Publié par : nico nsb | mai 12, 2016

Cannes 2016 : vent et gros nuages, mais c’est parti

Café Society - 01

     Woody Allen est un rendez-vous incontournable. Chaque année il revient avec un nouveau film. Il y a de très bonnes années et des années correctes. ‘Café Society‘, en sélection officielle (hors compétition), est un bon Woody. Kristen Stewart et Jesse Eisenberg forment un très beau couple de cinéma dans la lumière champagne de la Californie des années 1930. On l’oublie trop souvent, ce réalisateur est aussi un homme d’image. Exemple, vers la fin du film, il y a un plan remarquable et assez bref : un fondu enchaîné depuis le visage de Stewart sur celui d’Eisenberg, deux visages traversés par une même mélancolie. Voila un grand réalisateur qui n’a pas perdu son flair : il a choisit ici deux jeunes comédiens américains de talent, malheureusement victimes de bashing sur internet et les réseaux sociaux (un « sport » pour abrutis lâches, incultes, sans talent et sans goût cachés derrière leurs petits écrans). Mais Woody s’en fout : il prend le temps de filmer des visages qui l’intéressent (ah, le sourire de Blake Lively !), il prend le temps de laisser passer une émotion. La vie n’a probablement aucun sens, comme nous le répète ce cinéaste dans chacun de ses films, mais elle mérite d’être vécue, ne serait-ce que pour vivre des expériences comme le cinéma sur un grand écran.

Café Society - 02

Café Society - 03

Rester Vertical - 01

     Avec ‘Rester Vertical‘ (sélection officielle, en compétition), on passe à un tout autre univers. Alain Guiraudie installe sa caméra dans la Lozère. Paysages vastes, magnifiques et sauvages filmés au format scope. Ces lignes et ces courbes horizontales sont traversées par des lignes verticales, les personnages. Il y a Léo, scénariste pas très productif qui débarque dans cette région reculée, qui rencontre Marie, une bergère qui élève des bêtes avec son père et deux enfants. Léo et Marie s’aiment, et un jour ils ont un bébé. Puis tout se dérègle : Marie délaisse leur bébé, Léo s’absente souvent, et les loups refont leur apparition. Si on retrouve bien le style du réalisateur du ‘Roi de l’Evasion‘ et de ‘L’Inconnu du Lac‘, ce nouveau film est cependant un peu moins convaincant. Le réel et l’écoulement du temps sont légèrement bousculés (le couple se rencontre, et la scène suivante leur enfant vient au monde, sans délais) et on effleure parfois le monde magique (il y a une guérisseuse dans une forêt, à la fois psy et chaman), l’humour peut surgir quand on s’y attend le moins, tandis que les personnages sont des égarés (Léo aime Marie, mais il s’intéresse aussi aux hommes, et son scénario n’avance pas) ou confrontés à la solitude et au manque d’affection. Et il y a quelques plans explicites qui font leur petit effet de bon matin à la séance de 8h30, comme ces gros plans sur un sexe de femme (d’abord lors d’une excitation du doigt, puis un plan sur l’accouchement d’un nouveau né), ou un accouplement entre deux hommes. Pas de doute, il ne s’agit pas d’une production Marvel ! Mais il manque un petit quelque chose au film, malgré ou à cause de son titre qui raisonne comme un slogan dans l’air du temps (‘Rester Vertical’ c’est « restez debout ! », sexe et politique donc), et malgré la belle scène de fin où l’homme vient à la rencontre de la bête.

Money Monster - 01

     Régulièrement revient la polémique, à Cannes et ailleurs, sur le manque de réalisatrices dans les différentes sélections. Mais pour les spectateurs l’important reste quand même la qualité d’un film. Et justement l’actrice-réalisatrice Jodie Foster est cette année en sélection officielle-hors compétition avec son thriller ‘Money Monster‘. George Clooney et Julia Roberts incarnent respectivement le présentateur vedette et la productrice d’une émission de télévision sur la finance. Lors d’un direct, un type débarque arme à la main et prend le studio en otage devant des millions de téléspectateurs… On doit reconnaître que ce film à suspense est énergique et sans temps mort. Comme beaucoup d’autres. C’est souvent ce savoir-faire qui sauve en partie bien des mauvais films américains. Car ‘Money Monster’, s’il veut dénoncer les dérives des marchés financiers et de l’économie mondiale, avance sans aucune subtilité ni soucis de vraisemblance dans la situation traitée. Et si le film se rêve en divertissement engagé, c’est pour au final revenir à la normale et célébrer le cirque médiatique : « the show must go on ! »

Money Monster - 02

Money Monster - 03


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