Publié par : nico nsb | avril 23, 2016

Le conte est (très) mauvais

La mode étant aux franchises, les suites, remake et prequels se succèdent sur les écrans. Quand le boulot est bien fait, sans cynisme, les spectateurs peuvent découvrir d’honnêtes divertissements. Dans le cas contraire, il y a de quoi sortir de la salle en colère.

Afficher l'image d'origine

Le Chasseur et la Reine des Glaces‘ fait suite au succès du précédent ‘Blanche Neige et le Chasseur‘ (2012), surprise très agréable qui revisitait ce célèbre conte de manière sombre et adulte. Le réalisateur n’était pas un génie, mais un solide artisan venu des films publicitaires et qui empruntait les mêmes traces que Peter Jackson. Un conte de fée pour grandes personnes, avec de la magie mais aussi de la magie noire. Cette suite commence comme un prequel : l’histoire débute plusieurs années avant Blanche Neige. Et là, déjà, les problèmes commencent car cette histoire ne raccorde absolument pas avec le film précédent ! Pas plus l’histoire de la reine Ravenna (elle avait un frère, ici ce n’est plus le cas mais elle a une soeur), que celle du Chasseur (dans le film précédent on nous racontait qu’il fut un ancien guerrier qui changea de vie et se maria, mais sa femme mourut tragiquement pendant son absence, mort dont le frère de Ravenna n’est pas étranger ; et bien ici encore tout est réécrit) ne sont cohérentes avec ‘Blanche Neige et le Chasseur‘ ! Puis on fait un saut dans le temps (le prequel devient une suite), sous le règne de Blanche Neige (qui n’apparaît pas à l’écran). Et les comédiens n’ont pas pris une ride ! Magie du conte, magie du cinéma, ou incompétence des auteurs du film ? Plutôt que d’approfondir un univers déjà mis en place (les origines du miroir, de Ravenna…), on reprend quelques personnages qui n’évolueront pas au cours de l’aventure, pour les exploiter dans une histoire sans enjeux forts. La réalisation n’est pas inspirée, le spécialiste des effets spéciaux et réal’ de seconde équipe de ‘Blanche Neige et le Chasseur’ devient réalisateur à part entière, hors réalisateur c’est un métier. On ne trouve ici aucun souffle épique, aucune ambiance ou point de vue si ce n’est celui d’être moins sombre que le film précédent. Les comédiens sont clairement livrés à eux même. Le budget semble avoir été revu à la baisse comme le suggèrent les costumes un peu kitsch, les décors moins nombreux, moins spectaculaires et moins beaux, de même pour le casting car on trouve beaucoup moins de grands noms sur l’écran. On parle pourtant d’un budget de… 125 millions de dollars !!! Et pour en rajouter, on trouve même du politiquement correct avec la présence d’acteurs « issus de minorités », soit des comédiens noirs dans un conte de fée se déroulant dans une Europe moyenâgeuse… Ou quand de bonnes intentions aboutissent à des impasses stupides. Aucun doute que si une suite il y a, on y trouvera des Chinois (beau marché à conquérir pour Universal).

Afficher l'image d'origine

Toute la richesse du conte de fée, avec ses thématiques comme sa symbolique (lire par exemple Bruno Bettelheim et la ‘Psychanalyse des Contes de Fées’), est évacuée. Ne reste alors qu’une coquille vide, longue et bavarde, ennuyeuse, aux dialogues et à l’humour laborieux. ‘Le Chasseur et la Reine des Glaces‘ aurait pu traiter des rapports familiaux conflictuels (dans ‘Blanche Neige et…’ on avait un sous-texte incestueux entre le reine et son frère), de la soif du pouvoir (on remplace un anneau par un miroir), ou de ce qui se passe après le traditionnel « et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ». Sauf que ce film n’a aucune ambition, il n’a rien à dire et ne raconte rien. On trouve bien plusieurs pistes, mais aucune n’est utilisée. Il s’agit bien de profiter du succès du film précédent.

Afficher l'image d'origine

Lorsque les lumières de la salle se rallument, ne reste alors qu’un terrible sentiment de gâchis. Et de la colère aussi, car les auteurs (producteurs, scénaristes et réalisateur) de cette suite qui ne s’imposait pas tendent à nous faire oublier que Charlize Theron est une bonne actrice, et pas juste l’icône d’un spot publicitaire (« Dior, j’adore ») !

Afficher l'image d'origine

Charlize Theron  est très vénère : « Pourquoi cette m…!!!!!!!!!!!!? »

Pour gagner du temps et éviter de perdre 2h, tout le film est dans cette bande-annonce de 2’38 :


Responses

  1. Bravo pour avoir eu le courage d’y aller après le désastreux premier film.🙂
    Tu me donnes presque envie d’y aller !😀

    • Pour le coup, pas d’accord sur le premier film qui m’avait agréablement surpris en proposant une adaptation originale du conte. Même chose pour la version de Tarsem Singh avec Julia Roberts (2012), dans un genre totalement différent.
      J’aime les réalisateurs qui n’oublient pas la fonction d’un conte… et ses multiples niveaux de lecture. Le conte de fée parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes.

  2. Moi quand j’ai vu la bande annonce (il y a peu) je n’ai pas compris l’origine du film ! D’après ce que tu viens d’écrire cela se confirme.
    Moi le premier j’avais aimé (un bon divertissement sans plus) aussi avec cet aspect plus sombre même si peu d’originalité et de pompage sur d’autres oeuvres (plagiat honteux de Mononoke Hime lors de la scène du cerf).
    Mais ce deuxième opus… pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? Et que dire des acteurs qui se sont laissés emportés par celui-ci. Que de gâchis ! ne me dites pas que des histoires originales n’existent pas.
    J’attendrai le passage télé ou dvd à 1€ pour le voir.

    • Pour ma part, concernant la scène magnifique du cerf, je vois plus un hommage assumé à Miyazaki qu’un plagiat. Cet animal fabuleux représente l’esprit de la forêt et je serais curieux de savoir d’où le maître japonais tient son inspiration (les références à l’Europe et les emprunts culturels sont nombreux dans les productions du Studio Ghibli et on ne leur en fait pas le reproche). En effet dans les arts, et depuis longtemps, on trouve une admiration réciproque et des échanges entre l’Occident et le Japon. C’était le cas par exemple entre Akira Kurosawa et Sergio Leone, Moebius et Miyazaki… et tant d’autres.
      Et donc ici ce cerf symbolique vient-il de contes et légendes du Japon, d’Europe, d’autres pays ? Un peu comme les licornes et les dragons.

      • C’est pas faux mais là c’était quasiment du copié-collé.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :