. Film sec, les scènes de soins sont filmées en plans séquences mettant en valeur la précision des gestes, comme une chorégraphie. Si le personnage principal sait établir un rapport humain avec chaque patient, il cache cependant une part d’ombre. Sa proximité avec les malades est parfois ambiguë. Il n’exprime pas ses émotions. En fait il porte en lui un drame qui nous est raconté par petits bouts et le film prend alors l’allure d’un thriller. Est-il un homme attentionné ou bien un psychopathe, voire les deux à la fois ? Film sans artifices, parfois étouffant, remarquable, mais le scénario a tendance à un peu trop forcer sur la noirceur.

Cannes 2015 - Macbeth-02

Enfin un dernier pour la route, avec l’intense ‘Macbeth‘ de Justin Kurzel. Cette adaptation du texte de Shakespeare succède à de nombreuses autres, dont les versions d’Orson Welles (1948) et de Roman Polanski (1971). Le Festival de Cannes 2015 s’ouvrait dans le bruit et la fureur des sables brûlants de ‘Mad Max : Fury Road’, il s’achève sur les terres brumeuses d’Ecosse. Une terre boueuse et gorgée de sang, parcourue par les fantômes et les sorcières, où les mortels s’entretuent, victimes de leurs ambitions ou d’une malédiction. L’affiche est prestigieuse : Michael Fassbender et Marion Cotillard donnent corps à la noirceur sanguinaire du couple Macbeth destiné à s’emparer du pouvoir, mais sans avoir de descendance. S’agit-il d’une bonne adaptation ? Pour répondre à cette question il vaut mieux connaitre le texte original, et revoir les films précédents. Toujours est-il que la barre est placée haut et que l’interprétation est sans faille. Cette nouvelle version reprend la violence réaliste d’un ‘Braveheart’ et la plonge dans le brouillard des Highlands, la grisaille épaisse se chargeant vite de rouge et de cris.

Stills from the film 'Macbeth' 2014.  Directed by Justin Kurzel, DoP Adam Arkapaw. Produced by Iain Canning, Laura Hastings-Smith & Emile Sherman Unit stills Photography by Jonathan Olley Shoot-Day/12

Lady Macbeth (Marion Cotillard)

Bilan. Si de l’avis général des festivaliers (spectateurs comme journalistes) cette édition 2015, toutes sections confondues, manquait de grands films exceptionnels, le niveau est bien sûr très haut. Beaucoup de films qui méritent de sortir dans toutes les salles pour rencontrer leur public, et où souvent les actrices obtiennent les rôles les plus intéressants. Il y a le palmarès du jury, et il y aussi celui de chaque spectateur. Sélection personnelle des films vus : ‘Sicario‘ et ‘Mad Max : Fury Road‘, mais aussi ‘An‘, ‘Combat sans Code d’Honneur‘, ‘A perfect Day‘, ‘Dope‘, et ‘Mountains may depart’. Deux rendez-vous manqués à rattraper un jour ou l’autre : ‘Love‘ de Gaspar Noé et ‘Yakuza Apocalypse‘ de Takashi Miike.

(photos iphone : Nicolas NSB)

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