Publié par : nico nsb | août 17, 2019

1969-2019 : 50 ans… et ensuite ?

Revus et Corrigés - 04

     L’été 2019 est une période particulièrement nostalgique : on fête en effet les cinquante ans de l’année 1969. Que l’on ait vécu cette époque ou non, il s’agit d’un moment très important qui a marqué l’Histoire de l’humanité (l’alunissage d’Apollo 11), mais aussi la musique et le cinéma, et dont les répercussions, en Occident du moins, résonnent encore aujourd’hui. 1969 c’est le festival de Woodstock et son double maléfique (le concert d’Altamont initié par les Rolling Stones), la sortie d’un western crépusculaire ultra-violent (‘La Horde Sauvage‘) de Sam Peckinpah et celui d’un tout petit budget qui allait ramasser une mise énorme au box office (‘Easy Rider‘ de et avec Dennis Hopper, avec également Peter Fonda et le génial Jack Nicholson), la création d’American Zoetrope, studio indépendant fondé par Francis Ford Coppola et George Lucas… L’ancien Hollywood se meurt, déconnecté de son époque tourmentée (mouvements révolutionnaires étudiants partout dans le monde, bourbier sanglant viêtnamien…), et déjà la relève apparait. Fin tragique d’une utopie lorsque le « peace and love » vire au carnage avec le massacre de Sharon Tate-Polanski et quelques autres personnes une nuit d’été par des membres d’une secte hippie. Bref, 1969 était une année charnière, la fin d’une décennie particulièrement riche et le basculement dans un monde incertain, porteur de belles promesses (le Nouvel Hollywood) comme de doutes paranoïaques (l’affaire du Watergate en 1972). Mais pourquoi cette nostalgie ? Non ce n’était pas mieux avant, les témoignages honnêtes les disent. Par contre ce passé communique avec notre présent tout aussi agité.

Once Upon a Time in Hollywood - 03

Once Upon a Time in Hollywood - 02

Cet été 2019 voit la disparition de quelques grands noms qui ont marqué les années ’60-70 tels que Peter Fonda et notre Jean-Pierre Mocky national (irremplaçable électron libre et réellement indépendant). Mais l’évènement cinéma est bien sûr la sortie de ‘Once Upon a Time… in Hollywood‘. 1969 vue par Quentin Tarantino c’est à la fois des souvenirs d’enfance, une vision fantasmée et une magnifique déclaration d’amour au cinéma. C’est aussi et surtout une réflexion personnelle sur le 7e Art, son pouvoir (le cinéma plus beau que le réel) et sa fonction (réparer les injustices de l’Histoire par le pouvoir de l’imagination ; on n’est pas très loin d’Alejandro Jodorowsky pour qui le cinéma doit avoir une vertu thérapeutique), par un auteur américain qui fait figure de curiosité dans une industrie US de plus en plus formatée car dominée par l’empire de Mickey et celui de Netflix. Il suffit de voir les façades des cinémas : des remakes/reboots, des super-héros US pour sauver le monde, des comédies/drames français faits pour la télé et encore des franchises ! La nostalgie peut devenir un enfer sans vie et qui pue le renfermé. L’absence de prise de risque assèche l’imagination. Rien de ça chez Tarantino. Au contraire, son regard en arrière sur une époque qui a forgé sa cinéphilie et donc sa créativité ressemble à un appel du pied adressé aux jeunes. Il semble leur dire « le cinéma n’est pas mort, c’est à vous de vous en emparer et de poursuivre son histoire ; soyez curieux, ne vous contentez pas de la soupe qu’on vous sert et créez votre cinéma ». Un appel qui peut aussi s’adresser aux spectateurs : « le cinéma c’est dans une salle, pas sur un écran d’ordinateur ou un smartphone, et ça ne se résume pas aux Avengers ».

