Publié par : nico nsb | février 23, 2016

BD : le retour de Druuna

BD - Druuna-12

Dans l’actualité bande-dessinée de ce début d’année, impossible de faire l’impasse sur la réédition tant attendue de la série »DRUUNA » de Paolo Eleuteri Serpieri. Pour rappel, il s’agit d’une histoire de science-fiction à forte charge érotique créée en 1985, dessinée et scénarisée par un grand nom de la BD italienne pour adultes. Huit tomes étaient parus en France, entre 1986 et 2004, chez l’éditeur Bagheera.

L’histoire : Dans une mystérieuse cité délabrée, après une apocalypse dont on ne sait rien, des humains essaient de survivre alors qu’un mal terrible se répand dans les rues. Un virus contamine les corps, provoquant d’épouvantables mutations qui transforment les malades en créatures monstrueuses, tas de chairs et de tentacules assoiffés de sang. Une milice armée fait régner un semblant d’ordre, tandis qu’on distribue un sérum pour prévenir l’épidémie. Dans ce monde de violence et d’horreur, Druuna, jeune femme à la beauté époustouflante, cherche à tout prix des doses de médicament pour soigner son amant…

BD - Druuna-T1 -2016

C’est aux éditions Glénat que l’on doit cette réédition 2016 en France. Deux épisodes sont regroupés par volume, enrichi d’un cahier de dessins inédits, à raison d’une parution tous les trois mois. Ce premier album comprend ‘Morbus Gravis‘ et ‘Delta‘ (autrefois titré ‘Druuna-Morbus Gravis 2’). On constate que les planches ont des tons légèrement plus chauds que les anciennes éditions. Mais surtout, c’est la traduction et le lettrage des textes qui ont été revus et améliorés (par Aurore Schmid), rendant les dialogues bien plus naturels, cohérents et intelligibles. En fin de volume donc, on trouve un cahier bonus de 15 pages proposant une sélection de couvertures originales, dessins rares, croquis et pages en noir et blanc. Du très bon travail ! Les possesseurs des précédentes éditions (conservées précieusement) ont tout à gagner à repasser à la caisse, tandis que les nouveaux lecteurs découvriront cette bédé dans de bonnes conditions.

Lorsqu’on découvre pour la première fois cette BD, c’est le style hyper-réaliste de Serpieri qui saute aux yeux. Maîtrise remarquable des proportions et des volumes, et soucis du détail que l’on trouve aussi bien dans la représentation du corps humain que dans les paysages, costumes et accessoires (le dessinateur a étudié la peinture et l’architecture à Rome). Mais Serpieri se distingue surtout dans le dessin de son héroïne, toute en courbes affolantes, avec une nette prédilection pour les fesses (et quelles fesses !). Druuna n’est pas très grande de taille, c’est une belle brune à la poitrine ferme et généreuse, aux hanches larges et au derrière rebondi. Un vrai fantasme masculin qui s’assume ! Mais les lectrices apprécieront les compagnons de la belle, pour leur physique avantageux et leur grande virilité. Dans un récent entretien pour Télérama (lire ici), Paolo Serpieri raconte s’être inspiré d’une jolie Brésilienne sortant de l’eau qu’il avait croisé sur une plage. Une conception de la femme très italienne (Fellini n’est pas loin), méditerranéenne même, en tout cas loin des femmes grandes et sans formes de la mode et des médias.

