Publié par : nico nsb | mai 17, 2016

Cannes 2016 : petit tour du monde

Raman Raghav 2.0 - affiche

     On avait découvert le réalisateur indien Anurag Kashyap avec son formidable ‘Gangs of Wasseypur‘ (Quinzaine 2012). Il est de retour cette année, toujours à la Quinzaine des Réalisateurs, avec un polar poisseux : ‘Raman Raghav 2.0‘ (aussi traduit par un vilain ‘Psycho Raman‘). Il s’agit d’une plongée dans la noirceur d’un tueur en série et du flic violent et corrompu lancé à ses trousses. Dans les quartiers sordides de Mumbai, des meurtres atroces s’accumulent, et à mesure que l’enquête avance, un lien étrange se dessine entre les deux hommes… L’Inde possède un cinéma indépendant de plus en plus puissant et ce réalisateur en est le parfait exemple. Anurag Kashyap retrouve devant la caméra Nawazuddin Siddiqui (‘Gangs of Wasseypur’, ‘Miss Lovely’, ‘The Lunchbox’), génial acteur qui préfère composer des personnages complexes plutôt que de jouer les séducteurs comme tous ses confrères enfermés dans l’industrie de Bollywood. Il joue ici le psychopathe Raman, tandis que Vicky Kaushal interprète le flic Raghav derrière des lunettes noires qu’il ne quitte pratiquement jamais. Du cinéma musclé, violent, qui n’oublie pas les rôles féminins et qui ne baisse jamais d’intensité !

Raman Raghav 2.0 - 03

Raman Raghav 2.0 - 01

Hell or High Water - affiche

     Du côté de l’Ouest du Texas flotte un parfum de western. ‘Hell or High Water‘ (Un Certain Regard, titre traduit en français… ‘Comancheria‘ !!!!!?) est lui aussi un policier, réalisé par David Mackenzie, mais il possède tous les codes d’un bon vieux western. Deux frères (interprétés par Chris Pine et Ben Foster), dévalisent des banques de petites villes afin de récupérer la ferme de leur mère. Il y a 150 ans, les blancs ont volé cette terre aux indiens, mais aujourd’hui ce sont les banques qui saisissent tout. La loi du plus fort et du plus vorace n’a pas changé. Mais pour le vieux ranger Marcus (savoureux Jeff Bridges), cette affaire est le moyen de partir à la retraite sur un coup d’éclat… Paysages désolés s’étendant à perte de vue, braquages, fusillades, courses-poursuites, ‘Hell or High Water‘ réserve pas mal d’humour comme les bons mots que s’échangent les deux rangers. Les comédiens sont tous parfaits et alternent entre le tragique et la comédie. Et la musique est signée Nick Cave et Warren Ellis. Très bonne découverte.

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Le BGG-Bon Gros Géant - affiche

     Le Festival de Cannes brasse tous les genres, tous les pays de cinéma, il y en a pour tous les goûts. On trouve même des films pour enfants. Cette année c’est Steven Spielberg qui s’y colle avec son ‘The BFG‘ (pour ‘the Big Friendly Giant’), traduit en français par ‘Le Bon Gros Géant‘. L’histoire d’une petite fille, Sophie, qui une nuit où elle ne dormait pas dans son orphelinat aperçoit dans les rues de Londres une ombre géante… Il est surprenant et regrettable de voir un tel réalisateur prestigieux, croulant sous les projets, consacrer son temps à une oeuvre aussi mineure. ‘Le Bon Gros Géant‘ se révèle vite assez quelconque. Voire même un conte ringard. Son histoire naïve ne touchera peut-être que les jeunes enfants qui se tordront de rire devant les gags (un Spielberg pétomane ! on peut s’en réjouir… ou s’en désoler selon l’humeur), car les adultes vont vite s’y ennuyer. Les trucages numériques sont vraiment moches. Il faut croire que vouloir à tout prix recréer un visage humain de façon réaliste soit une impasse, même pour les plus grands. James Cameron, avec ‘Avatar’, avait prouvé qu’il vaut mieux utiliser la technologie pour donner vie à des créatures différentes, et laisser les acteurs jouer des humains. Même chose avec Peter Jackson et son Gollum aussi émouvant que repoussant. Spielberg reste cependant un réalisateur fabuleux, et il le prouve encore dans ce film avec des tas d’idées de mise en scène, spécialement lorsqu’il filme des comédiens.