Once Upon a Time in Hollywood - 07

Pour revenir au film, il s’agit d’un montage très légèrement retravaillé par rapport à la version présentée à Cannes en mai dernier. Quelles sont les différences ? Difficile à dire. Il y a peut-être quelques plans de plus avec Bruce Lee (Mike Moh, bluffant) et Sharon Tate (Margot Robbie, rayonnante), ou cet extrait revisité de ‘La Grande Evasion’. Mais cette seconde vision donne l’impression d’un rythme plus fluide, d’une narration mieux structurée et du coup ces 2H41 semblent passer rapidement. Leonardo DiCaprio et Brad Pitt sont excellents, comme tous les autres comédiens. Et quand on pense que le film n’a reçu aucun prix au Festival de Cannes ! Quel jury d’incapables ! Qui a eu la Palme d’Or d’ailleurs ? Aucune idée et on s’en fout.

Once Upon a Time in Hollywood - 09

Pour faire le tour du cinéma de l’année 1969, on peut on doit impérativement lire l’indispensable revue Revus & Corrigés n°4 qui y consacre un gros dossier. On y trouve aussi des articles sur Chaplin, sur les ressorties salles consacrées à Mario Bava, sur Mizoguchi, sur Bunuel, et comme à chaque numéro l’actualité dvd/blu-ray du cinéma de patrimoine est passée en revue (Missouri Breaks, Donnie Darko, Zombie, la Rose Ecorchée, le Cavalier Electrique, Satyricon…).

https://revusetcorriges.net

Revus et Corrigés - n4

Apollo GIF

Easy Rider - 01


Responses

  1. Merci pour ce partage de ta passion qui est très proche de la mienne,
    et pour cette piqûre de rappel.
    J’ai connu cette année là (la 62, aussi du coup). Oups! Ca nous rajeunit pas, et ça réveille mon côté nostalgique.
    Je n’ai pas vu ce film, et ton exposé m’a amplement séduit. Je le verrai !
    Et comme le chantait si bien Serge et Jane « Année 69, année érotique », mais pas que ça. C’était le début, le pied à l’étrier de la liberté (Peace and Love » que nos dirigeants mondiaux essaient de tordre le cou, actuellement, avec tous les interdits,…sauf …..pour eux bien évidemment.

    • Gainsbourg-Birkin, des intemporels !
      Je te conseille vivement ‘Once Upon a Time… in Hollywood’ de Tarantino. Du grand cinéma, du bon cinéma avec des acteurs et des actrices excellents ça n’est plus fréquent. Il faut en profiter. Et à voir de préférence en Vostfr.
      🙂

      • Peux-tu m’expliquer le principe de Vostfr.
        (site sûr et sécurisé ? Gratuit ?)

      • Vostfr = version originale sous-titrée en français. 😉
        C’est juste pour conseiller de voir ce film en salle et en version originale (anglais donc), plutôt qu’en français. Un Tarantino repose beaucoup sur le jeu des comédiens, donc aucun intérêt selon moi de voir un de ses films doublé en français. Pas question ici que j’encourage le piratage.

      • Ok, je ne comprenais pas trop non plus l’apparition de Vostfr.
        C’était juste pour la version originale, n’est-ce pas ?

    • PS : moi non plus je n’ai pas pu la regarder uniquement dans les yeux… (cf. ton blog)
      😉

      • Bien pris note, Nico.

  2. Tiens, le « Beatrice Cenci » de Lucio Fulci est lui aussi sorti en 1969 ! Tout comme « Macadam Cowboy » et « Butch Cassidy et le Kid », deux reflets désenchantés d’une époque mouvementée… Pas encore vu le QT mais ça ne saurait tarder, impossible de faire autrement après t’avoir lu ! La couv de Revus & Corrigés me fait sérieusement de l’œil (inoxydable « The Wild Bunch », le film culte de Kathryn Bigelow), je ne connais pas ce mag mais le sommaire fait franchement envie. Et n’oublions pas que c’est également en 1969 que le single « Casatschok » de Rika Zarai cartonne dans les charts (info Télé Matin).

