Publié par : nico nsb | mai 20, 2016

Cannes 2016 : des Nicolas et des Stooges

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      Vu la quantité incroyable de titres à découvrir, il est des films que l’on ne remarquerait pas s’il n’y avait un grand nom à l’affiche. ‘Dog Eat Dog‘ est de ceux-là. Nicolas Cage et Willem Dafoe ensemble dans un film à la Quinzaine des Réalisateurs ? C’est à voir absolument ! Et quand en plus c’est réalisé par Paul Schrader (scénariste de ‘Yakuza’, ‘Taxi Driver’, ‘Raging Bull’ et réalisateur de ‘La Féline’ ou ‘Mishima’), on peut s’attendre à un moment fort. Trois lascars (Cage, Dafoe et Christopher Matthew Cook) plus tout jeunes et récemment sortis de prison vivotent de petits coups pour survivre et espérer séduire quelques filles. Mais les temps sont durs et il n’est pas facile de se réadapter à la vie quant on a passé un long moment à l’ombre. Seule solution pour tirer définitivement un trait sur le passé : faire un dernier gros coup. Mais quand la poisse vous colle à la peau… L’histoire sent le déjà vue, la mise en scène est correcte et les acteurs sont parfaits. Petite entrée sympa pour bien commencer la journée.

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     Après Nicolas Cage, un autre Nicolas est présent dans les sélections cannoises. Il s’agit de Nicolas Winding Refn, un nom et une marque déposée (« NWR presents… ») comme Tarantino. L’homme possède des fans inconditionnels, surtout depuis le succès international de ‘Drive‘. Ce n’est pas le cas de l’auteur de ces lignes (à part ‘Only God Forgives‘), autant le préciser. ‘The Neon Demon‘ est l’un des gros films très attendus de ce 69e Festival de Cannes. Et lorsque la grande salle du Théâtre Lumière se plonge dans l’obscurité, c’est pour s’immerger dans les couleurs saturées de ce thriller situé dans le milieu de la mode en Californie. Jesse débarque de son bled paumé pour réussir dans le mannequinat. Trop belle, trop parfaite, trop innocente pour cette jungle impitoyable… On sent que NWR aime le Dario Argento de la période ‘Suspiria’. Lui et sa chef opératrice se sont fait plaisir : les images sont de toute beauté, les couleurs et les cadrages sont un régal visuel. Mais derrière cette performance technique, qu’y a-t-il ? Pas grand chose en fait, la montagne accouche d’une souris, la baudruche se dégonfle toute seule. Les comédiennes et les comédiens assurent leur travail, mais il n’y a pas d’émotion. ‘The Neon Demon‘ ne fait que recenser les lieux communs sur le milieu de la mode et la société du spectacle, emballés dans un beau package. Esthétique publicitaire, ésotérisme pour seuls initiés et film qui prend la pose. Pas de violence dérangeante (tout est hors champ) non plus pour ceux qui attendaient un peu d’horreur. Le soit-disant « fils spirituel de Jodorowsky » ne possède ni le coeur ni la folie de son aîné. Peut-être faudrait-il à NWR une oeuvre de commande, afin de canaliser son talent.

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     De la folie, de la fureur, de la rage et de l’émotion, il y en a plein dans ‘Gimme Danger‘ (sélection officielle, hors compétition) ! Ce documentaire signé Jim Jarmusch raconte l’histoire mouvementée du groupe punk rock les Stooges. Des débuts en 1967 à leur éclatement en 1973. Puis leur résurrection dans les années 2000. Iggy Pop est le principal guide, mais pas le seul, pour raconter l’impact considérable de ce groupe de musiciens minables issus de la région de Detroit sur la scène musicale et toute la contre-culture. « On a tiré un trait sur les années ’60 » résume Iggy. Débuts dans de petites salles, puis premier album, succès, drogues, sauts dans le public depuis la scène (avec quelques dents cassées au passage), rencontre avec le Velvet et Nico, première rencontre avec un certain anglais du nom de David Bowie… Des interviews récentes sont montées avec des images d’archives et des animations, où la musique a évidemment la première place. Du rock furieux qui raisonne à plein volume dans la salle ! ‘Gimme Danger‘, en plus d’être un formidable témoignage sur une petite portion de l’histoire du rock, permet de se réconcilier avec le cinéaste Jim Jarmusch. Documentaire musical (et politique car clairement engagé contre la culture de masse), c’est aussi un portrait de l’inusable Iggy Pop : « Je ne veux pas être indépendant, je ne veux pas être hip hop, je ne veux pas être punk. Je veux juste être moi-même ». Aujourd’hui, papi Iggy a-t-il toujours la rage ? Il conclut le film par un souvenir d’enfance qui répond à cette question. Mais pour connaitre la réponse, il faut voir le film.

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     ‘Risk‘ (Quinzaine des Réalisateurs) est également un documentaire, très politique celui-là puisqu’il raconte les déboires judiciaires rencontrés par Julian Assange et l’équipe de Wikileaks. Pour avoir divulgué au monde entier des dossiers confidentiels, ils subissent l’acharnement des Etats-Unis (la réalisatrice est fichée « antiaméricaine » par ce pays !) et le principal concerné est toujours réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres. La réalisatrice Laura Poitras avait dévoilé l’an dernier un autre documentaire exceptionnel, ‘CitizenFour‘, consacré à Edward Snowden et prenant la forme d’un thriller d’espionnage haletant. ‘Risk‘ est l’enquête d’une militante convaincue et aurait mérité de proposer d’autres points de vue, comme ceux de journalistes engagés eux aussi dans la défense des lanceurs d’alerte. Le sujet est suffisamment complexe et d’importance pour convoquer plusieurs voix. Mais ce film fait souvent mouche en montrant par exemple comment s’installe la paranoïa (justifiée), ou lorsqu’il s’invite dans un salon de technologies de surveillance, nouveaux marchés forts, où des entreprises proposent à la vente du matériel pour espionner n’importe qui n’importe où, aux dictatures comme aux démocraties. Il y a aussi un moment plus léger comme la rencontre surréaliste entre Assange et Lady Gaga. La chanteuse semble complètement à côté de la plaque avec ses questions (« c’est quoi ta couleur préférée »…), mais le soutien des people est nécessaire au combat de Wikileaks et des autres défenseurs de l’information.


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