Harmonium - 01

     Du côté du Japon, Un Certain Regard a sélectionné ‘Harmonium‘ de Koji Fukada, drame familiale où un père de famille accueille sous son toit un ancien ami afin de l’aider à l’atelier. L’acteur Tadanobu Asano est Yasada, cet étranger qui pénètre dans cette petite maison, faisant connaissance avec la mère, délaissée par son époux, et leur petite fille qui apprend à jouer de l’harmonium. Les exercices quotidiens de l’enfant raisonnent comme le coeur du foyer. Yasada avoue être sorti de prison récemment pour un crime qu’il a commis il y a plusieurs années. Ce qu’il ne dit pas par contre, c’est que le père et lui sont liés à son passé de yakuza. Et un jour un drame survient, la maison devient brusquement silencieuse… La cellule familiale bousculée par l’arrivée d’un élément extérieur, voila un schéma de départ classique ici brillamment mis en scène. Un drame baigné de lumière, mais derrière les apparences on découvre des petits secrets et des non-dits, et les enfants finissent par payer les erreurs de leurs parents. Particulièrement poignant dans un pays qui, malgré la catastrophe de Fukushima, relance le nucléaire.

Mademoiselle - affiche

Mademoiselle - 01

     Du Japon on passe ensuite à la Corée voisine avec le retour de Park Chan-Wook. Son ‘Mademoiselle‘ (sélection officielle, en compétition) nous entraîne dans les années 1930, période où ce pays était sous occupation japonaise. Sookee se fait engager comme servante d’une jeune héritière Japonaise, la fragile Hideko, avec la complicité d’un escroc dans le but de mettre la main sur cette fortune par un mariage. Sookee s’attire peu à peu la confiance de sa maîtresse, tandis que son complice avance ses pions. Mais alors qu’un mariage semble être sur le point de s’arranger, les deux jeunes femmes sont la proie d’une passion inattendue. Mais cette grande demeure recèle bien des secrets qui vont tout bouleverser… Premier coup de coeur personnelle dans la compétition officielle ! Il vaut mieux ne pas trop dévoiler l’intrigue de ‘Mademoiselle‘. Le réalisateur de ‘Old Boy‘ et ‘Lady Vengeance‘ revient en effet en très grande forme avec une histoire de manipulations, un récit sadien et un drame érotique sulfureux. On se régale de la beauté des décors, des lumières, des costumes et du jeu des comédiens. Les scènes d’amour sont assez osées et particulièrement bien filmées. L’intrigue est fidèle à l’univers torturé de Park Chan-Wook et il ne serait pas surprenant de retrouver ce film dans le palmarès.

Mademoiselle - 02

Mademoiselle - 03

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     Et pour finir, pourquoi ne pas revenir plus près de chez nous avec ‘Ces Messieurs Dames‘/’Signore & Signori‘ (1966) de Pietro Germi, véritable bijou de la comédie italienne rediffusé à Cannes Classics dans son superbe noir et blanc restauré. Film choral (avec entre autres Virna Lisi) situé dans une petite ville où l’on fait la connaissance d’un groupe d’amis petits bourgeois lors de leurs soirées animées. Il semble que l’adultère soit une seconde nature chez ses citoyens respectables. Et le réalisateur prend un malin plaisir à faire tomber le voile de l’hypocrisie qui enveloppe cette bonne société. Tout le monde subit son humour corrosif : les bourgeois, les curés, les industriels, les journalistes et les juges ! Une comédie formidable au rythme remarquable à redécouvrir d’urgence.

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