Publié par : nico nsb | mars 15, 2017

Pulsions irrésistibles et territoires mystérieux

Grave - 01

     Dans un monde hyper connecté et envahi d’informations, il est rafraichissant de rentrer dans une salle de cinéma pour découvrir un film sans trop savoir à quoi s’attendre. Grave‘ est un premier long métrage de Julia Ducournau. Toute la presse cinéma en parle (à lire après avoir vu le film), donnant la parole à cette jeune réalisatrice française à propos de son histoire où il est question d’une jeune fille, Justine, entrant dans une fac pour devenir vétérinaire. Elle quitte le cocon douillet de sa famille pour entrer dans un tout autre monde. Plus une enfant, pas encore une adulte, Justine (un prénom qui ne doit rien au hasard) va connaitre une série d’initiations et de découvertes : bizutage des nouveaux étudiants, soirées alcoolisées, découverte du sexe et… d’autres petites choses pour estomacs solides. ‘Grave‘ parle de la découverte de soi, de l’identité, film sur l’adolescence et la fin de l’innocence. Un genre bien français qui semble être le passage obligé de tout jeune cinéaste issu d’une école de cinéma (« parlez de ce que vous connaissez », ce qui donne dans la majorité des cas des oeuvres nombrilistes bien chiantes). Mais Julia Ducournau s’intéresse plus particulièrement aux pulsions : une énergie qui libère, mais qui peut aussi détruire. Si on ajoute qu’à l’écran le parcours initiatique de Justine s’incarne dans la chair (et pas dans d’interminables scènes de dialogues), les fans du cinéma de David Cronenberg (celui d’avant la reconnaissance par les grands festivals) seront immédiatement conquis ! Un cinéma qui fouille là où ça fait mal, qui se frotte au gore si besoin sans en faire une fin en soi, et qui n’hésite pas à mettre un peu d’humour pour donner de la vie à ses personnages. Un regard corrosif sur un petit monde puritain. Mais pour que la sauce prenne bien, encore faut-il s’entourer de bons comédiens. C’est heureusement le cas avec trois jeunes révélations : Garence Marillier (Justine), Rabah Naït Oufella (Adrien) et Ella Rumpf (Alexia). Ces nouveaux visages marquent tout de suite le spectateur. Et Julia Ducournau, tout en mettant la honte à des réalisateurs français spécialisés dans l’horreur mais sans point de vue sur le monde (les générations Starfix et Mad Movies), se révèle être une cinéaste très douée qu’on va prendre plaisir à suivre. Elle rejoint d’entrée d’autres femmes d’images qui ont du « mordant », qui n’ont pas froid aux yeux telles que Catherine Breillat, Marina De Van (‘Dans ma peau’) ou Claire Denis (‘Trouble Every Day’).

Grave - 02

Grave - 03

Grave - Julia Ducournau

Die versunkene Stadt Z

     Autre exploration de territoires étranges, au sens propre cette fois, avec ‘The Lost City of Z‘. L’histoire vraie, au début du XXe siècle, de l’explorateur anglais Percy Fawcett en quête des mystérieuses cités d’or au coeur de l’Amazonie, qui devint pour lui l’obsession de toute une vie. Combat d’un homme, souffle de l’aventure et soif de la découverte de l’inconnu. Le réalisateur James Gray commence son film par une scène de chasse à courre qui donne tout de suite la mesure de sa virtuosité. Une mise en scène classique au sens noble du terme, qui n’a pas besoin d’effets tape à l’oeil, et sait cadrer des visages ou des paysages réels. Au cinéma, on a aujourd’hui un peu tendance à oublier qu’une caméra peut filmer autre chose qu’un écran vert ou des décors de studio, aussi magnifiques soient-ils. James Gray renoue avec un cinéma d’aventures qui parcourt le monde, dont les modèles seraient par exemple Werner Herzog (‘Aguirre, la colère de dieu’, ‘Fitzcarraldo’, ‘Cobra Verde’), John Boorman (‘La Forêt d’Emeraude’) ou le film mexicain ‘Cabeza de Vaca’ (1991) de Nicolas Echevarria. Les images éclairées par Darius Khondji montrent une nature luxuriante vécue comme un enfer par l’homme blanc, alors que pour les populations indiennes elle est une richesse inestimable qu’ils ont appris à respecter. C’est ce que finit par comprendre le personnage principal qu’interprète avec force Charlie Hunnam, accompagné par un excellent et méconnaissable Robert Pattinson. Le casting affiche également Sienna Miller, le jeune Tom Holland, Ian « Palpatine » McDiarmid et même Franco Nero dans un petit rôle. Au fil des différents voyages qu’entreprend Fawcett, on assiste à la modification de ses motivations : après la fièvre de l’or, c’est le désir de découvrir des civilisations disparues, la quête des origines de l’humanité plutôt que l’appât du gain. Ce que montre bien le film, c’est que la véritable couleur de la richesse n’est pas l’or mais le vert. En cours d’histoire, l’action se déplace de l’Angleterre vers l’Amérique du Sud, pour faire un détour par la France en 1916 lors de la Bataille de la Somme. Les panoramiques montrent une terre dévastée, sans arbres ni plantes (le bois sert à consolider les tranchées), mais avec des barbelés et des cadavres partout. La cité perdue de Z apparait alors comme étant ce lien sacré et oublié qui unissait les hommes et la nature.

Die versunkene Stadt Z

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Lost City of Z - affiche

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