Publié par : nico nsb | juillet 26, 2017

VALERIAN : mission presque réussie

Valérian - 06

Valérian et la cité des mille planètes‘ de Luc Besson. Mission presque réussie mais pas totalement satisfaisante. C’est l’avis que peut avoir un fan des bédés originales en quittant la salle de cinéma. Pour une fois on ne va pas reprocher à Luc Besson d’avoir copié sur son voisin. Là, il s’agit de l’adaptation officielle des aventures de « Valérian agent spatio-temporel » imaginées par le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. Et Besson, homme de spectacle, a sorti les gros moyens. Effets spéciaux au top et relief 3D très bien employé. Le cinéaste français tutoie les James Cameron et autres Peter Jackson. On connait son remarquable sens de l’image. Avec lui, le spectateur sait qu’il est au cinéma, contrairement à beaucoup de films français à l’ambition esthétique de téléfilm.

Valérian - affiche

Mais le gros point faible de Besson a toujours été le scénario. Ici il signe seul l’adaptation de ‘L’Ambassadeur des Ombres‘ (le titre s’inspire lui de l’épisode ‘L’Empire des Mille Planètes’) et si on ne peut pas parler de catastrophe, il est permis de regretter certains choix. Par exemple, la présentation des personnages principaux est un peu précipitée. Le grand public ne connait pas forcément Valérian et Laureline : ici on nous les présente directement comme un couple déjà formé et sur le point de se marier. Et ça semble être l’obsession principale de Besson durant tout le film : Valérian va-t-il trouver le courage d’assumer ses sentiments à l’égard de sa partenaire ? Alors que les scénarios de Pierre Christin, tout en développant l’histoire sentimentale avec pas mal d’humour, s’attaquait quand même à des sujets d’actualité en dénonçant par exemple la soif du pouvoir de l’empire terrien (colonialisme et impérialisme en prennent pour leur grade durant toute la série), ou s’emparant de thèmes comme les rapports homme/femme ou l’écologie. Le film modifie donc le fond (dans la BD : une sorte de « crise à l’ONU » cosmique) et certains détails (l’ambassadeur devient un militaire, la cité spatiale Point Central devient Alpha…), en sous-exploitant le potentiel comique de certaines créatures (la cupidité des Schingouz, le Transmuteur grognon de Bluxte), en se passant totalement du mystère entourant les ravisseurs (moteur de la bd et du parcours de Laureline lancée à la recherche de Valérian dans la cité spatiale). Une liberté dans l’adaptation qui n’a rien d’exceptionnel au cinéma, sauf que là le scénario du film paraît creux et l’intrigue (pourtant simple) devient un peu confuse à force de dialogues explicatifs interminables. Par contre, et c’est un bon point, on retrouve bien le ton de la série, à savoir ce mélange d’aventure, d’humour et de charme.

Valérian - 04

Côté mise en scène, Besson enchaîne les courses-poursuites et les bagarres de façon répétitive et en les étirant plus que nécessaire (technique classique de tout blockbuster : quand on n’a pas grand chose à dire, on meuble par de l’action et des effets spéciaux), avec le risque de faire passer Valérian pour un guerrier alors que ses créateurs le décrivent plutôt comme un aventurier. Du coup, le film atteint les 2h16 alors que l’histoire ne l’exigeait pas. Par contre, le générique d’ouverture sur du Bowie est juste génial, racontant la création de la station Alpha. Autre moment remarquable, et qui fait de l’oeil au ‘Cinquième Elément’ : le show de Rihanna. D’ailleurs les références, discrètes, sont nombreuses tout comme les caméos. En tête d’affiche, les deux acteurs principaux sont convaincants mais on sent que Besson s’intéresse plus à Laureline/Cara Delevingne (elle a un air de ressemblance avec son personnage dessiné), alors que Dan DeHaan peut être excellent si on lui offre un rôle consistant à jouer (revoir ‘A Cure for Life‘ de Gore Verbinski sorti en début d’année). Quant à la musique, elle est omniprésente et les compositions d’Alexandre Desplat ne se distinguent malheureusement pas des autres blockbusters actuels (aucun thème ne reste en mémoire). Une écoute plus attentive et sans les images est sans doute nécessaire pour apprécier le travail du compositeur.

Valérian - 05

Bref, si Luc Besson ressemble parfois à un enfant gâté devenu chef d’entreprise à qui on ne doit pas dire non et qui demande de l’amour en retour, son intérêt pour la BD a toujours été sincère. On ne peut que saluer le fait qu’il se soit donné les moyens pour porter les aventures de Valérian et Laureline à l’écran. A part lui, personne d’autre en France ne possède la capacité artistique ET économique nécessaire à un tel pari. Et une adaptation par Hollywood (qui ne s’est jamais privé de piller depuis longtemps les classiques de la BD européenne) n’aurait sans doute pas abouti à un meilleur résultat, au contraire. Malgré toutes ces réserves (d’un lecteur de la bande dessinée originale), souhaitons à Besson et son film de rencontrer le succès. Car le grand public va y trouver un grand divertissement qui n’a pas à rougir devant les blockbusters américains actuels. Et espérons que de nouvelles générations de lecteurs découvrent la série dessinée pour les emmener loin, à travers l’espace et le temps.

Valérian - 07

Valérian - l'Ambassadeur des Ombres

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Responses

  1. Besson donne l’impression dans son scénario de brasser du vent. Rien n’est vraiment raconté, ce n’est qu’une succession de sketch et d’apparitions d’acteurs connus. Alors oui c’est beau… Mais c’est tout. Je n’ai pas lu le matériau de base il faudrait que je m’y mette 😉

    • Salut, oui je te conseille la BD. L’Ambassadeur des Ombres par exemple, adapté au cinéma par Luc Besson, possède une histoire bien plus claire que le film avec pourtant différents niveaux de lecture. C’est le talent du scénariste Pierre Christin (qui a également travaillé avec Enki Bilal).
      Sinon j’ai revu le film en salle (et en 3D) et j’y trouve de bonnes choses. Donc tout n’est pas à jeter chez Luc Besson. Et cette superproduction française n’a pas à rougir devant tous les blockbusters US actuels qui ne sont que suites/remakes/reboots.


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