Au fil des épisodes, Druuna, telle Ripley dans la saga « Alien », devient l’héroïne d’une aventure spatiale qui l’entraîne aux confins de l’univers. Aventures qui se déroulent cependant principalement dans des intérieurs. La jolie brune erre de salles en couloirs, entre réalité et cauchemars. Son destin semble être de parcourir un labyrinthe sans fin, brouillant les repères spatio-temporels. Parcours vertigineux entre quête de soi (la mémoire fait défaut), pulsions sexuelles incontrôlables et horreur organique. Si Paolo Serpieri aime son personnage principal, il prend cependant un malin plaisir à le maltraiter en de nombreuses occasions. Pour Druuna le sexe est beau et naturel (magnifique scène sur une plage ensoleillée où elle fait l’amour avec Schastar, l’homme qu’elle aime), sans aucune trace de péché. S’il y a de la perversion, elle vient des hommes, de la civilisation corrompue. Et le monde fou dans lequel elle évolue est justement contaminé par le mal. Logiquement un corps aussi jeune, sain et désirable fait-il la convoitise de toutes les brutes qu’elle croise. Héroïne sadienne Druuna se retrouve attachée, fouettée, livrée à des mains calleuses qui fouillent tous ses orifices, pénétrée sauvagement, mais elle finit toujours par se redresser, vidée mais victorieuse, comblée, épanouie à côté de corps épuisés. La représentation du sexe, consenti ou non, devient de plus en plus explicite au fil des pages, sans jamais tomber cependant dans une pornographie paresseuse. L’imagination reste privilégiée, aux lecteurs de combler l’espace entre les cases.

« Druuna » ne se contente pas d’être une excellente BD érotique, c’est aussi un titre de science-fiction et d’horreur. Serpieri entraîne ses lecteurs dans différents niveaux de « réalité », invitant à plusieurs niveaux de lecture (il apparaît dans son histoire sous les traits du « doc », à partir du 3e épisode). Rêves, cauchemars, fantasmes, illusions, la mise en abîme accompagne les formes changeantes de la cité-labyrinthe. « Druuna » c’est la Belle et la Bête, c’est ‘The Thing’ de Carpenter (1982) et les premiers films de David Cronenberg avec leurs monstrueuses mutations de la chair, c’est ‘Alien’ (et Giger) enfin pour le mélange de sexe et d’horreur. Le matériau est riche de références cinématographiques et mythologiques, sans jamais être indigeste. On peut y lire également une critique féroce des religions et du patriarcat, une interrogation sur le devenir de l’humanité et la menace d’une technologie trop envahissante. Pas mal pour une « BD de cul ».

En parcourant plus ou moins nue ce labyrinthe aussi bien géographique que mental, Druuna fuit autant le danger qu’elle va à sa rencontre. Pour le plus grand plaisir du premier voyeur : le lecteur.

BD - Paolo Serpieri

BD - Druuna-07

BD - Druuna-08

BD - Druuna-Anima -2016

Pour accompagner la retour de la série « Druuna », un nouveau chapitre est sorti : ‘Anima – Druuna : les origines‘. On y découvre, dans de grandes cases, les aventures d’une blonde amazone vivant dans un eden aux paysages magnifiques. Une nature luxuriante d’un paradis terrestre non souillé par l’homme, mais non dénué de dangers. Car le « mal » rôde et finit par se manifester : sous la forme de créatures repoussantes, d’un mâle bien bâti mais trop brusque dans ses étreintes, ou de prêtres célébrant un culte sacrifiant des jeunes femmes. Récit onirique, sans parole, où Serpieri rend un bel hommage à Moebius et son Arzak (et aussi à la revue Métal Hurlant ?). ‘Anima’ baigne dans les mythologies anciennes, les récits bibliques et la psychanalyse. Anima c’est « le souffle, l’âme » en latin, c’est aussi pour Jung la représentation féminine dans l’imaginaire de l’homme.

L’histoire est écrite comme une plongée dans l’imaginaire. On passe d’un paysage à un autre, les rêves et les visions s’emboîtent, et au détour d’un couloir on croise même un Paolo Serpieri en peintre classique créant une peinture monumentale à la gloire de sa célèbre héroïne et sa silhouette divine. Et au terme de cette rêverie, Druuna finit justement par émerger d’un miroir. Prête pour de nouvelles aventures.

A la fin de ce volume, un cahier d’archives a également été ajouté. On y découvrira des croquis préparatoires pour ‘Anima’, ainsi qu’une histoire inédite de Serpieri datée de 1981.

BD - Druuna-Anima -02

BD - Druuna-Anima -01


Responses

  1. Bel article !
    Ah, les fameuses fesses de Druuna !😉

    • Oui, elles sont rondes, elles sont pleines et en plus elles sont deux ! Bravo Serpieri.
      Ils sont très forts ces Italiens.

      • Tout à fait d’accord !😉


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