Publié par : nico nsb | mai 19, 2017

Cannes 2017 – carte postale 1

     Vue de l’espace, Cannes c’est pas mal comme a pu le constater cette semaine l’astronaute français Thomas Pesquet. Mais face à la mer et les deux pieds sur la Croisette, c’est encore mieux. Grand soleil et ciel bleu sont au rendez-vous (avec un peu de pluie parfois, c’est une tradition). Une fois récupérés le badge et le sac festival, on retrouve vite ses repères et on se plonge plus en détail dans le programme et les horaires des différentes sélections. Car il est important de bien choisir son premier film.

C’est décidé, ce sera un film avec Nicolas Cage ! Un film de Werner Herzog. Un film génial et énorme, délirant, tourné à la Nouvelle-Orléans. Il s’agit bien entendu du fameux ‘Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans‘ (2010), faux remake d’une réalisation de Abel Ferrara. Projection au Théâtre Croisette dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, en pellicule 35mm (chose devenue rare à l’heure du tout numérique), à l’occasion de la remise d’un prix à Herzog. Le réalisateur allemand est d’ailleurs venu dire quelques mots sur scène, déclarant n’avoir à ce jour jamais vu le film de Ferrara ; par contre il a fini par rencontrer ce dernier et ils ont sympathisé lors d’une soirée qu’on imagine animée (et peut-être arrosée). Ce ‘Bad Lieutenant’ (avec Eva Mendes, Val Kilmer et Brad Dourif), on le connait pratiquement par coeur mais c’est toujours un plaisir à le revoir, surtout sur un grand écran, avec son Nicolas Cage menant une enquête compliquée vue sa forte dépendance à des substances diverses qui se snifent ou se fument, provoquant des visions hilarantes où des lézards chantent un air de soul tandis que l’âme d’un mort danse au son d’un vieux blues cajun. Parfois dans la vie tout dérape, et d’autres fois tout roule sans problème, toute chose semble trouver sa place dans le grand mouvement de l’univers. C’est le charme et le mystère de la Louisiane. Il semble que la magie d’un film puisse jaillir de l’écran et se répandre dans le réel. Car à la fin de la séance, en quittant la salle et en retrouvant la lumière du bord de mer, qui pouvait-on apercevoir sur la Croisette ? Abel Ferrara et sa petite famille discutant en toute simplicité sur un coin de trottoir !

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Werner Herzog à la Quinzaine (photo Nicolas NSB-2017)

     Il est temps à présent d’attaquer la sélection officielle. Pas grand chose de très excitant à première vue, mais certains noms retiennent l’attention. Comme par exemple Bong John-Ho qui débarque à Cannes avec ‘Okja‘, une production Netflix qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Et ça n’a pas loupé, dès le début du générique, des huées ont éclaté dans la grande salle Lumière à l’apparition du nom de l’opérateur américain. Et ça ne faisait que commencer car un gros problème technique a gâché le lancement de la projection. En effet, l’un des rideaux de l’écran est resté bloqué, coupant le haut de l’image d’un bon tiers. Et le film se poursuivait malgré tout pendant plusieurs minutes, sous l’exaspération du public (salle pleine). Puis enfin, arrêt de la projection, retour des lumières et intervention d’un technicien. Le film a finalement pu reprendre depuis le début et dans de bonnes conditions, avec un peu de retard. Le Festival de Cannes a beau être le plus grand et le plus prestigieux des festivals de cinéma du monde, il n’est pas à l’abris de quelques imprévus.

Mais revenons au film. ‘Okja‘ est le nom d’un énorme cochon élevé par une adolescente, Mija, et son grand-père dans la campagne coréenne. Paysage verdoyant et lumineux, un cadre paisible où une belle amitié s’est développée pendant une dizaine d’années, jusqu’au jour où les cadres d’une compagnie américaine viennent récupérer le cochon géant. Car Okja est un animal créé de toute pièce dans le laboratoire d’une multinationale dirigée par Lucy Mirando (excellente Tilda Swinton), qui prépare depuis des années de noirs projets… Bong Joon-Ho poursuit ses thèmes favoris dans une production américaine destinée à un large public et notamment aux enfants. ‘Okja‘ c’est un peu Heidi et ses chèvres, ou bien ‘E.T.’ de Spielberg, mais pour dénoncer la société de consommation. La jeune héroïne Mija (Ahn Seo-Hyun) croisera d’ailleurs la route d’une poignée d’activistes qui vont l’aider à retrouver son animal de compagnie. Si ce film n’est pas du niveau des précédentes réalisations du cinéaste coréen (‘Memories of murder’, ‘The Host’, ‘Mother’, ‘Snowpiercer’), s’il connait quelques longueurs et des lourdeurs (le personnage joué par Jake Gyllenhaal), il est rattrapé par de très bons effets spéciaux et une dernière partie sombre où l’on retrouve la « touche » de ce réalisateur. Enfin, le film aurait amplement mérité une sortie en salle afin de rencontrer son public. Mais il n’y a pas eu d’accord de trouvé entre Netflix et le cinéma français, et c’est très regrettable.

     Restons dans la compétition pour le film suivant. ‘Jupiter’s Moon‘ est le nouveau film du Hongrois Kornél Mondruczó, découvert au début des années 2000 avec un court métrage très étonnant (de mémoire, quelque chose comme « La Jeanne d’Arc des Urgences« , adapté plus tard en long métrage sous le titre de ‘Johanna‘ en 2005). Il est toujours passionnant de suivre un jeune cinéaste sur la durée. Car Mondruczó confirme tout le bien que l’on pensait de ses précédents travaux. On suit ici le parcours d’Aryan (Zsombor Jéger), un jeune réfugié syrien entré illégalement en Hongrie et poursuivit par la police. Grièvement blessé par balles, le jeune homme est soigné par le docteur Gabor Stern (Merab Ninidze). Mais celui-ci constate avec stupéfaction que les blessures guérissent d’elles-même. Puis, sous le coup d’une violente émotion, Aryan entre en transe et s’élève de plusieurs centimètres au-dessus du sol !

Jupiter’s Moon‘, ou ‘La Lune de Jupiter‘ si son titre français est confirmé, est un drame social sur le sort des réfugiés syriens. C’est un film politique qui parle d’un pays, la Hongrie, et de l’état de l’Europe (qui est aussi le nom d’une des lunes de Jupiter). C’est un film fantastique d’une formidable beauté. Mais également un film d’action, avec des courses-poursuites filmées au grand-angle (comme chez Zulawski). Kornél Mondruczó signe là un petit miracle qui colle de près à son sujet et ses deux personnages principaux, tout en ouvrant large son cinéma. Il en résulte des images d’une puissance rare grâce à la mise en place de plans longs, un gros travail sur la lumière, le son et les effets spéciaux. Imaginez un film d’auteur engagé qui ne soit ni donneur de leçon, ni paternaliste, qui croit en la force du cinéma et qui s’empare des codes du cinéma de genres pour proposer de l’émotion à couper le souffle. Imaginez un film « super-héroïque » et mystique dirigé par un auteur qui ne se vendra jamais à Marvel-Disney sans pour autant dénigrer les comics. Du cinéma qui évolue dans des zones voisines des univers de Gaspar Noé, de Jodorowsky ou de Andrzej Zulawski. Ce film existe et il s’appelle ‘Jupiter’s Moon‘ ! Premier coup de coeur du Festival.

Et pendant ce temps, entre Cannes et les Iles de Lérins, Emily Ratajkowski travaille son bronzage…

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