    • Merci Télé Matin. 🙂
      Oui très bonne petite revue que ce Revus & Corrigés, spécialisée dans le « cinéma de patrimoine » (le Chat et Carlotta y ont été interviewés dans un précédent numéro). Restauration des films, rééditions salles ou vidéo. Jette un oeil à leur site, il y a pas mal d’articles à lire en libre accès. Très bien documenté, c’est accessible et agréable à lire (contrairement à La Septième Obsession que je lisais mais que j’ai finalement abandonné, ton proche des Cahiers mais photos de la taille d’un timbre poste et les articles sont de plus en plus écrits par et pour des universitaires -ce que je ne suis plus depuis longtemps- donc chiants). Enrichissant sur l’histoire du cinéma (tous genres confondus). Et puis cette couverture du numéro d’été est totalement renversante. Je veux le poster ! 🙂

      • Vendu ! Je m’en vais de ce pas potasser ce Revus & Corrigés ! Concernant La Septième Obsession, j’ai été un peu déçu par le HS Argento. Les analyses y sont trop nombreuses et redondantes (bref chiantes à lire, comme tu dis). Reste quelques entretiens intéressants et une poignée de tofs qui tuent…

      • Le HS Argento est mon dernier numéro acheté pour ce titre. Pas encore lu. Je sais que JB Thoret est présent, donc je me suis dis il y aura au moins un article intéressant. Sinon je trouve ça cool qu’il y ait toujours des gens qui lisent du papier à l’heure du tout numérique. 🙂

      • Si Thoret est de la partie, je ferai peut-être l’effort, mais Leherpeur par contre je ne peux plus.

    • A propos du Tarantino : le film ne plait pas à tout le monde. En fait des gens y vont par curiosité « par ce qu’on en parle à la télé », alors que le film exige des spectateurs un minimum de culture générale (c’est sûr que Télé Matin c’est peut-être un peu juste). Tarantino s’adresse aux fans de cinéma qui connaissent un peu l’Histoire du cinéma, cinéma américain et italien ici. Cinéma populaire j’entends, pas de snobisme ici. Si Steve McQueen te dis quelque chose, tout comme Sharon Tate, Bruce Lee, Polanski… et même Sergio Corbucci ! alors tu devrais te régaler. A déguster en VO évidemment.

      • Comme le disait Omar Sharif sur les champs de courses : « le cinoche pop des 60’s, 70’s, c’est ma grande passion ». Je devrais donc avoir la banane aux lèvres devant ce « Once Upon a Time… in Hollywood »…

      • Je lirai avec plaisir et intérêt son sentiment sur ce film.

  3. 1969 en France c’était Gainsbourg (et depuis peu le 69, c’est aussi une réflexion memorable de Houellebecq sur une fameuse pratique sexuelle) , dans le Michigan c’était Iggy :
    Well it’s 1969 okay
    All across the USA
    It’s another year
    For me and you
    Another year
    With nothing to do
    Ça aurait claqué sur la BO de « Once upon a time… In Hollywood ». Trop nihiliste pour Tarantino peut-être.
    J’ai adoré lire ton bilan de l’année, que je prolongerais bien dans la Revue & Corrigée. Mais où la trouver ?

    • 1969, je n’étais pas encore là. 🙂
      En fait ce petit résumé, très sommaire, me sert d’introduction pour parler de ‘Once Upon a Time… in Hollywood’.
      Pour la revue, le mieux c’est leur boutique en ligne. Il y a quelques points de vente physiques (librairies) dans plusieurs villes (voir leur page), mais pas beaucoup et pas partout. Déjà quatre numéros publiés et j’aime beaucoup leur contenu .

      • Je vais commander dans ce cas, je doute qu’une des villes proches de chez moi le propose à la vente.
        1969, moi non plus en vérité, mais on dirait qu’on a raté des trucs. 😉

      • Pour le lien vers Revus & Corrigés, tu le trouves sur mon blog (article Tarantino et colonne de droite). Ils ont une liste des points de vente sur leur site. Sinon boutique en ligne et, au choix, vente à l’unité, en pack ou abonnement. Tu trouves également des articles à lire en libre accès pour te donner une idée du ton de la revue.

      • Merci pour les infos. 👍


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