Publié par : nico nsb | mai 15, 2016

Cannes 2016 : ché qui Ma Loute ?

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     Après le succès tant public qu’artistique du ‘P’tit Quinquin‘, Bruno Dumont poursuit dans l’humour burlesque et surréaliste. Toujours ce paysage du Nord filmé en cinémascope, toujours ces gueules incroyables et cet accent parfois incompréhensible. Mais cette fois Dumont s’entoure de comédiens professionnels, des vedettes en plus tels que Fabrice Luchini, Valéria Bruni Tedeschi et Juliette Binoche (qui retrouve Dumont après ‘Camille Claudel, 1915‘) pour les opposer à des comédiens non-professionnels. ‘Ma Loute‘ (sélection officielle et en compétition) se déroule sur la côte, quelque part dans la région Nord-Pas de Calais. Des touristes ont mystérieusement disparu et la police mène l’enquête. Une police pas plus compétente que dans ‘P’tit Quinquin’ et incarnée par un duo à la Laurel et Hardy, soit le commissaire Machin et son adjoint Malfoy. Sacré duo qui va à la rencontre de Ma Loute, l’ainé d’une famille de pêcheurs de moules vivant dans la misère, et de l’autre côté de la baie résident les Van Peteghem, grands bourgeois passant leurs vacances d’été dans leur villa construite tout en haut de la colline. Un point de vue idéal sur la région, peut-être ont-ils observés des faits étranges en lien avec les disparitions.

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Bruno Dumont se distingue ici par son travail avec les stars qu’il emploie. Il s’agit d’y aller à fond, je surjouer dans la gestuelle et le langage. Et il faut bien le dire, c’est un véritable régal ! Luchini, Bruni-Tedesci et Binoche semblent s’être beaucoup amusés. Mais ‘Ma Loute‘ est une comédie tragique, et pendant que les bourgeois s’émerveillent de « la simplicité des petites gens », les paysans du coin ne cachent pas leur amertume, comme Ma Loute, jeune homme conscient de sa condition et qui dégouline de haine. Cette rage prend parfois des allures franchement gores et grand-guignol, jusqu’à sa rencontre avec la jolie Billie qui s’habille en garçon… Le film est un vrai bonheur et séduira les fans du précédent ‘P’tit Quinquin’. Dans un premier temps du moins. Car au cours de ces deux heures, le spectateur ressent un vrai problème de rythme. Les scènes finissent par s’enchaîner mécaniquement, elles deviennent ou trop longues ou répétitives au détriment de l’intrigue. Quelque chose ne fonctionne pas aussi bien que sur le précédent film qui adoptait, il faut le rappeler, la forme d’une mini série télévisée (long métrage chapitrée dans la version cinéma et en scope, diffusée à la Quinzaine des Réalisateurs 2014). ‘Ma Loute’ se perd en chemin et l’humour énorme devient lourd. Dommage car ce film est l’un de ceux qu’on attendait le plus. Dommage aussi car il y a une belle histoire d’amour impossible (doublement impossible en fait) entre ce grand quinquin et Billie.

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     On peut lire un entretien avec le documentariste américain Frederick Wiseman dans la Septième Obsession n°4 (avril-mai, toujours en kiosque). La sélection Cannes Classic lui rend hommage cette année en diffusant son film ‘Hospital‘. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un documentaire tourné dans un grand hôpital new-yorkais, en 1968. Wiseman est venu sur scène présenter ce film, avec Thierry Frémaux, dans un français excellent. Il a raconté avoir tourné en équipe réduite pendant 4 semaines, en noir et blanc super-16 puis gonflé en 35mm ce qui donne un grain d’image fabuleux. 110 heures de rush au total, qui nécessitèrent 8 mois de montage pour arriver à 1h24 de film. ‘Hospital‘ est un film sec, sans commentaire ni musique. C’est du cinéma, pas un reportage télé et la différence est énorme. Le spectateur n’a pas besoin qu’on lui dicte quoi penser, il comprend parfaitement ce que filme la caméra de Wiseman. Petits morceaux d’une Amérique concentrée dans un lieu unique, entre les patients souffrant de la pauvreté, de l’alcool, de la drogue et les équipes médicales et les policiers qui les prennent en charge. Des moments durs, avec parfois un instant où l’on respire et on sourit même. Pas de discours idéologique et manichéen ici. Wiseman filme le réel et s’en remet à la sensibilité et à l’intelligence des spectateurs. La démarche des grands.

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