Publié par : nico nsb | avril 4, 2017

Où est passé le Ghost in the Shell ?

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     Tous les spectateurs peuvent le constater : la nouvelle adaptation de ‘Ghost in the Shell‘ ne restera pas dans les mémoires. C’était malheureusement un peu prévisible en lisant les propos du réalisateur Rupert Sanders : « Notre intention n’a jamais été de faire du film un spectacle provocateur et érotique ! » (in l’Ecran Fantastique n°384 de mars 2017). Ainsi donc, tout ce qui faisait la particularité de l’anime de Mamoru Oshii en 1995 (adaptant le manga de Masamune Shirow sur un ton sombre et adulte) est gommé ou aseptisé dans cette relecture hollywoodienne. Le film de Sanders est pratiquement une copie au plan près du film d’animation japonais reprenant des scènes, le ton grave, les décors, le basset affectueux aux longues oreilles tombantes, allant même piocher quelques idées dans la suite ‘Ghost in the Shell 2 : Innocence‘ (les robots-Geishas).

GHOST IN THE SHELL

GHOST IN THE SHELL

On sent la volonté de bien faire les choses (la double identité Mira Killian/Motoko Kusanagi de l’héroïne aux traits d’occidentale, Takeshi Kitano parlant japonais), rendant même hommage au cinéma d’Oshii avec un clin d’oeil discret (vers la fin, la résidence où se rend le Major s’appelle Avalon). Mais c’est le fond qui manque. Toute la dimension philosophique est absente. L’anime proposait une réflexion sur la place de l’humain dans un monde où la technologie est omniprésente. Une démarche volontairement exigeante de la part de Mamoru Oshii qui ne prenait pas le spectateur pour un demeuré, même s’il n’a jamais étudié Descartes. A la place on se retrouve avec une intrigue simplifiée et des dialogues insistants, histoire que le grand public ne soit pas largué en route.

Ghost in the Shell -2017-01

Dans le film de 2017, le personnage qu’interprète Scarlett Johansson, au jeu tout en froncement de sourcils (sur le mode « où sont les clés de la bagnole ? »), semble subir les évènements, alors que le personnage de l’anime était une jeune femme forte, intransigeante voire même glaçante par moment. Elle donnait parfois l’impression de n’être plus vraiment humaine, de venir d’un autre monde. Une froideur contrebalancée par une silhouette aux formes très féminines. Mamoru Oshii parvenait à trouver un équilibre difficile car Kusanagi, malgré sa dureté, n’apparaissait jamais antipathique ; le spectateur s’impliquait jusqu’au bout dans le destin tragique de Motoko, particulièrement lorsque la situation lui échappe et qu’elle éprouve des sentiments humains. Ce trouble et cette complexité, on les a perdu à Hollywood. L’animisme japonais semble un peu trop exotique et dérangeant pour les producteurs américains.

ghost-in-the-shell-2017-tournage

Ca devient une habitude, les bande-annonces ont tendance à montrer beaucoup trop d’informations. Ainsi dans celle de ce ‘Ghost in the Shell’, on apercevait le chanteur-producteur anglais Tricky (ex-Massive Attack) dans un rôle de moine bouddhiste et une photo de tournage le présentait avec Sanders, Scarlett Johansson, Mamoru Oshii et le génial compositeur Kenji Kawai. Et bien Tricky a totalement disparu au montage. C’est très anecdotique mais c’est dommage d’avoir dévoilé ces images qui seront finalement absente du film ; peut-être y aura-t-il un montage alternatif lors de la sortie du film en vidéo ? Un autre personnage, très important, est bien présent lui : c’est la ville. Sorte de Hong Kong futuriste, cette cité gigantesque ne semble pas très vivante à l’écran. Jamais le film ne donne la sensation de surpopulation, ni de pollution. Ainsi plusieurs scènes se déroulent de jour, mais jamais on ne voit d’embouteillage ni de foule. A la place le réalisateur préfère filmer des hologrammes géants. C’est joli.

Ghost in the Shell - vinyl edition 2017

Finalement, ce qui fait grandement défaut à cette version de ‘Ghost in the Shell‘, c’est de passer après un chef-d’oeuvre (au passage : il semble que sa ressortie en mars dans une édition blu-ray ne soit pas une véritable HD, autant conserver le dvd Pathé d’époque et ses bonus). Il est même ironique qu’un gros film américain de 2017 n’arrive pas à approcher le niveau d’excellence d’un film d’animation japonais âgé de plus de vingt ans !!! Où est l’âme, où est le ghost ? On ne retrouve ni la beauté ni la poésie des images de Mamoru Oshii et son équipe, encore moins cette saisissante mélancolie urbaine déjà présente dans ‘Blade Runner’. Cette mélancolie que l’on doit en grande partie à la musique sublime de Kenji Kawai, qui elle non plus ne souffre aucune concurrence. D’ailleurs, cette musique du film va très prochainement être éditée pour la première fois et officiellement en disque vinyle. Et pour terminer, le tome 1 du manga de Masamune Shirow, sexy et plein d’humour et d’action, vient d’être réédité chez Glénat. Bonne occasion pour comparer les différentes versions de ce pilier de la SF cyberpunk qu’est ‘Ghost in the Shell‘.

Ghost in the Shell-masamune shirow-tome1

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