L’attente aura été longue et terrible pour les fans. Il faut dire que Robert del Naja est un maniaque du son. Et le retour de Grant Marshall au sein de Massive Attack annonçait une bouffée d’air frais, ou tout au moins une remontée en surface après le glacial mais indispensable ‘100th Window‘. Mais les nouveaux titres entendus récemment sur scène n’annonçaient, eux, rien de révolutionnaire. Et c’est bien l’impression que laissent les premières écoutes d’un album qui peine à décoller. Il faut en effet attendre le 4e titre, ‘Girl I Love You‘ avec Horace Andy et des cuivres piqués chez Radiohead, pour que l’auditeur retrouve immédiatement le souffle puissant de Massive Attack. Enfin, nous y sommes ! Car les lamentations de 3D commence un peu à lasser. Certains titres diffusent la même monotonie déjà entendue (on pense par exemple à ses participations chez Unkle). On s’ennuie. Heureusement qu’apparait le casting féminin, à commencer par Hope Sandoval et son ‘Paradise Circus‘ : une touche de douceur, de beauté et sensualité dans un ensemble un peu gris. Puis viens Martina Topley-Bird, moins présente que sur scène. Mais ‘Babel‘ se révèle aussi fade sur disque qu’en concert et ressemble plus à une production Smith & Mighty des années ‘90. Plat. L’intérêt revient sur ‘Psyche‘, même si la version retenue pour l’album n’est pas la meilleure. En effet, on lui préfère le ‘Psyche (flash treatment)‘ qu’on trouvait sur le EP sorti à l’automne dernier. Ainsi donc, le meilleur titre de Massive Attack n’est pas sur l’album ! C’est ahurissant !!! Pourquoi ? Gros problème dans le choix des versions. Mais aussi des titres. Car le ‘Saturday come slow‘ avec Damon Albarn est tout simplement une erreur de casting. Ce titre a plus sa place sur le prochain Gorillaz que chez les gars de Bristol. Incompréhension encore. Enfin, on termine avec un ‘Atlas Air‘ sombre, martial et envoûtant, vague de froid s’étendant de l’Angleterre au Maroc, mais tout droit issu de l’album précédent. C’est déjà pas si mal, mais un peu court.
Bref, à la première écoute, le bilan est assez tiède. Il faut sans doute des écoutes plus attentives pour pénétrer l’album, pour alors se plonger dans le mystère d’un ‘Pray for Rain‘ et en apprécier les audaces.
Avis mitigé donc : un titre fabuleux mais absent ! une petite poignée de joyaux à réécouter et des restes dispensables. 3D souhaitait le retour de Grant dans l’équipe, mais il apparait ici avec ‘Heligoland‘ que ces retrouvailles ne produisent pas les étincelles qu’on était en droit d’attendre. Il manque un Tricky pour foutre un peu de fureur dans tout ça ! Peut-être faut-il changer le producteur Neil Davidge ? Incompréhension, déception, questions laissées en suspens… D’autant plus que la concurrence est rude actuellement à Bristol : Portishead (et le projet Beak>) et leur incroyable ‘Third‘ n’ont pas peur des prises de risques, eux, s’aventurant vers de nouveaux territoires inconnus au mépris des attentes commerciales. Il y a aussi Neneh Cherry et Cameron McVey embarqués dans leur génial cirKus familial. Tous étaient présents aux débuts de la Wild Bunch, et ils sont toujours actifs et inspirés.
Pour ne rien arranger, un autre point noir apparait avec Heligoland qui en altère sensiblement l’écoute : le marketing. Déjà, l’album a été progressivement dévoilé depuis l’été dernier sur le net, atténuant grandement l’effet de découverte de ce nouvel album. Et pour sa sortie, aucune édition spéciale n’est proposée en support CD (mis à part une vague édition japonaise 2CD très chère et introuvable) !!? Pas de digipack ni de titres bonus (juste une pauvre pochette proposée dans trois couleurs différentes). Pour du collector, il faut se tourner vers une édition vinyle, apparemment soignée mais onéreuse et réservée de toute façon à quelques-uns, ou la version numérique sur iTune. La musique réduite à un simple fichier numérique par ses propres auteurs !!! Un choix de marketing incompréhensible et particulièrement décevant pour un groupe qui nous avait habitué à des EP aux belles pochettes proposant titres inédits et autres remixes de qualités (ah, le coffret ‘Singles 90/98‘ plein à craquer de pépites rares et précieuses !). Contrairement à d’autres artistes tels Radiohead ou Nine Inch Nails, il semble bien que Massive Attack se tourne vers le tout numérique payant, validant ainsi la (stupide) mort annoncée du CD (puis celle du DVD, du livre ? comme si différents supports ne pouvaient cohabiter) et par conséquent celle de disquaires indépendants. Même l’EP ‘Splitting the Atom‘ n’existe qu’en numérique. L’an dernier, Depeche Mode en plus de sortir le formidable ‘Sounds of the Universe‘ sur tous les formats existants (large choix proposé donc au fan-consommateur), en éditions standard ou limitée, proposait en plus un superbe coffret (3CD+DVD+albums photos…) méritant le nom d’objet collector. Importance du choix. Mais ‘Heligoland‘ mérite-t-il tant d’égards ? De toute manière il sera proposé dans quelques semaines à 9,99 euros… Autant être cynique jusqu’au bout.































